Intervention de Hanane Karimi, en tant que porte parole de « Femmes dans la mosquée », lors de l ‘atelier « Femmes, Religion et Emancipation »

Femmes, Religion et Emancipation

Le CFPE me demande d’intervenir en tant que porte-parole des « Femmes dans la mosquée ». On pourrait trouver que la question de la place des femmes dans une mosquée est une question anecdotique, que des problèmes bien plus préoccupants touchent les femmes musulmanes. Et pourtant, cette revendication qui semble, aux premiers abords, être une revendication de confort, est en fait une contestation symbolique et exemplaire (dans le sens où elle expose un autre possible) venant exprimer un malaise profond dans la communauté religieuse musulmane. Qu’une mosquée d’obédience salafiste sépare les hommes des femmes est un choix qui ne nous aurait pas choqué, mais lorsque cela touche une mosquée emblématique dans le paysage de l’islam de France telle que la Grande Mosquée de Paris, est insoutenable. Insoutenable à plusieurs niveaux. D’abord parce que cela est la marque d’une régression pour cette mosquée qui n’offrait déjà pas une place courtoise aux femmes qui étaient parquées derrière un rideau faisant office de barrière visuelle et symbolique entre l’espace esthétique et relationnel des hommes et l’espace, réduit et fermé, qui était offert aux femmes. Deuxièmement, parce que cette décision s’inscrit en porte à faux des prêches humanistes et médiatiques de son recteur Dalil Boubakeur et troisièmement parce que pour un lieu touristique comme celui-ci, offrir à la vue des touristes une affiche indiquant « salle de prières des femmes  (sous-sol) »  est tout simplement scandaleux !
Dans ma présentation, je vais vous rappeler les éléments principaux dans l’affaire les « Femmes dans la mosquée », la deuxième partie de mon intervention portera sur les enjeux de l’invisibilisation des femmes dans les mosquées et enfin je finirai par la présentation d’initiatives à l’international qui sont sœurs « des Femmes dans la mosquée ».

I° Naissance des Femmes dans la mosquée
Au début, nous pensions que cette ségrégation était due au fait d’avoir bricolé les mosquées historiquement et financièrement en France. Ce qui aurait été vrai, si nous n’avions pas constaté la même problématique soulevée dans d’autres pays qui s’exprime comme une ségrégation violente et insultante à l’égard des femmes. Alors, quand la grande mosquée de Paris a décidé, à partir de la décision d’un imam,  de reléguer les femmes dans une salle au sous-sol, c’est un sentiment d’injustice qui nous a saisies, nous, femmes musulmanes, quant au double sort que nous subissons dans une société française postcoloniale qui stigmatise notre pratique religieuse à travers le voile qui serait contraire au principe de la laïcité française et dans une communauté d’appartenance religieuse qui a glissé vers une pratique patriarcale injuste. Est-ce normal que ce soit à la mosquée que certaines femmes musulmanes se sentent le moins respectées ?

II° La femme essentialisée :
Le prêche qui a fait suite à notre action du 21 décembre 2013[1] donne un aperçu du pouvoir des discours sur les croyants. Mais il nous donne surtout une fenêtre sur la conception du statut des femmes dans le champ islamique pratiqué par l’imam de la mosquée de Paris. Ce prêche fût d’une véhémence et d’une violence à l’égard des femmes qui exprimait la colère d’avoir été dérangé dans l’ordre que les hommes avaient décidé. La femme fût donc rapportée à son manquement et à la Fitna : la turpitude, le désordre. La femme fût donc décrite comme une menace pour les croyants et pour l’ordre phallocrate. D’abord une menace sexuelle, une tentation, et ce de la bouche de musulmans qui habitent une société où ils sont sollicités en permanence dans les médias qui leur vend un parfum de grande marque, entre le journal télévisé et le film du soir, à coup de beautés fatales qui offrent leurs corps dénudés, oniriques, irréels à leurs yeux…à leur portée.  La logique de cette condamnation est que ce sont les femmes qui doivent payer la faiblesse des hommes face à la tentation, potentiellement excitables et c’est selon cette logique, pour le  confort de la gent masculine, que les femmes sont officiellement « gentiment invitées », comprenez par là « forcées » à s’exclure des mosquées, des lieux de culte devenus exclusivement masculins  mais aussi de se conformer à l’ordre masculin, et non plus à celui de Dieu. Nous, femmes, sommes prestement invitées à rester dans la sphère domestique et à ne pas outrepasser les limites qu’on nous assigne au risque d’être traitées de « faiseuses de troubles ou pire de féministes ! ».
Quels sont les enjeux d’une telle ségrégation ? Avant de voir les enjeux, j’aimerais  revenir sur les arguments, les meilleurs comme les pires, qui nous sont opposés lorsque quelqu’une ose demander le pourquoi de cette ségrégation.

Les arguments :
1)     Le premier est l’argument officieux, celui du bruit :
Les femmes sont bruyantes. Toutes les femmes sont bruyantes : c’est biologique, elles ne savent pas se tenir, elles sont indisciplinées ! « Même l’imam doit intervenir pour leur demander de la boucler ». Rien n’y fait « elles déconcentrent les fidèles en prière », entendez par-là : les hommes. Ce qui me fait penser à un article[2] paru dans La Croix sur les pleurs d’enfants pendant la messe qui devenaient un enjeu pour  l’unité de la communauté.

2)     Second argument, l’argument officiel : le manque de place :
Nous sommes allées vérifier et nous nous sommes rendu compte de l’hypocrisie de cet argument. Nous avons entendu le chargé de communication, Slimane Naddour, dire que cela entrait dans le cadre d’un réaménagement de la mosquée face à l’affluence croissante des femmes. Mais alors, nous sommes en mesure de nous poser la question :
Qui décide des mesures à prendre pour l’aménagement des lieux?
Qui décide pour le lieu de prière dédié aux femmes ?
Qui décide de quel espace est alloué et organisé pour les femmes ?

Pour avoir une réponse il suffit de jeter un œil sur la composition de la majorité des comités de direction des mosquées.
Voici quelques répliques auxquelles nous avons eu droit :
«- Nous avons l’écran plasma dernier cri !
– Ce n’est pas un débarras, c’est la salle de prière des femmes !
– Et après ça vous demanderez l’imamat des femmes !
– Les femmes sont chanceuses, elles peuvent prier chez elles !

Ce qui est en contradiction avec la parole prophétique qui dit « N’interdisez pas à vos femmes de se rendre dans les mosquées » et la seconde partie « mais leurs maisons sont meilleures »,  n’est pas authentifiée  car cette parole n’a été rapportée que par un seul narrateur. Mais c’est cet argument illégitime au niveau scientifique qui justifie auprès des croyants lambda l’exclusion des femmes et leurs assignations à la sphère domestique.

– Ce sont les femmes qui ont demandé la séparation !

Et le coup fatal :
– Prier à la mosquée n’est pas une obligation pour les femmes.

Je citerai ici Hakima Mounir qui a écrit le livre Ici et là-bas[3] et qui dit « L’intrusion des femmes dans cet espace masculin -l’espace public- perturbe l’imaginaire d’une société construite sur l’assignation des femmes à l’espace intérieur. La transgression de ces frontières est vécue par les hommes comme un danger remettant en question leur pouvoir sur l’espace extérieur et l’ordre social. »

Et donc on trouve des panneaux, « les femmes ne sont pas autorisées dans cette mosquée » ou « la salle des femmes est au sous-sol »

Il y a aussi cet argument très spirituel : « On ne vient pas à la mosquée pour admirer son architecture, on y vient pour prier ». Soit, alors pourquoi l’architecture prend une place esthétique et finançière si importante dans la construction des mosquées ?

*Les enjeux :
L’enjeu principal est la transformation des mentalités d’hommes et de femmes qui ont évolué dans une communauté sexiste et phallocrate. Alors que la base était le contraire, c’est-à-dire que la société jahilite s’est transformée d’une société injuste et inégale, sexiste et raciste en une société des possibles et de l’empowerment, de solidarité et de changement. Alors pour prendre conscience du chemin qu’il reste à faire, il est nécessaire de conscientiser les enjeux d’une telle invisibilisation des femmes, parce qu’accepter une telle ségrégation et un tel traitement encourage le « disempowerment » des femmes. :

* Pas de visibilité, pas de voix !
* Pas de visibilité, pas de défense ou de contestation du discours quel qu’il soit !
* Pas de visibilité, le meilleur moyen d’affirmer qu’il n’y a pas de demandes émanant des femmes.
* Pas de visibilité comme moyen de faire incorporer le corps des femmes comme danger. Pas besoin de longs discours, le symbolisme fait son chemin !

Et cette invisibilisation dans les lieux de culte n’est que le renversement de l’ordre établi par le prophète de l’islam qui avait nommé comme autorité religieuse, son épouse, encore jeune, mais érudite et ayant une très bonne mémoire. L’invisibilisation des croyantes dans les mosquées est donc l’aboutissement d’un processus qui a évincé graduellement les femmes des rôles décisifs, des rôles d’autorités, des cercles de savoirs, le savoir étant une légitimation du pouvoir, les femmes sont donc devenues illégitimes, ignorantes, minorisées et impuissantes au nom du sacré !
Et comme l’ignorance est le meilleur moyen de faire passer de fausses croyances, on a ainsi une diffusion incontrôlée de fausses croyances, non vérifiables (parce que ne maîtrisant pas suffisamment le côté scientifique). La séparation physique (rideau, paravent, salle séparée, balcon) imposée aux femmes musulmanes n’est qu’une partie des barrières institutionnelles qui les empêchent de participer activement aux affaires de la communauté, comme la majorité des mosquées sont dirigées par des hommes.

 

III° « Now it’s time » :
J’ai envie de faire part d’initiatives locales qui se multiplient dans des sociétés dites occidentales, aussi bien en Australie, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France. Une canadienne, répondant au nom de Shelina Merani, fraîchement convertie à l’islam, est l’une de ces femmes qui a vécu la désillusion de la Oumma comme unité de foi. Et elle fait un onewoman sho w[4] dans lequel elle parle de cet endroit et elle dit ceci : « Normalement lorsqu’on se rend dans un lieu de culte, on est censée se sentir comme Jésus « walking on water », transcendée, dans un état spirituel, moi quand je vais à la mosquée in the basement, (au sous-sol), ce que j’aimerais trouver, c’est un avocat, un défenseur des droits de l’homme et une rangée derrière les hommes. »

Un autre témoignage que j’ai trouvé sur le blog de Hind Makki « Side entrance »[5] qui répertorie par photos les lieux de prière des femmes dans les mosquées. Hawan Moghul dit ceci « Les mosquées sont emblématiques d’une société, elles sont le reflet de la société. Alors ce à quoi ressemble la zone des femmes dans les mosquées est important mais surtout (il faut se demander préalablement)  y a-t-il une place pour les femmes dans ces mosquées ? Où se situe-t-elle ? (au passage des toilettes ?) Est-ce que le reste de la mosquée est conforme à cette zone dédiée aux femmes ? La manière dont les musulmans (hommes) considèrent la maison de Dieu en dit long sur ce qu’ils pensent de Dieu,  et d’eux-mêmes. »

Lorsque le groupe « Les femmes dans la mosquée » fût lancé et comme je fus celle qui entretenait le groupe facebook, j’ai fait des recherches, et j’ai trouvé de ci,  de là, des informations sur d’autres initiatives qui contestaient la ségrégation sexuelle pratiquée dans les mosquées. Et la question est présente dans la majorité des mosquées. C’est-à-dire que je contextualisais le problème, mais je me suis très vite rendue compte que les mosquées en majorité implantées en occident reproduisaient cette ségrégation. Et il est important d’utiliser les bons mots même si ceux-ci choquent, ils sont justes, nous avons à faire à une ségrégation sexiste systématique au service d’un pouvoir machiste.

Le Majordome sortait au même moment que notre action et le symbole de la ségrégation y était fort. Ce film m’a rappelé comme les changements historiques, sociaux et communautaires sont d’abord l’œuvre d’insoumis à un ordre injuste. Alors à l’heure où tout musulman a une fitra…il serait opportun de faire l’effort de la reconsidérer, de la rendre audible dans nos vies propres parce que cette fitra nous titille quand quelque chose nous paraît injuste et qu’elle est une des voix du changement. Dieu enjoint aux croyants de faire le bien et d’interdire le mal ; lorsqu’il ne peut le faire avec sa main, il le fait avec sa langue, lorsqu’il ne peut le réprouver avec sa bouche, il le fait avec son cœur. Et en tant que musulmanes fermement attachées au message émancipateur de l’islam, nous avons réprouvé le mal avec nos membres, nos bouches et nos cœurs.

 Conclusion :
J’ai envie de terminer cette présentation en rappelant que ceux qui ont semé cette graine de féminisme ou de position critique vis-à-vis d’un ordre immuable et établi sont en premier lieu les imams. Ces hommes qui ne cessent de rappeler que les femmes à l’époque du prophète étaient des femmes libres, qu’elles étaient des femmes actives, qu’elles étaient des femmes critiques, elles étaient des femmes responsables et fiables, qu’elles étaient des femmes justes, qu’elles étaient des actrices du changement de la justice sociale. C’est eux qui paradoxalement ont semé cette inaptitude à nous soumettre à quiconque si ce n’est à dieu.

Un grand écrivain français disait :
« Il vient une heure où protester ne suffit plus, après la philosophie, il faut l’action. La vive force achève ce que l’idée a ébauché.» Victor Hugo

 

Hanane KARIMI

[1] http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/grande-mosquee-de-paris-les-femmes-au-bas-etage-09-01-2014-3631_118.php
[2] http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pleurs-d-enfants-un-casse-tete-pour-les-paroisses-2014-01-05-1084791
[3] Hakima MOUNIR, Entre ici et là-bas. Le pouvoir des femmes dans les familles maghrébines, PU Rennes, coll. « Essais », 2013 ;
[4] http://www.youtube.com/watch?v=sLxHu0zah_Q
[5] http://sideentrance.tumblr.com/

 

‘’2004-2014, le CFPE lutte toujours’’

Pour clôturer son cycle d’activités 2014,
le Collectif Féministes Pour l’Egalité vous invite à une rencontre publique
le samedi 18 octobre 2014 de 9h30 à 17h
à la Maison Fraternelle, 37, rue Tournefort – 75005 Paris. M° Monge.
Programme :  
Matinée :

1)  Interventions introductives des présidentes successives du CFPE sur le sens de leur
engagement.
2)   Présentation par une chercheuse de l’université Nice Sophia Antipolis de l’état de la
recherche qu’elle entreprend pour le CFPE sur les retombées de la loi de mars 2004.
3) Témoignages « La loi du 15 mars 2004, un bilan humain et social alarmant », par des
lycéennes, chefs d’établissement, CPE, enseignant-e-s, femmes de quartiers populaires…

Pause de 12h30 à 14h

Après-midi :  

1)    Regards comparatifs sur les stigmatisations/exclusions : France, Belgique, Québec.
2)    Intermède artistique : performance « Femme voilée dans la boîte » de la plasticienne
artiviste  Sonia Merazga.
3)  Débat : « Bilan des engagements et des actions, perspectives renouvelées d’actions et
pistes de mises en réseau ».

Clôture à 17h

P.A.F. souhaitée : de 2 à 5 euros

www.cfpe2004.fr/                                                                   Cfpe2004@yahoo.fr

Sur Najat Vallaud-Belkacem

Communiqué

Les propos tenus par certains courants politiques de droite et d’extrême droite à
l’encontre de Najat Vallaud-Belkacem, actuelle ministre de l’éducation nationale,
sont pour nous inqualifiables et insoutenables.
Certes, lorsqu’elle était ministre des droits des femmes, NVB n’avait donné
aucune suite à notre demande à être reçues par elle, alors que nous voulions
attirer son attention sur les agressions contre des femmes musulmanes voilées
dans la rue. Malgré les désaccords politiques que nous avons avec elle sur ces
questions, nous tenons à exprimer publiquement, en tant que Collectif des
féministes pour l’égalité (CFPE), notre indignation (non sélective) face aux
insultes à la fois sexistes et racistes dont elle est la cible, et notre solidarité avec
toutes celles et ceux qui luttent pour les droits à la justice et à l’égalité pour
toutes les femmes.

Paris, le 16 septembre 2014

Campagne de solidarité avec Khalida Jarrar

Nous, organisations et individus signataires, demandons l’annulation immédiate de l’ordre d’expulsion à l’encontre de Khalida Jarrar, membre du Conseil législatif palestinien, activiste pour les droits des prisonniers et dirigeante politique.

Le 20 août, à une heure et demie du matin, cinquante soldats israéliens d’occupation ont envahi la maison de Mme Khalida Jarrar et lui ont remis un « ordre de surveillance spéciale », écrit en hébreu et lu tout haut en arabe. Signé par un tribunal militaire israélien sur la base de preuves non spécifiées et secrètes, le document ordonnait que Mme Jarrar soit expulsée de sa maison de Ramallah, déplacée de force et confinée à Jéricho pour une période initiale de six mois ; l’ordre prenait effet dans les vingt-quatre heures.
Cet ordre constitue une injustice flagrante qui s’inscrit dans la continuité de la politique d’occupation israélienne visant à réduire au silence les dirigeants politiques palestiniens, à enfermer et à chasser les Palestiniens de chez eux. Expulsion de plus de 750 000 Palestiniens – dont des membres de la famille de Khalida Jarrar – de leur patrie en 1948 et déni de leur droit au retour depuis soixante-six ans ; tentative de déportation des maires palestiniens hors de la Palestine ; confiscation de la carte d’identité de Jérusalem des membres élus du Conseil législatif palestinien Mohammad Abu Tir, Ahmad Atoun, Mohammed Totah et Khaled Abu Arafah ; et maintenant cet ordre d’expulsion, la liste est longue des tentatives israéliennes pour menacer la vie palestinienne par les déplacements et les expulsions.
Khalida Jarrar a refusé de signer l’ordre d’expulsion. « Vous, les occupants, êtes en train de tuer notre peuple. Vous pratiquez les arrestations massives, vous détruisez les maisons, vous enlevez les gens pour les déporter. C’est vous qui devez partir », a-t-elle dit. Elle s’est s’installée dans une « tente de protestation » devant le bâtiment du conseil législatif à Ramallah. Elle a annoncé qu’elle y resterait et poursuivrait son travail jusqu’à la révocation de la décision d’expulsion.
Mme Jarrar est une dirigeantedu Front populaire pour la libération de la Palestine, un parti palestinien de gauche ;dirigeante et militante, elle organise régulièrement des manifestations et des actions populaires pour la liberté des Palestiniens. Depuis longtemps avocate des prisonniers politiques palestiniens, elle a été administratrice exécutive de l’Association Addameer de soutien aux prisonniers et pour les droits humains et est membre de son conseil d’administration. Elle est présidente du Comité pour les prisonniers du Conseil législatif palestinien.
Elle a été également active dans le mouvement des femmes palestiniennes dèsson entrée à l’université, où elle a rejoint les étudiantes qui luttaient contre l’occupation. Voix féministeéminentepour la défense etl’essor des droits des femmes, elle organise les initiatives de la Journée internationale des femmes en Palestine et maintient une coordination étroite avec l’organisation des femmes palestiniennes, soulignant que : « Les femmes palestiniennes sont des partenaires à part entière dans le combat palestinien. »
Depuis 1998, elle n’a plus le droit de quitter la Palestine occupée : quand elle a eu besoin d’un traitement médical en 2010, elle a dû mener campagne pendant des mois avant de recevoir son traitement.
Le déplacement forcé de Khalida Jarrarconstitue une violation de la loi internationale et de la quatrième Convention de Genève. Celle-ci interdit l’« assignation à résidence » excepté en cas d’« absolue nécessité » et interdit les déplacements forcés, collectifs ou individuels, de personnes protégées à l’intérieur d’un territoire occupé. Or l’ordre d’expulsion forcée de Mme Jarrar ne comporte que de vagues références à des « renseignements » et à la « protection de la sécurité de la région ».
Que Khalida Jarrar soitvisée par une mesure d’expulsion montreclairement que l’objectif est de réprimer l’organisation politique des Palestiniens – elle a été une figure éminente des manifestations de soutien aux Palestiniens de Gaza qui se sont déroulées en Cisjordanie pour dénoncer l’occupation militaire et le massacre de plus de deux mille Palestiniens.
L’invasion de la maison de Mme Jarrar et la remised’un « ordre de surveillance spéciale » enjoignant son expulsion ont eu lieu dans le périmètre de ce qu’on appelle la « Zone A », prétendument sous le seul  contrôle de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo. Malgré cela, les forces d’occupation israéliennes ont été autorisées à entrer dans Ramallah et à envahir la maison de Mme Jarrar ; comme le remarque Addameer, « la prétendue “coordination de sécurité” entre les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et les forces d’occupation israéliennes a permis l’expulsion d’une représentante élue du peuple palestinien, une représentante qui n’a cessé d’appeler à la fin de cette “coordination” ».
Khalida Jarrar a été visée par un ordre d’expulsion parce que c’est une femme palestinienne, une parlementaire palestinienne et une dirigeante palestinienne. Aujourd’hui, nous défendons la justice, nous défendons la Palestine, et nous sommes aux côtés de Khalida pour exiger l’annulation immédiate de l’« ordre de surveillance spéciale » imposant son expulsion.

Pour signer cliquer sur le lien suivant : http://samidoun.ca/2014/08/sign-on-endorse-the-khalida-jarrar-solidarity-statement/

Texte traduit par Katyusha Desjardins

 

 

La destinée du féminisme au Pakistan.

      Par Bina SHAH, auteure de plusieurs romans, dont Slum Child (« L’enfant du bidonville », 2010, non traduit), et de recueils de nouvelles.
Article paru sur le site du New York Times (Etats-Unis) le 20/08/2014

Traduit par Ijtihad Judith LEFEBVRE
N.B. : L’ensemble des notes et des liens hypertextes a été ajouté par la traductrice. De même pour le choix d’une orthographe inclusive.

Karachi (PAKISTAN) – Le 12 février 1983, deux cents femmes, militantes et avocates, défilèrent jusqu’à la Haute Cour de Lahore pour protester contre une loi qui aurait établi que, dans un tribunal, le témoignage d’un homme équivaudrait à celui de deux femmes. Le dictateur pakistanais Général Muhammad Zia ul-Haq avait déjà promulgué la tristement célèbre Ordonnance des Hudûd[1], qui reflétait sa vision extrémiste de l’islam et de la loi islamique[2]. Pour de nombreuses femmes pakistanaises, il était désormais clair que le régime militaire manipulait l’islam afin de les dépouiller de leurs droits.
Le temps du Général Zia est révolu, et une partie des lois hudûd se rapportant au viol et à l’adultère ont été remplacées par des clauses moins déplorables dans la Loi pour la Protection des femmes en 2006. Cependant, ainsi que l’écrit Madihah Akhter dans The Feminist Wire, un magazine en ligne, il reste encore aux femmes pakistanaises à accomplir « une égalité politique, culturelle et économique, et à s’assurer une place au sein de la lutte constante pour déterminer ce qu’est leur nation ».

La réalité des femmes pakistanaises résiste toujours à la catégorisation facile. Celles-ci vont à l’école et à l’université, occupent des postes et gagnent de l’argent depuis maintenant plusieurs générations. Et pourtant, elles continuent de subir une violence de genre généralisée, dans une société qui accepte couramment l’idée que les femmes soient une propriété, et qui croit largement que ces dernières ne méritent ni éducation, ni emploi, ni existence hors de la sphère domestique.

Les lois du Pakistan, de même que ses codes sociaux ou ses mœurs religieuses, ne garantissent pas aux femmes une place sûre de citoyennes égales aux hommes ; de telles attitudes sont préservées par les traditions culturelles et tribales patriarcales, tout autant que par la déformation continue d’injonctions islamiques dans le but de satisfaire les misogynes. Le féminisme pourrait-il constituer le meilleur antidote à ce chauvinisme masculin ancré dans la société pakistanaise moderne ?

Le féminisme est présent au Pakistan depuis la naissance du pays. Au cours de la partition de l’Empire indien britannique en 1947, Fatima Jinnah – sœur de Muhammad Ali Jinnah, père fondateur du Pakistan – créa un Comité de Secours aux Femmes (Women’s Relief Committee), qui supervisait les transferts de réfugiées entre l’Inde et le Pakistan. Puis la Begum Ra’ana Liaqat Ali – épouse du premier Premier ministre du Pakistan – fonda l’Association des Femmes du Pakistan (All-Pakistan Women’s Association) en 1949 ; cette organisation œuvrait au bienêtre moral, social et économique des femmes pakistanaises…….Lire la suite de l’article sous le lien suivant   THE NY TIMES La destinée du féminisme au Pakistan

Mettre fin au sionisme : une question féministe

www.info-palestine.net

Mettre fin au sionisme : une question féministe

dimanche 27 juillet 2014 – 

 Israël dénie aux femmes leur droit fondNada Eliaamental de liberté de mouvement (Issam Rimawi / APA images)

Comme l’écrit Maya Mikdashi sur le site Jadaliyya dans son éditorial intitulé « Les hommes palestiniens peuvent-ils être victimes ? », si une majorité significative des tués étaient des hommes adultes, les crimes d’Israël en seraient-ils minorés ?
Une analyse différente de la violence liée au genre est nécessaire : il faut qu’elle reconnaisse qu’aucune « proportion » n’est acceptable, parce que toutes ces morts sont déplorables, et pour fournir les outils d’une compréhension différenciée des manifestations de violence.

Appels au viol

Le réseau féministe INCITE ! a toujours compris que la violence d’État est à la fois liée au racisme et au genre.
Le sionisme en est un magnifique exemple. C’est une idéologie raciste fondée sur les privilèges d’un groupe ethno-religieux dominant tous les autres.
Quand un état voit une population – sa population autochtone spoliée, privée de ses droits et occupée – comme une « menace démographique », cette vision est à la fois raciste et ciblant un genre.
Le contrôle raciste d’une population est spécifiquement relié à la violence contre les femmes. Aussi n’est-il guère surprenant que Mordechai Kedar, un haut gradé du renseignement militaire israélien devenu universitaire suggère en fait cette semaine que « violer les femmes et les mères de combattants palestiniens » serait un moyen de dissuasion à l’encontre des militants du Hamas.
Dans le même style, la députée Ayelet Shaked n’a pas essayé de présenter le meurtre d’enfants palestiniens et de leurs mères comme malheureux, disproportionné ou « dommage collatéral – elle les a prônés en déclarant que les femmes palestiniennes devaient être tuées aussi, car elles donnent naissance à de « petits serpents ».

Ce commentaire reflète une infrastructure israélienne destinée à soutenir des taux élevés de fausses-couches en bloquant les ressources fondamentales comme l’eau et les fournitures médicales, en obligeant des femmes enceintes à faire la queue aux postes de contrôle quand elles sont en route pour la maternité, et de façon générale, en créant des conditions inhumaines et invivables aux Palestiniens.

La présente attaque meurtrière contre les Palestiniens de la bande de Gaza a non seulement volé la vie de centaines d’entre eux mais a aussi accru le nombre de fausses-couches, d’accouchements prématurés et d’enfants morts-nés.
Des femmes éthiopiennes-israéliennes, la plupart d’entre elles juives, ont également été soumises à des injections contraceptives imposées sans leur consentement. Mettre fin au sionisme est une question de justice pour le féminisme et la procréation .

Libérer les femmes ?

Bien sur, la violence de genre en tant qu’outil de colonialisme de peuplement n’est pas une stratégie nouvelle. Colonialisme de peuplement, patriarcat et hypocrisie officielle vont main dans la main.
La France du XIXème siècle prétendait libérer les femmes algériennes tout en mettant le feu à des villages entiers. Le colonisateur blanc proverbial voulait nous faire croire qu’il agissait par altruisme impulsif pour sauver les femmes brunes des hommes bruns, même si le pouvoir colonial qu’il servait paupérisait des régions entières.
Les femmes algériennes ne se sont certainement pas mieux portées grâce au colonialisme français, en fait leurs conditions se sont plutôt dégradées.
L’administration G W Bush s’est félicitée d’avoir censément libéré les femmes afghanes des talibans. Mais nous voyons à travers l’Histoire, et pas seulement en Afghanistan, Iran, Irak, Algérie ou Palestine que les guerres n’ont jamais libéré les femmes ni les gens de couleur non conformes à la loi du genre.

Une nouvelle marque d’hypocrisie

Aujourd’hui Israël a développé un nouveau symptôme de son hypocrisie, puisqu’il se prétend plus civilisé que le peuple palestinien au titre de pays plus accueillant pour les homosexuels. C’est du « pinkwashing » *, une tentative israélienne de détourner l’attention de ses violations des droits de l’homme en soulignant des droits aux homosexuels censément meilleurs.
Mais cette revendication, une fois de plus est raciste.
Tout citoyen juif d’Israël peut et doit servir dans les forces israéliennes d’occupation, mais ce sont les forces meurtrières engagées dans le génocide du peuple palestinien.
Que certains de ses soldats tueurs soient homosexuels, l’armée en est-elle plus morale pour autant ? Arrêtons de chercher à savoir quel est le plus grand pourvoyeur de violence.

Qui dénie aux femmes, enfants, et LGTB palestiniens confondus leurs droits les plus fondamentaux : liberté de mouvement, sécurité, abri, nourriture, maison, … la vie ?

Il faut bien reconnaître que la partie coupable est cet Israël « civilisé » et non pas l’hétéropatriarcale Palestine.
La guerre – le militarisme – est une activité hyper-masculine qui glorifie et récompense toute violence, y compris la violence anti-genre, et un soldat entraîné à la violence ne peut pas mettre cette violence de côté quand il ou elle rentre à la maison.
Toute la société israélienne est entraînée à a violence. La violence, ce n’est pas une paire de bottes militaires qu’on peut abandonner à la porte ; la violence devient une seconde nature (sauf si elle était innée, auquel cas elle va s’aggraver) et la communauté entière qui s’engage dans la guerre est une communauté plus violente – et pas seulement sur le front de guerre.

Une lutte conjointe

C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui, comme nous l’avons déjà observé chaque fois qu’Israël passe à l’escalade guerrière contre le peuple palestinien. Pour les Palestiniens, il n’y a ni « front » ni « zones de guerre ». Toute la Palestine historique est le front chaque fois que des foules israéliennes descendent dans la rue se livrer à des actes de violence.
Cette prise de conscience a toujours été au cœur de l’analyse d’INCITE. Nous avons compris que dans des situations de colonialisme de peuplement les femmes autochtones et les personnes non conformes à la loi du genre font les frais de la connexion entre racisme et sexisme.
Nous sommes engagés dans une lutte conjointe, de l’Inde au monde arabe jusqu’à l’Asie du sud-ouest, à l’Afrique et aux Amériques, pour la dignité et la pleine souveraineté des peuples autochtones.
C’est pourquoi INCITE ! Adhère depuis 2010 à l’action BDS contre Israël et reste engagé dans le combat citoyen contre la violence d’état qui cible le peuple palestinien tout entier et dans la campagne académique pour le boycott académique et culturel (US Campaign for the Academic & Cultural Boycott of Israel).
Nada Elia est une Palestinienne de la diaspora née à Bagdad et formée à Beyrouth, journaliste et reporter de guerre, actuellement enseignante dans plusieurs universités aux Etats-Unis. Elle a publié de nombreuses contributions sur la résistance citoyenne, la dynamique du genre et la solidarité transnationale.

24 juillet 2014 – The Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article à : http://electronicintifada.net/conte…
Traduction : Info-Palestine.eu – AMM

 

 

« Les hommes palestiniens peuvent-ils être des victimes ? Genrer la guerre d’Israël sur Gaza »

 

"Les hommes palestiniens peuvent-ils être des victimes ? Genrer la guerre d'Israël sur Gaza" traduction de l'article de Maya Mikdashi

« Les Hommes palestiniens peuvent-ils être des victimes ? Genrer la guerre d’Israël sur Gaza », Maya Mikdashi, Jadaliyya, 23 juillet 2014

« A Gaza il y a un garçon debout et il attend…de dormir », Mazen Kerbaj
Chaque matin nous nous réveillons avec la mise à jour de l’inventaire d’un boucher : 100, 200, 400, 600 Palestinien-ne-s tué-e-s par l’appareil de guerre israélien. Ces nombres masquent beaucoup de détails : la majorité des Gazaoui-e-s, qui vivent sur un territoire parmi les plus densément peuplés et les plus appauvris de la planète, sont réfugié-e-s d’autres régions de la Palestine historique (1). C’est une zone brutalement assiégée d’où on ne peut se protéger de l’assaut israélien. Avant cette « guerre », Gaza était une sorte d’espace en quarantaine, avec une population maintenue captive et colonisée par l’habilité d’Israël à bafouer le droit international en toute impunité (2). Et cette population est sous régime de dépendance – en matière d’alimentation, d’eau, de médicaments et même de déplacements – auprès de ses colonisateurs. En cas de cessez-le-feu, Gaza demeure colonisée, fermée, sous blocus, c’est-à-dire, une prison à ciel ouvert, un camp de réfugié-e-s gigantesque.Un détail au sujet des morts toutefois est continuellement repris dans les médias dominants basés en Occident : la grande majorité des Palestinien-ne-s assassiné-e-s à Gaza sont des civils et ces sources ajoutent que parmi eux se trouve un nombre « disproportionné » de femmes et d’enfants. Le meurtre de femmes et d’enfants est horrible, cependant, dans la répétition de ces faits dérangeants, il manque quelque chose : le deuil de l’opinion publique pour les hommes palestiniens assassinés par la machine de guerre israélienne. En 1990, Cynthia Enloe (3) a inventé le terme « femmesetenfants» afin de réfléchir à la mise en place d’une rhétorique genrée pour justifier la guerre du Golfe. Aujourd’hui, nous devons être conscient-e-s de la façon dont le cliché « femmesetenfants » est véhiculé au sujet de Gaza et plus largement de la Palestine. Il accomplit plusieurs exploits rhétoriques, dont deux principaux : d’un côté, le regroupement des femmes et des enfants au sein d’une même catégorie indistincte, regroupé-e-s par « similitude » de genre et de sexe ; de l’autre, la reproduction du corps de l’homme palestinien (et plus généralement de celui de l’homme arabe) comme toujours déjà dangereux. Ainsi le statut des hommes palestiniens (une désignation qui inclut les garçons âgés de 15 ans et plus, et parfois aussi jeunes que 13 ans) comme « civils » est toujours perçu comme douteux. 
Cette manière de genrer la guerre d’Israël sur Gaza est proche de la rhétorique de la « Guerre contre le terrorisme », et comme Laleh Khalili l’a remarquablement démontré (4), proche de la stratégie contre-insurrectionnelle et du « war-making » plus globalement. Dans ce cadre, le meurtre de femmes, de filles, de pré-adolescents et de jeunes garçons est à relever tandis que les adolescents et les hommes sont présumés coupables de ce qu’ils auraient pu faire si on les avait laissés en vie. De plus, ces adolescents et hommes sont potentiellement dangereux non seulement pour les soldats qui occupent leur pays mais aussi pour les « femmesetenfants » qui sont les réel-le-s civils. Les jeunes garçons après tout peuvent grandir pour devenir de violents extrémistes. En tuant le corps, on désamorce ce potentiel.
Ainsi avec cette logique, la critique de la guerre d’Israël sur Gaza se voit répondre, sur un ton très sérieux, des allégations sur le « sort » des femmes et des homosexuel-le-s « sous » le Hamas. Récemment, un porte-parole d’Israël a répondu à Noura Erakat, qui condamnait la violation par Israël des droits universels de l’être humain, en partageant cette pépite de sagesse : « Le Hamas, ils n’autoriseraient pas une jeune femme progressiste laïque à exprimer ses opinions tel que vous le faites, mamzelle. Il ne permettrait pas à mes amis gays d’exprimer leur sexualité librement». Cette allégation vise à mobiliser la rhétorique genrée de la « Guerre contre le terrorisme », rhétorique qui joue sur les registres émotionnels du progressisme états-unien en dévoyant le féminisme et les droits des LGBTQ [Lesbiennes, Gais, Bisexuelles, Trans’, Queers]. Ce même dévoiement permet à l’islamophobie et à la guerre d’être promues comme un bien populaire et international – après tout, c’est bien « nous » qui défendons les personnes sans défense des ravages des hommes arabes et musulmans (5). Laleh Khalili a nommé ceci « l’usage d’une narration genrée pour distinguer ceux et celles qui doivent être protégé-e-s de ceux que l’on doit craindre et détruire ». Ce discours est si efficace qu’il n’a pas besoin de s’appuyer sur les faits : il les outrepasse.
La machine de guerre israélienne, un peu comme celle des Etats-Unis en Afghanistan ou en Iraq, ne protège pas les queers, les femmes et les enfants palestinien-ne-s. Elle les tue, les mutile, les sépare de leurs proches – pour la simple raison qu’ils sont Palestinien-ne-s, et donc pouvant possiblement être tué-e-s en toute impunité à la vue du monde entier. Aujourd’hui, la différence entre les « femmesetenfants » palestinien-ne-s et les hommes palestiniens n’est pas la production de cadavres mais plutôt la circulation de ces cadavres à l’intérieur d’un cadre rhétorique dominant et grand public qui détermine qui a droit d’être pleuré sur la place publique comme véritables « victimes » de la machine de guerre israélienne.
Le grand nombre de « femmesetenfants » mort-e-s suffit à mobiliser le président des Etats-Unis et les Nations Unies à faire des déclarations dans lesquelles la violence est « condamnée » – mais le meurtre, l’emprisonnement, la mutilation des hommes et garçons palestiniens en temps de guerre et de cessez-le-feu restent tus. En Israël, les hommes, les colons et même les soldats sont présentés en victimes du terrorisme et de l’agression de Palestiniens. Tous ont droit à un deuil public. A l’inverse, dans presque tous les cas où les garçons et les hommes palestiniens sont spécifiquement pris pour cibles par Israël, comme en témoigne le profil des prisonniers politiques et des assassinats ciblés, ils ne sont pas vus par les médias grand publics basés en Occident comme victimes du terrorisme et de l’agression d’Israël. Les Palestiniens doivent se défendre afin d’être reconnus comme êtres humains, c’est-à-dire, reconnus dans la mort ou la vie comme victimes des actions et des manoeuvres politiques israéliennes.
Le sexe est souvent perçu comme un accident de naissance : après tout, nous n’avions pas notre mot à dire lorsque nous étions encore au stade du développement dans l’utérus. Nous ne pouvions émettre une opinion quand d’autres décidaient que nous étions nées avec un vagin (et donc que nous étions femmes) ou nés avec un pénis (et donc nous étions hommes). De la même façon, le péché originel de plus d’un million de Gazaouis – péché qui les rendent passibles d’être tués, mutilés, sans abris par voie aérienne, terrestre ou maritime – est d’être nés Palestiniens. Le terme « Palestinien » les façonne comme menace et cible, tandis que les termes « homme » et « femme » proposent en soi une manière dont leur mort pourra être présentée. Les Palestiniens ne peuvent ni choisir ni contester le fait d’être nés Palestiniens, sous un régime de type colonial ou dans des camps de réfugié-e-s dispersés aux alentours des frontières de leur Etat-nation. Ils ne se sont pas [tous] décidés à s’installer à Gaza de leur proche chef. Pour reprendre Malcolm X, ils ne sont pas arrivés ou n’ont pas atterri sur Israël, c’est Israël qui est arrivé et a atteri sur eux (6).
De plus, la surenchère sur le meurtre de « femmesetenfants », en excluant celui des garçons et hommes palestiniens, normalise les structures et les acquis du colonialisme israélien tout en les dissimulant. On opte en effet pour «véritables civils » et « civils potentiels ». Les hommes étant toujours déjà suspects, on imbrique la violence dans la chair. L’anéantissement de vies, uniques et personnelles, de femmes et d’enfants, est massifié et réduit à l’ordre de seules statistiques. Les Palestiniens sont présentés comme ayant l’alternative de soit être une menace pour Israël et donc de mériter la mort qu’il reçoive, soit de ne pas en être une et donc de mériter la poursuite de la colonisation déguisée en « cessez-le-feu » ou, avec plus d’euphémisme, en « paix » (7).
De toute façon, inutile de saisir une arme en Palestine pour être révolutionnaire ou « ennemi-e » d’Israël. Inutile de protester, de jeter des pierres ou d’agiter un drapeau pour être dangereux. Inutile de dépendre des tunnels cachés pour de la nourriture et des médicaments contre le cancer pour être considéré-e-s comme faisant parti-e-s de l’infrastructure civile du terrorisme. Pour être une menace à Israël, il vous suffit simplement d’être Palestinien-ne-s. Pour Israël, les Palestinien-ne-s servent de rappel qu’il y a un « autre » – un irritant, une tache, une compréhension consciente ou insconsciente que la possibilité pour l’un d’être une « nation juive » ou une « démocratie juive » est inexorablement liée à la présence ou l’éradiction de l’autre.
De même, chaque homme, femme et enfant palestinien-ne-s évoluent dans une infrastructure rhétorique et matérielle, qui les identifie et les dénombre, les séquestre et les place en quarantaine, les occupe et les divise, les prive de leurs droits et leur impose le sous-développement, les assiège et part en guerre contre eux en toute impunité. Ces agissements, quotidiens, ont fini par ne plus nous indigner. Peut-être n’est-ce pas surprenant étant donné l’effacement et la normalisation de la mort lente, du génocide, de la violence structurelle, de la dépendance vécue quotidiennement dans les réserves des Natif(ve)s Américain(e)s ou sur les territoires aborigènes d’Australie. En réalité, c’est la normalisation de l’occupation coloniale d’Israël qui produit la guerre actuelle sur les réfugié-e-s vivant-e-s dans la prison à ciel ouvert de Gaza comme un « événement » détaché et condamnable. C’est par la faute de cette occupation coloniale que Gaza est évoquée comme annexe et différente de la Palestine historique, que la « Cisjordanie » et « Gaza » sont deux entités séparées et séparables, plutôt qu’une seule nation divisée et exilée entre des territoires détachés par ces pratiques coloniales. La guerre actuelle repose sur la poursuite de la violence quotidienne structurelle et informelle qu’affrontent les Palestinien-ne-s vivant-e-s à Gaza, en Cisjordanie ou en tant que citoyen-ne-s palestinien-ne-s en Israël : de la monopolisation des ressources, au tarissement de l’eau, en passant par la démolition des maisons, les check-points, les routes réservées aux colons, les débats sur le « transfert » de population, jusqu’aux prisons débordées et à la citoyenneté de seconde zone. La Palestine historique, du fleuve à la mer, est une colonie israélienne, à différents stades de succès.
Les hommes, les femmes et les enfants palestinien-ne-s sont un seul peuple – un peuple assiégé et sous occupation coloniale. Ils ne devraient pas être distingué-e-s dans la mort en raison de leur appareil génital car cette distinction reproduit une hiérarchie des victimes et mort-e-s dignes d’être pleuré-e-s (8). Les Israélien-ne-s juif-ve-s (dont les soldats et les colons) occupent le plus haut degré de cet échelon macabre, les hommes palestiniens le plus bas. Cette hiérarchie est à la fois racialisée et genrée, connexion qui permet au concept de « femmesetenfants » palestinien(ne)s d’émerger, d’attirer publiquement et internationalement la commisération par les seuls spectacles deviolence, ou « guerre » – mais jamais dans la lenteur et le silence des mort-e-s sous les conditions d’occupation coloniale – temporalité propre au « cessez-lefeu ». Insister sur le droit de pleurer publiquement et également chaque mort-es palestinien-ne-s, hommes, femmes, enfants – au moment d’une invasion militaire et aussi pendant le quotidien de l’occupation et de la colonisation, c’est revendiquer leur droit en premier lieu à pouvoir exister (9).
Traduction de Doyle, relue et corrigée par J., de l’article « Can Palestinian Men be Victims? Gendering Israel’s War on Gaza », disponible à l’adresse suivante :http://www.jadaliyya.com/pages/index/18644/can-palestinian-menbe- victims-gendering-israels-w

http://www.merip.org/primer-palestine-israel-arab-israeli-conflict-new
2 ERAKAT Noura, article « No, Israel Does Not Have the Right to Self Defense In International Law Against Occupied Palestinian Territory », dans Jadaliyya, 11 juillet 2014
3 ENLOE Cynthia, article « Womenandchildren: making feminist sense of the Persian Gulf Crisis », dans The Village Voice, 25 septembre 1990

4 KHALILI Laleh, article « Gendered practices of counterinsurgency », dans Review of International Studies, Volume 37, Issue 04, October 2011, pp 1471-1491
5 GORDON Neve, PERUGINI Nicola, article « On ‘Human Shielding’ In Gaza », dans Contercurrents, 20 Juillet 2014

6 Malcolm X, discours « We Didn’t Land On Plymouth Rock », au Founding Rally pour l’Organization of Afro-American Unity, 28 Juin 1964

http://electronicintifada.net/content/no-ceasefire-without-justice-gaza/13618
8 EL-SHARIF Farah, article « Is Palestinian Life Grievable? », dans The Islamic Monthly, 21 juillet 2014
9 BUTLER Judith, livre Precarious Life: The Powers of Mourning and Violence, Verso, 2004

« Femmes contre le féminisme » : décryptage d’un paradoxe

Source:http://www.madmoizelle.com/anti-feministes-tumblr-271582

Un Tumblr, une page Facebook, et désormais plusieurs articles relaient les photos de femmes qui se proclament « anti-féministes ». Une initiative surprenante, d’autant plus qu’elles ne semblent pas être opposées à l’égalité des droits.

À l’heure où nous publions ces lignes, la page Facebook « Women Against Feminism » avoisine les 5 000 « J’aime ». Reprises par BuzzFeed, les photos « témoignages » de jeunes femmes auto-proclamées « anti-féministes » sont en train de circuler sur les réseaux sociaux, et de nouveaux soutiens affluent en continu sur la page Facebook.

Ma première réaction en découvrant ces témoignages anti-féministes relevait de l’exaspération profonde, doublée d’un faceplam. Il suffit de lire les textes proposés par ces jeunes femmes pour se rendre compte qu’elles n’ont clairement rien compris au féminisme.

« Femmes contre le féminisme » : décryptage dun paradoxe waf politicize gender« Je n’ai pas besoin du féminisme car je ne veux pas que mon genre soit politisé »
(on a remplacé les visages de ces filles par des chats pour des raisons d’anonymat) 

Mais ton genre EST politisé, là est bien le problème, justement, et surtout aux États-Unis, où de nombreux projets de lois touchent aux droits à l’avortement et à la contraception. Ce sont des lois qui visent à régir le corps des femmes ! Combien de lois se préoccupent de la sexualité masculine, toujours aux États-Unis ? Ne cherchez pas : zéro. Pour résumer, le corps féminin est un objet politique. Et le corps masculin ? Ben non, voyons.

Et pourtant, elles aussi sont féministes

Éliminons d’entrée le quiproquo au coeur de cette histoire : les WAF, Women Against Feminism, sont féministes, quoiqu’elles en disent.

Parce qu’elles se considèrent – à raison ! – l’égal des hommes, parce que tous leurs messages prônent l’égalité entre les sexes et dénoncent toutes formes d’inégalités entre eux.

Il suffit de reprendre quelques uns de leurs arguments les plus récurrents pour s’en convaincre :

« Je n’ai pas besoin du féminisme parce que… je suis pour l’égalité, pas pour défendre les droits des femmes au détriment de ceux des hommes. »

Outre le fait que cet argument figure au top 15 des mauvaises raisons de ne pas être féministe, il est totalement hors sujet : on ne le répètera jamais assez, mais le féminisme ne se bat pas pour les femmes contre les hommes, mais pour l’égalité des droits des individus, indépendamment de leur sexe.

D’autres textes avancent un déni des problématiques touchant au quotidien des femmes, comme leharcèlement de rue, la culture du viol, et les inégalités de genre en général.

Il est extrêmement facile de répondre à ces témoignages : vous ne pouvez pas nier l’existence d’un phénomène juste parce que vous n’en avez pas l’expérience personnellement.

Bien sûr que des femmes peuvent revendiquer n’avoir jamais été victimes de sexisme : je ne vais pas contester leur expérience. Tant mieux pour elles si elles n’ont pas vu leurs choix être entravés par le fait qu’elles sont des femmes. Mais leur expérience n’est ni un argument, ni un exemple. C’est juste leur expérience, point.

« Femmes contre le féminisme » : décryptage dun paradoxe waf army feminist

Si cette femme n’est pas féministe, je suis un chameau.

D’autres avancent l’égalité des droits acquis pour démontrer l’inutilité du féminisme actuellement. C’est avoir la mémoire bien courte que de penser que l’égalité des droits entre les femmes et les hommes s’est faite naturellement.

La mémoire courte

Merci au féminisme, et donc concrètement aux féministes, de s’être battu•e•s pour faire évoluer les lois et les moeurs de notre société.

Pour l’anecdote, moi aussi j’étais plutôt « team je n’ai pas besoin du féminisme » en grandissant, étant donné que j’avais déjà les mêmes droits civils et politiques que mes frères.

Et puis j’ai réalisé que le droit de vote des femmes datait de 1944 seulement en France, et pire encore : le droit d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de son mari date de 1965 seulement.

Allez, une dernière pour la route : l’égalité des époux dans la gestion des biens de la famille et des enfants ne date que de 1985. Quand mes parents se sont mariés, ma mère n’avait pas les mêmes droits que mon père sur la gestion des biens du foyer. À quel point c’est badant ?

« Femmes contre le féminisme » : décryptage dun paradoxe waf believe equality« Je n’ai pas besoin du féminisme parce que je supporte l’égalité, pas la suprématie » – Toi et moi ensemble, ma soeur.

De l’ignorance, et des critiques

Nombre de ces « arguments » crient toute l’ignorance de ces femmes au sujet du féminisme et des discriminations liées au sexe et au genre.

C’est d’ailleurs à cette analyse que se sont arrêtés Rawstory, le HuffingtonPost et la plupart des médias qui ont relayé le sujet à ce jour, à l’exception notable de Metro UK, qui abonde carrément dans le sens des protestataires.

Pourtant, à lire leurs témoignages, ces femmes sont loin d’être opposées au féminisme. Les blâmer et ramener leurs témoignages à un manque de culture et d’information sur le féminisme semble être une interprétation réductrice de cet élan de protestation.

Sur le Tumblr des Women Against Feminism, le billet « Why I am against feminism » commence par cette explication :

« Je ne pense pas que l’anti-féminisme soit une sorte d’idéologie, de croyance, religion, doctrine, ni même que ce soit un véritable « isme » d’ailleurs.

Je pense qu’il s’agit uniquement d’un terme général pour les gens qui pensent qu’il y a quelque chose de sérieusement malsain dans les actions de ceux qui se revendiquent du « féminisme ». J’utilise ce terme simplement parce qu’il signifie « contre le féminisme », et je suis contre le féminisme pour ces raisons »

Parmi les raisons énumérées, on retrouve trois principales catégories, tout comme dans les témoignages photos postés sur la page Facebook :

  • Ignorance de l’histoire sociale, avec la négation des acquis obtenus grâce au féminisme
  • Ignorance de ce qu’est le féminisme, avec des contresens à propos des combats féministes
  • Critique des méthodes de certain•e•s militant•e•s féministes

« Women Against (Tumblr) Feminism »

Sur leur Tumblr,le billet le plus instructif — en dehors des explications mentionnées ci-dessous — est le vademecum ironique sur « comment être une féministe sur Tumblr ». Et nous touchons enfin au coeur du problème : les anti-féministes contestent en fait la manière de militer de certainesféministes (principalement sur les réseaux sociaux, donc), et pas le féminisme en général.

« Femmes contre le féminisme » : décryptage dun paradoxe waf tumblr feminist

« Vous ne savez pas comment être une féministe cool sur Tumblr ? Pas de panique, ce cours en accéléré vous aidera à maîtriser la méthode.

1) Tout vous offense. Absolument tout.
2) Commencez tous vos posts avec l’une de ces accroches :

  • J’en ai assez de…
  • Je suis en colère contre…
  • Je veux seulement… Je ne veux même pas
  • Je suis si outrée
  • Quand est-ce qu’on arrêtera de… ?

3) Prenez un exemple trivial. Par exemple, plaignez-vous de la couleur du papier dans les imprimantes.

4) Maintenant, faites-en un problème super important. Plaignez-vous du fait que la couleur du papier participe de votre oppression.

5) Faites en sorte d’attirer l’attention sur vous, puis plaignez-vous de l’attention que vous suscitez. Par exemple, postez des photos de vous en tenue inappropriée*, puis plaignez-vous du fait que des personnes vous réifient.

6) Pour augmenter votre street cred, balancez de temps en temps :

  • Écrasons le patriarcat !
  • Le féminisme prône l’égalité, pas la haine des hommes.

7) Ignorez les histoires positives, optimistes. La vie est une succession de misère et d’oppression, souvenez-vous.

8) Et pour finir : bashez constamment les hommes. Et répétez que vous ne haïssez pas les hommes.

Suivez ces conseils et vous deviendrez une féministe cool sur Tumblr. »

*[NDLR : qu’est-ce qu’une tenue « inappropriée, exactement ? hmm ?]

Qu’est-ce qu’une « féministe cool sur Tumblr » ?

Le contenu de ce billet est peu intéressant de prime abord, puisqu’il s’agit d’une succession de clichés et de mauvaise foi, digne des bingos sur le féminisme.

Car à force de débattre du féminisme sur les réseaux sociaux, les mêmes (mauvais) arguments ont tendance à ressortir. Il y a toujours une personne pour demander à une féministe de « rester calme et courtoise », une autre pour parler des problèmes des hommes (oui, certes, on s’en occupe aussi, et donc ?), une autre encore pour faire des blagues OH MON DIEU SI SPIRITUELLES généralement à base de cuisine et de sandwiches.

« Femmes contre le féminisme » : décryptage dun paradoxe such originality

Mais à force de se voir opposer les mêmes réponses, les mêmes sarcasmes, il semblerait que « les féministes de Tumblr » aient suscité elles aussi, la création de réponses pré-mâchées.

En témoignent les nombreux messages rejetant le féminisme à cause d’un soi-disant refus d’être réduit à un statut de victime, de voir son genre constamment victimisé.

Dans les débats sur le féminisme sur les réseaux sociaux, la carte « victime » est souvent brandie de pair avec le « tone policing » — le refus de se voir opposer un rappel à la politesse ou au calme dans un débat sur le féminisme.

Quand on est en train d’échanger des arguments sur l’égalité entre les sexes et que votre opposant vous demande de vous calmer, de rester courtoise, c’est condescendant et cela renvoie encore une fois les femmes à un stéréotype d’hystérique émotionnelle.

De plus, les femmes qui s’expriment sont souvent elles-mêmes victimes de discrimination. Demander à une victime de discrimination de « rester calme » quand elle essaie de démontrer la persistence d’injustices dans la société, c’est un peu abusé (alerte euphémisme).

Un peu comme si un•e médecin urgentiste vous demandait d’être patient•e, alors que vous avez mal. Comme si c’était d’une quelconque aide.

Mais peut-être que tous les rappels à la politesse ne sont pas du tone policing. Peut-être que cet argument a tendance à être évoqué un peu trop souvent, peut-être parfois à tort, et alors ? En quoi le ton désagréable de quelques une•s (fût-il justifié, ou non) autorise quiconque à généraliser son jugement à tout un groupe et même tout un courant de pensée ?

Si votre boulanger est désagréable, allez-vous prendre position contre tous les boulangers, proclamer qu’ils détestent leurs clients et se victimisent ? Je reconnais que le dialogue n’est pas toujours courtois avec certaines militantes féministes, et alors ? Elles ont bien le droit d’exprimer leurs opinions, leur expérience, de dénoncer les injustices qui les touchent sans pour autant engager avec elle LE féminisme en général.

De même avec le statut de victime : se reconnaître victime de sexisme ne revient pas à se victimiser, comme on peut le lire sur plusieurs témoignages, et certainement pas à blâmer « les hommes » pour les discriminations dont elles sont victimes.

Où l’on reparle des « Feminazies »

On sent à travers certains témoignages des WAF que l’agressivité qu’elles ressentent vis-à-vis de certaines féministes les a braquées contre le féminisme en général. Et ce ne sont pas certaines des réactions suscitées par leur page Facebook qui vont les réconcilier avec le féminisme.

« Femmes contre le féminisme » : décryptage dun paradoxe waf tromper de cible

« Hey les gens, j’ai dû supprimer une photo envoyée par une fan. Apparemment, elle recevait trop de messages de haine de la part de féministes, ce qui l’a perturbée. J’ai également reçu des centaines de messages de colères et d’insultes de la part de celles que je vais vraiment appeler « féminazies ». C’est triste que ces « féministes » en viennent à harceler les femmes qui ne pensent pas comme elles. Raison de plus pour que cette page existe. »

« C’est drôle que ces gens, qui clament être victimes de harcèlement et d’oppression par les hommes,en viennent à harceler et opprimer les femmes qui ont une opinion différente de la leur. Le féminisme n’est qu’une hypocrisie, vraiment ! »

Si la colère suscitée par ces photos est totalement légitime, la réaction de certaines féministes l’est moins. Bien sûr que je suis personnellement choquée par ces messages, qu’on fasse passer mon engagement en faveur de l’égalité pour un combat égoïste, qu’on inverse les rôles en faisant passer les victimes de discrimination pour les bourreaux du genre masculin (c’est UN PEU fort de café). Traiter de « nazies » des personnes qui luttent contre une oppression, ce n’est pas acceptable.

Mais harceler les femmes qui ont publié leur témoignage, leur envoyer personnellement des messages d’insultes, cette réaction n’est pas acceptable non plus.

Ces femmes pourraient être nos alliées, elles passent certainement le test « êtes-vous féministe ? », alors pourquoi s’en faire des ennemies en confirmant leur a priori négatif sur le féminisme, à coup de violence verbale ?

Face à l’ignorance, certain•e•s militant•e•s font de la pédagogie, s’emploient à ré-expliquer quotidiennement des concepts déjà détaillés dans des milliers de billets de blogs sur Internet. Grand bien leur en fasse.D’autres considèrent que ce n’est pas à elles de faire ce travail, que c’est à chacun de prendre ses responsabilités et de s’éduquer. Fort bien également.

S’il ne me viendrait pas à l’idée d’aller dire à une « Féministe de Tumblr » qu’elle dessert sa cause en étant trop agressive, trop radicale – bref : « trop engagée », je suis également profondément dérangée par certaines réactions publiées en réponse aux WAF, et notamment ce Tumblr « Je n’ai pas besoin du féminisme… quoique », ou les réponses en photo de cet article.

Qu’on choisisse délibérément de « ne pas parler aux con•ne•s », je peux le comprendre. Après tout, il n’y a pas d’obligation. Et il vaut effectivement mieux s’abstenir d’engager la conversation avec un interlocuteur pour lequel on ne projette d’avoir aucune patience.

Mais qu’on s’adresse avec une pareille condescendance, mêlant l’insulte, aux femmes qui soit ne comprennent pas l’intérêt du féminisme, soit dénoncent les méthodes de certaines militantes, je trouve en effet que cette réponse est profondément contre-productive.

Les WAF ont tort sur le fond, mais sur la forme, elles ne font que copier ce qu’une partie des militantes féministes font déjà : brandir leur expérience, leur ressenti, et l’élever parfois avec mépris au rang de vérité générale.

Ce n’est pas pour autant que les féministes visées par ces messages devraient se remettre en question ; mais ce n’est pas non plus une raison pour redoubler de mépris envers ces femmes. 

« Femmes contre le féminisme » : décryptage dun paradoxe waf look oppressed

« Je n’ai pas besoin du féminisme parce que la société ne me réifie pas, ce sont les féministes qui me disent ça ! Ai-je l’air opprimée ? »

Avec leurs témoignages soi-disant « Anti-Féministes », les WAF tirent sur le messager, autrement dit, sur les militantes féministes les plus visibles, les plus engagées, les plus impliquées. Leurs témoignages transpirent l’ignorance mais aussi l’exaspération d’être infantilisées, de s’entendre répondre «mais si, tu es oppressée, mais si, tu es féministe », de voir leurs arguments moqués, et d’être insultées pour leur désaccord.

Il convient de ne pas dire aux militantes féministes quelles méthodes de lutte elles devraient adopter : nous sommes libres de militer comme nous le jugeons utile et pertinent, et les injonctions paternalistes à base de « tu devrais »« tu dessers ta cause en agissant ainsi » sont extrêmement malvenus.

Mais il ne s’agit pas de cela ici. Il ne s’agit pas de changer des méthodes de lutte, il s’agit de ne pas justifier des comportements inacceptables en se retranchant derrière son statut de militant•e.Insulter ou harceler celles qui ne sont pas d’accord avec nous n’est pas une « méthode de lutte ». C’est un manque de respect.

Dans notre société patriarcale, le cheminement vers le féminisme est pavé d’embûches, qui peut passer par plusieurs stades, et notamment par une phase de rejet, puis après le déclic — souvent très personnel, vers l’apprentissage et l’éducation.

Le féminisme a-t-il tellement d’allié•e•s qu’on puisse se permettre de cracher avec mépris sur celles qui en ignorent l’intérêt ou qui n’en ont pas encore compris les enjeux ?

À celles qui prennent le temps d’envoyer des messages de colère ou d’insultes aux WAF, à celles et ceux qui publient des articles pour moquer leur initiative : ignorez-les si vous voulez, mais si déjà vous investissez de l’énergie à répondre à ces femmes, pourquoi ne pas adresser leurs critiques en expliquant où elles se trompent ? Que comptons-nous accomplir par l’insulte et le mépris, au juste ? 

Palestiniens: privé du droit de vivre et de mourir dans la dignité!!!!!

Aussi indignées que nous le sommes, les femmes palestiniennes à Jérusalem sont descendues dans la rue, et Sarah et moi-même étions dans les rues depuis le matin. Nous les avons vus militariser notre espace de manifestation, et leur avons dit tout ce que nous voulions ; nous leur avons montré qu’ils pouvaient mettre tous les soldats et agents de sécurité qu’ils voulaient – ils n’arriveront pas à stopper les Palestiniens à résister.
La déclaration ci-dessous est dans les deux langues – nous l’avons rédigée ensemble avec toutes les idées et visions merveilleuses des femmes autour de moi et nous espérons continuer notre lutte. Rien qu’en observant notre première manifestation aujourd’hui à la Porte de Damas, on apprend que ce ne sont pas seulement nous, des militantes féministes, ce n’était pas seulement des femmes qui dirigent des organisations de la société civile et des ONGs de femmes et féministes ; c’était des femmes qui passaient, en route pour le marché/suq, et qui s’arrêtaient pour se joindre à nous. C’était des marchandes qui rangeaient leur marchandise, et se mettaient à scander avec nous. Quand nous avons bougé pour la deuxième manifestation devant les bureaux de l’UE, des femmes ont entendu nos slogans, sont sorties de leur maison pour se joindre à nous, ensuite quand nous avons bougé vers notre troisième manifestation devant la Croix rouge, de nouveau plus de femmes ont rejoint la marche….C’était nous toutes, d’endroits, d’âges, de situations, de partis politiques différents qui ont rejoint, la main dans la main, pour exiger l’arrêt des massacres à Gaza…et qualifier Israël de pays terroriste.
Le monde peut ne pas entendre nos voix et nos revendications, mais nous avions besoin de le dire à voix haute, nous avions besoin de nous rassembler, de partager nos histoires de souffrance et de pouvoir, montrer notre solidarité et notre amour à chacune de nous…comme l’Amour est une pratique de liberté.
Fermer les yeux devant les attaques génocidaires contre le peuple palestinien est une complicité avec des crimes contre l’humanité
Fermer les yeux devant les massacres d’Israël à Gaza aujourd’hui, c’est être complice de la brutalité et des attaques génocidaires d’Israël contre le peuple palestinien. Nous écrivons cette déclaration pour condamner fortement les massacres les plus récents d’Israël et les crimes de guerre commis contre des civils et des familles à Gaza, et nous réclamons une cessation immédiate des tueries sans discrimination, une fin du siège, et nous rejetons farouchement la destruction vindicative de la propriété, de l’infrastructure et des moyens d’existence de notre peuple à Gaza.
La dépossession continuelle du droit palestinien à la vie et à un avenir sûr, l’épuration ethnique des palestiniens depuis 1948 et effectivement le déracinement, le déplacement, les démolitions de maisons, les fragmentations des familles, les vols de terres, et l’incarcération, créent des conditions de vie désespérée et sans espoir et étouffent nos possibilités pour le futur. Rester silencieux face aux criminalités continuelles, accepter l’occupation militaire et la violence coloniale, accepter la tuerie de femmes et d’hommes, de jeunes et vieux, de ruraux, de réfugiés et de villageois, c’est approuver les modes variés coloniales de dépossession et refuser aux Palestiniens le droit à une vie digne.
Au nom de “Al-tajamo’ Al-nasawiy Almaqdasy, un groupe de “Coalition de femmes jérusalémites” et des féministes jérusalémites de tous les segments de la société, nous écrivons pour transmette notre profonde condamnation de la perte continues de vies, alors que nous exprimons notre rejet du silence des communautés globales et régionales et la complicité avec le cruel projet sioniste. Nous, femmes, sommes scandalisées des dépossessions sans fin et de la souffrance ordinaire de notre peuple à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupés. Nous refusons d’accepter la violence de la vie quotidienne des réfugiés palestiniens dans les différents camps, ainsi que parmi les Palestiniens de 1948 en Galilée, à Naqab, le Triangle et plus. Nous sommes indignées par le terrorisme du régime de colons sionistes, ainsi que par les rouages d’oppression qui gravent la douleur et marquent l’ensemble et les vies de nos familles, nos filles, nos fils et communautés comme des objets non-humains jetables « les Autres » et des entités non reconnues, comme des ensembles et des vies nus, dépossédé du droit de vivre, de la sécurité, et même du droit de mourir dans la dignité.
Aujourd’hui, comme femmes palestiniennes nous sommes là pour rejeter tout déni de notre droit aux droits et refuser de normaliser ou justifier la violence de l’occupation et de la colonisation israélienne, tout en réclamant fermement une fin au régime sioniste, aux rouages du régime sioniste et sa violente structure coloniale. Plus de 60 ans de violence structurelle sioniste ont passé, une longue période de dépossession continue, de déplacement et de déracinement. Et aujourd’hui, à Gaza, et pendant toute la Palestine historique, nous ré-expérimentons le déplacement et la fragmentation de nos familles et de nos communautés, la création de milliers de réfugiés en plus ; nous ré-expérimentons la mort palestinienne et des crimes contre notre peuple ; nous revivons l’annihilation de notre avenir et de nos droits à l’autodétermination, pendant que le monde regarde.
Aujourd’hui, comme femmes palestiniennes nous sommes là, pour insister sur notre droit à résister contre la brutalité du régime de colonisation, et affirmer notre droit inhérent à nous défendre nous-mêmes. Nous nous exprimons contre la criminalité persistante, contre les représailles à l’encontre de notre peuple ; nous réclamons la fin du silence, une fin de l’aveuglement volontaire de la communauté internationale, et de l’aphasie coloniale qui entoure notre catastrophe, et nous réclamons le droit de parler ouvertement de notre traumatisme et de notre détermination. Aujourd’hui, nous sommes là avec le pouvoir de nos ancêtres, le pouvoir de notre détermination et le pouvoir de notre juste cause. Notre espoir pour l‘avenir et l’amour de la vie alimentent notre lutte contre des injustices permanentes ; nous continuons notre longue histoire de résistance populaire contre l’état sioniste pour une vie de sécurité et dignité. Nous sommes là pour dire – ne soyez pas des observateurs voyeuristes ; ne soyez pas des fossoyeurs ; soutenez notre lutte pour vivre la vie, pour ne pas la tuer !
Au nom de la justesse de notre cause :
1. D’abord et avant tout, nous réclamons une fin immédiate des massacres et des crimes de guerre que l’état israélien est en train de commettre à Gaza. Nous réclamons une fin immédiate de la légalité de notre victimisation – malgré notre détermination Sumud ( ???) – et insistons avec force pour stopper les attaques et massacres continuels qui ont commencé en 1948 à Deir Yassin, Qufr Qasim, Eilaboon, ont continué pendant les incursions à Hébron et Jenin, et ont compris les camps de réfugiés de Sabra et Shatila au Liban, et continuent maintenant à Shejaiyya et d’autres environs de Gaza. Nous réclamons une fin de la brutalité, de la dépossession et de la démonisation qui est marqué sur l’ensemble des Palestiniens, sur la famille palestinienne, sur l’intimité des femmes, sur la sexualité des femmes, sur l’ensemble des femmes, sur l’ensemble des femmes enceintes, sur l’ensemble des femmes qui accouchent, la douleur qui est même inscrite sur l’ensemble de nos morts.
2. Nous appelons la communauté internationale et le monde arabe, leurs filles et leurs fils, à faire pression sur leurs gouvernements et stopper la Nakba permanente, y compris l’attaque très sanglante de Gaza.
3. Nous appelons les organisations de la société civile, les organisations régionales et les organisations internationales des droits humains et humanitaires à travailler ensemble pour aider à terminer l’occupation israélienne.
4. Nous réclamons une fin immédiate de la punition collective qui met en cage les Palestiniens dans des prisons fermées et ouvertes, qui pourchasse les gens dans leurs maisons, dans leur lieu de croyance, dans leurs écoles et même dans leurs cimetières.
5. Nous revendiquons la préservation de la sécurité pour les femmes palestiniennes courageuses qui continuent à résister contre l’oppression coloniale par leurs contributions journalières, y compris par des tentatives quotidiennes de fournir la sécurité et la sûreté aux plus vulnérables dans notre peuple – à ceux qu’elles aiment, leurs bébés, même dans leur sein, leurs étudiants, nos enfants, les vieillards, et ceux dans le besoin – et pour préserver notre histoire, culture et continuité comme peuple.
6. Nous insistons fort pour que la communauté féministe internationale, y compris des lauréates du Nobel et d’autres militantes féministes, à se soulever contre la violence permanente dirigée contre des individus palestiniens et notre société dans son ensemble, et à travailler plus fort à prévenir de continuels massacres, déplacements forcés et une destruction de notre structure sociale.
7. Nous appelons toutes les personnes du monde qui ont souffert d’atrocités, de déshumanisation, de déplacements et de crimes de guerre à être à nos côtés et faire entendre leur voix.
8. Nous réclamons la responsabilisation des criminels, que ces criminels soient des représentants de l’état israélien, d’organisations privées, ou des individus, et de responsabiliser Israël pour ses crimes de guerre et obliger l’état à respecter les traités internationaux y compris la 4e Convention de Genève, le statut de Rome et d’autres traités en rapport.
9. Nous insistons auprès de toutes les personnes de conscience de soutenir le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), de désinvestir d’Israël, d’imposer des sanctions économiques à Israël et d’exclure Israël en le définissant comme un état terroriste.
Signé par la Coalition des femmes jérusalémites
(La Coalition comprend des femmes de tous les segments de la société palestinienne, avec toutes ses différences)