Article paru sur SaphirNews (Quotidien musulman d’actualité) le 08/03/2006

http://www.saphirnews.com/Bruxelles-la-femme-musulmane-a-l-honneur_a2408.html

Par Nadia Sweeny
Bruxelles: la femme musulmane à l’honneur

 Ce dimanche 5 mars s’est ouvert à Bruxelles le premier Congrès Européen des femmes musulmanes. Trois jours avant la Journée Internationale de la Femme, cette rencontre avait pour double but de lever le voile sur les idées reçues et de diffuser le véritable statut des femmes musulmanes en Europe. Quatorze associations, chacune représentant leur pays d’appartenance, se sont réunies sous le thème « Femmes musulmanes d’Europe, quelles contributions ? ». Boudé par les grands médias européens, l’évènement traduit non seulement une avancée historique pour l’implication des femmes et mais aussi une prise en compte du fait musulman dans la construction sociale de l’Europe.

 

 

Le Forum Européen des Femmes Musulmanes (EFOMW : European Forum Of Muslim Women)
Quatorze associations féminines musulmanes ont créé le Forum Européen des Femmes Musulmanes, au début de l’année 2006. De la Suède à l’Italie en passant par la Roumanie, la Bosnie-Herzégovine, la Grande Bretagne, l’Irlande ainsi que le Danemark : quatorze pays sont ainsi représentés.

 

Le samedi 4 mars, les porte-paroles de ces associations ont élu les sept membres du conseil d’administration qui siègera à Bruxelles. Son but : favoriser l’engagement citoyen de la femme musulmane au sein de l’Union Européenne, mais aussi représenter ces femmes et défendre leurs intérêts auprès des instances européennes et internationales. Un véritable défi!

C’est à l’Institut de Sociologie de l’Université Libre de Bruxelles, ce dimanche 5 mars, que l’EFOMW a ouvert son 1er Congrès Européen. L’ouverture officielle a été menée par la française Malika Dif (conférencière et auteur de nombreux ouvrages), Noura Jaballah (présidente élue de l’EFOMW) ainsi que Lhaj Thami Breze, président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF).

 

Cette journée s’est organisée autour de trois « tables rondes », durant lesquelles différentes intervenantes ont abordé des sujets tels que les enjeux islamiques, sociaux et politiques de la participation de la femme musulmane dans la vie sociale, les obstacles rencontrés et quelques témoignages de ces « femmes qui inventent l’Europe ».

 

Les interventions ont monté que la femme musulmane n’est plus silencieuse et soumise, « elle a son mot à dire ». Plus encore, elle a un devoir d’action. Ainsi, Soumaya Ben Khaldoun, parlementaire marocaine, insiste sur la notion que l’être humain a pour mission de contribuer au développement de l’Humanité. Elle met l’accent sur l’équité et explique que l’apport de chacun est distinct mais son importance est égale dans la construction de la société. L’homme et la femme sont égaux pour bâtir et développer la civilisation. La femme musulmane a donc une véritable responsabilité d’engagement citoyen.

 
Soumaya Ben Khaldoun, Parlementaire marocaine

 Musulmane et citoyenne d’Europe
La citoyenneté se manifeste, entre autres, par la possession du passeport qui octroie une liberté de mouvements, par le droit de vote qui permet la participation à la vie politique du pays et par la possibilité de s’organiser en association afin de dynamiser le développement social. Cette citoyenneté doit être mise à profit par les femmes musulmanes explique Lamia Elamri, conseillère municipale à Stockholm. Elle souligne la nécessité d’améliorer la présence de ces femmes dans la vie politique des pays européens, et ainsi permettre l’accroissement d’une influence sur la société : « Il faut démontrer que les musulmanes ont la capacité de contribuer à ce changement. Nous sommes des êtres sociaux, nous devons participer à la dynamique de la société. ».
Les femmes sont au premier plan d’une avancée historique pour l’intégration et l’acceptation du fait musulman en Europe. Pour la vice-présidente du Forum, Dorsaf Ben Diab, cette journée est une fête de l’engagement. Cet engagement ne peut avoir lieu sans la persévérance, la générosité, la pédagogie et surtout l’ouverture et la découverte de l’« Autre ». Cet « Autre » qui est différent et qui suscite en nous la crainte et la peur ; le préjugé doit être rompu des deux côtés ; les femmes musulmanes doivent montrer l’exemple et ouvrir le dialogue.
Noura Jaballah, présidente élue de l’EFOMW, insiste sur la volonté de rapprochement entre les cultures, les religions et les nations, pour construire ensemble une Europe de paix et de connaissance des uns et des autres. L’attention est portée sur l’écoute de l’autre et le partage, au-delà de la communauté musulmane, avec tous les peuples d’Europe.

 


Les sept membres élues du conseil d’administration

 Cette initiative n’a pas eu l’écho escompté particulièrement auprès des non musulmans. « Nous voulons vraiment décommunautariser ce type d’actions, ouvrir un véritable dialogue. Mais ni la presse occidentale, ni les associations non musulmanes que nous avons contactées n’ont répondu à nos invitations. Cependant Al Jazeera, ainsi qu’Al Arabia, un journaliste iranien, un saoudien et une chaîne égyptienne se sont déplacés pour l’évènement. Il n’y a qu’un journaliste de RTBF qui est passé (ndlr : Radio et Télévision Belge Francophone) », explique Nicole Amal Thill, présidente de l’association belge Al Ma’rifa et coordinatrice du congrès. « Pourtant nous avons envoyé des communiqués de presse à tous les grands journaux européens, ainsi qu’aux chaînes de télévision. »
L’initiative est pourtant de taille et concerne la société dans son ensemble. « Les sociétés occidentales s’ouvrent à certaines minorités qu’elles considèrent comme un avancement. Mais cette ouverture est limitée ; l’Islam et la religion sont perçus comme une régression. Leur peur de l’islam fait resurgir un passé où le spectre du religieux est mis en avant », indique Nadine Weibel, sociologue et ethnologue, chercheur au CNRS (Auteur de Au-delà du voile, les femmes musulmanes d’Europe). « Cependant, continue-t-elle, le problème majeur reste la méconnaissance de l’autre. Il est fondamental d’aller vers l’autre. Il faut s’accepter dans nos différences. C’est ahurissant, mais nous vivons côte à côte sans se connaître. L’information doit circuler pour désamorcer la situation ».

 
Porte-paroles des associations européennes

 Ni libertine, ni soumise
Un nouveau « genre » de femme se développe en Europe. C’est le constat de Nadine Weibel, qui étudie depuis de nombreuses années les femmes musulmanes pratiquantes en Europe: « Les femmes musulmanes inventent un nouveau modèle à mi chemin entre le modèle traditionnel et celui proposé par l’Occident. C’est totalement novateur. Dans ce sens, elles s’inscrivent dans une forme de modernité.»
Cette journée souligne une volonté des musulmanes européennes d’agir et de participer activement à la construction d’une Europe plus juste et plus humaine; une Europe multiculturelle où le dialogue est possible et essentiel. Leur résolution : casser l’image archaïque de la femme musulmane, démontrer son importance, son action et son engagement. Musulmanes certes, mais citoyennes et engagées. L’Europe ne se construira pas sans elles, c’est leur mot d’ordre ! Reste à espérer que les actions à venir soient à la hauteur des intentions exprimées durant cette première rencontre historique.

 

Les soins de santé face aux défis de la diversité : le cas des patients musulmans

 

Etude à télécharger FONDATION ROI BAUDOIN Les soins de santé face aux défis de la diversité. Le cas des patients musulmans

Introduction

Ce rapport a pour objectif d’examiner les relations existant entre les patients musulmans et le système de santé en Belgique. La question centrale de ce travail est la suivante : y a-t-il des conceptions de santé, de maladie, d’éthique propres à l’islam et ces différences culturelles peuvent-elles être à la source de problèmes dans les relations entre les patients musulmans et les professionnels ou structures de santé? A notre connaissance, un travail aussi large est une première dans ce domaine. En effet, la dimension religieuse et culturelle a jusqu’à présent été abordée, dans le secteur des soins, en tant qu’élément indirect de perturbation de la communication soignant-soigné. C’est le cas notamment dans la mission des médiatrices interculturelles chargées entre autres d’expliciter ou d’aplanir les conflits liés à ces différences 1. Cependant, l’impact de certains comportements et habitudes n’a pas encore été exploré profondément dans sa relation à la santé. Par conséquent, ce document n’est qu’une première esquisse d’une situation qui devrait être explorée plus avant par les différentes parties concernées : patients, responsables de la communauté musulmane, corps médical et personnel hospitalier. On connaît les débats qui ont pu entourer la question de l’affirmation de l’identité religieuse dans certaines sphères de la société comme l’école ou l’entreprise. Contrairement à ce qui se passe dans des pays voisins comme la France et la Grande-Bretagne, la question de l’islam dans le système des soins de santé a été peu abordée publiquement en Belgique et ne fait actuellement pas l’objet de discussions officielles comme c’est le cas dans les pays voisins.

 

 Le débat est-il nécessaire?

On pourrait dès lors s’interroger sur la pertinence d’une exploration dans ce domaine. En ce qui concerne les relations actuelles entre les patients musulmans et le système de santé belge, en ambulatoire ou en hôpital, y a-t-il ou non matière à débats et nécessité éventuelle d’adaptation? La question semble pour l’instant rencontrer une certaine surprise parfois embarrassée. En effet, du côté des structures officielles du secteur de la santé (associations de praticiens, fédérations hospitalières,…), l’attitude oscille entre l’absence de réflexion sur le sujet et une certaine inquiétude sur le fait même de voir une telle question se poser. Les raisons sont sans doute multiples. D’abord, il faut rappeler que dans le monde des professionnels de la santé, aucune distinction ne peut être faite, par principe, entre les patients. Dans le serment d’Hippocrate, le malade ne possède en effet ni race, ni religion. L’idée même de devoir différencier le patient musulman de celui qui ne l’est pas, met donc mal à l’aise bon nombre de praticiens. Ensuite, le caractère conflictuel de débats précédents comme celui du voile n’incite guère le secteur de la santé à se lancer, tant qu’il n’y est pas obligé, dans une réflexion qui, à ses yeux, risquerait de s’envenimer. Enfin, l’actualité géopolitique internationale et les crispations identitaires au niveau belge n’offrent certainement pas un cadre idéal à une réflexion sereine dans ce domaine. La question est d’ailleurs complexe. La différenciation culturelle, voire ethnique, des patients selon leur origine ne risque-t-elle pas de les enfermer dans un discours et des pratiques “culturalistes” évacuant les autres explications de maladies? En clair, on risque de mettre sur le dos de la spécificité culturelle certaines pathologies qui ont de réelles causes sociales. Dans quelle mesure et jusqu’où, les institutions et les professionnels de santé doivent-ils prendre cette dimension culturelle en compte et s’y adapter? La question de l’accueil de certains groupes spécifiques de patients n’est pas neuve. Elle ne concerne d’ailleurs pas que les patients musulmans et ne touche pas seulement aux éléments relevant d’une affirmation identitaire religieuse. On pourrait par exemple rappeler que les premières mesures dans ce domaine ont concerné le financement de traducteurs afin d’améliorer – ou d’établir – la communication entre soignants et soignés migrants. De même, dans les hôpitaux, l’offre de régime alimentaire adapté aux prescrits religieux fait son chemin depuis un certain temps déjà. Quant à la prise en compte d’éléments religieux dans les soins, elle est surtout connue à travers le refus de la transfusion sanguine chez les témoins de Jéhovah.

 

Quelle spécificité culturelle?

Mais qu’en est-il des patients musulmans? On connaît surtout la réticence de ces patients à subir certains examens médicaux ressentis comme “gênants” et leur demande d’une généralisation d’une nourriture adaptée à leur foi ou de la possibilité de recourir à un aumônier islamique. Quant aux professionnels de la santé, ils sont plus ou moins au fait de l’impact d’un événement religieux comme le jeûne du Ramadan sur le traitement des patients croyants mais la sensibilisation semble plus relever de l’implication individuelle que d’une réelle optique de santé publique. Depuis peu, cependant, les professionnels de soins constatent certaines évolutions allant dans le sens d’une évocation plus fréquente d’éléments religieux et d’une affirmation identitaire plus forte dans la relation de soins. Ainsi, les patients déclarent plus souvent qu’ils vont solliciter l’avis d’un imam par rapport à une intervention ou à un traitement qui leur est proposé. Ils expriment également plus facilement le désir de voir intervenir des soignants qui soient du même sexe que le leur. La revendication d’un espace adapté aux rites funéraires se généralise également. Les médecins constatent d’ailleurs qu’il ne s’agit pas nécessairement de demandes émanant de personnes arrivées fraîchement en Europe ou en provenance de zones où l’islam rigoriste est de mise mais bien de personnes établies parfois de longue date en Belgique. Il s’agit donc là d’un revirement qui semble aller de pair avec la résurgence, entre autres, de certaines habitudes vestimentaires. Les problèmes semblent se poser avec plus d’acuité dans les zones géographiques où se manifestent des comportements fondamentalistes dans la vie quotidienne en général. On constate d’ailleurs que ce sont généralement les convertis, d’origine belge ou non, qui sont le plus en pointe dans leur refus de certains soins ou examens. Quelle est l’ampleur du phénomène? Il semble assez limité actuellement. Le Centre pour l’Egalité des Chances ne fait état – à l’heure actuelle – d’aucun signalement officiel dans ce domaine. Les hôpitaux, de leur côté, n’ont à connaître que quelques rares cas de patients ayant refusé des soins qu’ils jugeaient inadaptés à leurs croyances. Cependant, la loi sur le droit des patients paraît avoir encouragé l’expression de certains malaises vécus par les patients musulmans. Il était donc intéressant de voir à quelles occasions ils se manifestaient et quelles pouvaient être les réponses à y apporter.

 

Santé publique ou géopolitique?

L’accès effectif aux soins des familles immigrées, dont les personnes d’origine musulmane constituent une majorité chez les non européens, est aujourd’hui l’un des enjeux des politiques sociales d’intégration. Au-delà de l’affirmation des droits Les soins de santé face aux défis de la diversité : le cas des patients musulmans à la protection sociale, se pose effectivement la question du traitement de la différence culturelle et religieuse et de son impact sur la prise en charge médicale. Il ne s’agit pas de transposer dans le monde de la santé le débat sur la laïcité qui a agité l’école mais bien de s’interroger sur les conséquences de comportements religieux et culturels. Tant chez les praticiens individuels que dans les hôpitaux, si l’on est aujourd’hui bien conscients des problèmes de langue qui peuvent affaiblir la prise en charge des personnes d’origine immigrée dans leur ensemble, on n’a pas encore étendu réellement la réflexion aux spécificités religieuses et culturelles à l’inverse de ce qui se passe en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas principalement. Les médiatrices interculturelles sont effectivement là pour “faciliter” les contacts mais le processus de prise en compte des différences culturelles et religieuses (quelles que soient d’ailleurs les réponses qui pourraient y être apportées) est encore lui-même balbutiant. Même si les cas présentés dans le rapport relèvent d’une minorité agissante, la violence introduite dans les hôpitaux par ce biais est réellement traumatisante pour le personnel et elle focalise l’attention sur la communauté musulmane dans son ensemble. Il est donc à craindre que, faute d’une réflexion globale, on assiste à une crispation des parties en cause : les professionnels de la santé, d’une part, les patients musulmans et leur famille de l’autre. Aujourd’hui, les conséquences de la géopolitique ont en effet tendance à entraîner une crispation de toutes les parties : certains patients musulmans qui considèrent désormais que tout défaut d’adaptation à leurs prescrits religieux ou culturels relèvent du manque de respect et des professionnels de la santé qui considèrent que le système de soins n’a pas à s’adapter à toutes les exigences de certains groupes de population. En fait, il est difficile de faire la part des véritables problèmes liés aux dimensions religieuses ou culturelles et de ceux, plus individuels, qui relèvent d’une instrumentalisation des frustrations sociales. Le rejet ou la méfiance exprimés par certains patients sont probablement dus en partie à leur appartenance sociale. Un certain nombre de patients de ces communautés, principalement ceux qui proviennent de l’immigration économique et les plus jeunes qui n’ont pu trouver le chemin de l’intégration sociale, ont en effet un niveau d’éducation (au sens large de connaissances permettant d’appréhender son environnement) très bas et se trouvent donc confrontés à des situations qu’ils ne comprennent pas. On sait que le refus ou la mise en cause des soins peut exister également parmi les personnes “de souche”, issues de milieux défavorisés, qui se cabrent face à des processus qu’ils n’arrivent pas à appréhender, mais on estime généralement que le niveau des milieux populaires autochtones est plus élevé que celui des migrants. Faute de pouvoir – ou d’oser – formuler ce malaise, il est probable que le recours à des raisons religieuses offre une issue confortable. C’est donc par l’amélioration de l’information aux patients (d’ailleurs prévue dans la loi sur les droits des patients) et un large débat dans le corps social tout entier à propos des limites à établir entre les contraintes religieuses et les nécessités biomédicales que la qualité des soins et le respect des patients et des soignants seront garantis.

 

Mise au point

Ce travail n’a pas valeur de recherche scientifique, il est avant tout une “photo”, la plus fidèle possible et à un moment donné, de la situation des patients musulmans dans le système des soins en Belgique. De la même manière, la présentation des conceptions islamiques en matière de santé, de maladies et de préoccupations éthiques contenues dans ce rapport ne prétend pas à l’exhaustivité. Elle vise avant tout, par le choix d’éléments proposés, à informer de leur existence, souvent peu connue ou méconnue, et des différences qu’elles peuvent comporter par rapport aux conceptions en vigueur dans les pays européens. Les éléments recueillis émanent d’articles, ouvrages et sites européens consacrés à ce sujet, notamment par le biais des réseaux de professionnels musulmans de la santé. Certaines matières, principalement dans le domaine de l’éthique, font cependant encore l’objet, dans le monde musulman, de conférences de consensus qui s’efforcent de produire une réflexion sur des sujets en constante évolution, comme c’est d’ailleurs également le cas dans les pays occidentaux, par exemple en ce qui concerne l’euthanasie. Le présent rapport ne se veut donc certainement pas un état des lieux définitif de la question. En ce qui concerne la notion de “patients musulmans”, référence sera souvent faite à un groupe “national” comme les Turcs ou les Marocains. Dans la mesure où les individus de ces communautés se définissent rarement comme non pratiquants, ce glissement devrait refléter assez fidèlement la réalité de la majorité des personnes concernées. Cependant, il faut noter que les habitudes culturelles, historiquement et géographiquement spécifiques, peuvent également jouer, audelà de la seule religion, sur les représentations et conceptions en matière de santé, de maladie et de guérison. Il faudra également nuancer les attitudes décrites à l’aune de la sécularisation partielle d’une partie de la population présente en Belgique depuis deux, voire trois générations. Enfin, l’utilisation des termes relatifs à une nationalité, telle que turque ou marocaine, vise à identifier l’origine des personnes concernées par le débat et ne réfère donc en aucun cas à la nationalité réelle -beaucoup sont bien sûr Belges- des populations et des individus examinés. Le lecteur voudra bien garder cette importante nuance à l’esprit.

Les mariages forcés dans les États membres du Conseil de l’Europe

Législation comparée et actions politiques
Étude préparée par Edwige Rude-Antoine,
Docteur en droit, Chargée de recherche CERSES/CNRS

 Le Conseil de l’Europe
Le Conseil de l’Europe est une organisation politique qui a été créée le 5 mai 1949 par dix Etats européens dans le but de réaliser une union plus étroite entre ses membres. Il compte aujourd’hui 46 Etats membres1. Les principaux objectifs de l’Organisation sont de promouvoir la démocratie, les droits de l’homme et la prééminence du droit, ainsi que de rechercher des solutions communes aux problèmes politiques, sociaux, culturels et juridiques de ses Etats membres. Depuis 1989, il a intégré la plupart des pays d’Europe centrale et orientale et les soutient dans leurs efforts pour mettre en oeuvre et consolider leurs réformes politiques, législatives et administratives. Le siège permanent du Conseil de l’Europe est à Strasbourg (France). Le statut de l’Organisation prévoit deux organes constitutifs : le Comité des Ministres, composé des ministres des Affaires étrangères des 46 Etats membres et l’Assemblée parlementaire, formée de délégations des 46 parlements nationaux. Le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l’Europe représente les collectivités territoriales dans les Etats membres. La Cour européenne des Droits de l’Homme est l’instance judiciaire compétente pour statuer sur les requêtes introduites contre un Etat par des particuliers, des associations ou d’autres Etats contractants pour violation de la Convention européenne des Droits de l’Homme.

Le Conseil de l’Europe et l’égalité entre les femmes et les hommes Les questions concernant l’égalité entre les femmes et les hommes, celle-ci étant considérée comme un droit fondamental de la personne humaine, sont de la responsabilité du Comité directeur pour l’égalité entre les femmes et les hommes (CDEG). Les expert(e)s qui le composent (un(e) représentant(e) de chaque pays membre) ont pour tâche de stimuler les actions à mener, tant au niveau national qu’à celui du Conseil de l’Europe, en vue de la réalisation de l’égalité entre les femmes et les hommes. A cette fin, le CDEG procède à des analyses, études et évaluations, définit les stratégies et les mesures de politique concertée visant l’égalité et, si nécessaire, élabore des instruments juridiques appropriés. Pour plus d’informations concernant les activités du Conseil de l’Europe dans le domaine de l’égalité entre les femmes et les hommes, consultez notre site Web : http://www.coe.int/equality/fr

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