De l’affaire du voile à l’imbrication du sexisme et du racisme Natalie Benelli, Ellen Hertz, Christine Delphy, Christelle Hamel, Patricia Roux, Jules Falquet

Nouvelles Questions Féministes aborde ici une question centrale pour
la recherche et la lutte féministes : l’imbrication des divers systèmes d’oppression.
La nécessité de monter deux numéros sur cette question (le suivant
paraîtra à la fin de l’année) nous a été en quelque sorte imposée par
le débat qu’a suscité « l’affaire du foulard » en France et la mise en place
d’une loi interdisant aux élèves de porter tout signe religieux « ostentatoire
» dans les écoles publiques. Sous une pression politique et médiatique
intense, c’est dans l’urgence que les féministes françaises, les militant·e·s
antiracistes ainsi que tous les partis politiques et autres acteurs de la
société civile ont dû prendre position sur la loi. Et très vite ont émergé
deux points de vue. D’un côté, l’argument de la défense des droits des
femmes et de l’égalité des sexes a servi de justification à la loi, et fut porté
d’abord par des groupes politiques, puis des associations et des féministes.
De l’autre, la dénonciation des aspects discriminatoires de la loi et le refus
d’exclure des jeunes filles de l’école ont motivé l’opposition à la loi, par
des militant·e·s antiracistes mais aussi par des féministes.
Toutefois, dans le débat public et les médias, l’argument « droits des
femmes» a nettement dominé. Ceci nous a incitées, dans ce numéro, à ne
pas présenter toutes les positions, mais à écrire et solliciter des articles qui
permettent de comprendre quels sont les soubassements de la loi, qui évidemment
ne se présente pas ouvertement comme discriminatoire. De son
vrai nom – celui que tout le monde lui donne, en France comme ailleurs –
la loi sur le foulard cible pourtant avant tout la communauté musulmane,
composée dans sa majorité d’immigré·e·s originaires des pays du Maghreb
et d’Afrique subsaharienne, anciennement colonisés par la France, et de
leurs filles et fils né·e·s en France. On ne peut donc ignorer que la loi a
forcément des implications en termes de division et de discrimination
raciales. De notre point de vue, l’argument de la défense des droits des
femmes s’est trouvé mêlé à des processus relevant du racisme que nous
entendons analyser ici. C’est sous cet angle que notre numéro examine
l’imbrication des rapports sociaux sexistes et racistes. Mais avant de présenter
les articles qui le composent, le rappel de la genèse de la loi et des
arguments qui l’ont justifiée paraît nécessaire pour saisir le contexte dans
lequel nous avons construit notre analyse.
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