Article paru dans Le Monde diplomatique en 03/2006
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/03/GODRECHE/13293
Par Dominique Godrèche

Portrait d’une combattante

 « Leila Khaled, Hijacker », un film de Lina Makboul

Fascinée par Leila Khaled, son « idole de jeunesse », la réalisatrice Lina Makboul a suivi les étapes marquantes de la vie de celle qui, le 29 août 1969, se rendit célèbre en participant au détournement d’un avion israélien entre Rome et Tel Aviv. Suédoise d’origine palestinienne, la cinéaste retrace le parcours de l’activiste du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) depuis sa naissance, en 1944, à Haïfa, jusqu’à aujourd’hui, en Jordanie, où elle réside à Amman, avec ses deux fils et son mari, tout en continuant ses activités politiques[1].

Lina Makboul interroge le sens de l’Histoire afin de comprendre la façon dont s’est construit un symbole révolutionnaire au féminin dans le contexte culturel, historique et politique du Proche-Orient. Elle questionne la légitimité du terrorisme dans la résolution des conflits. Trente-cinq ans après le célèbre acte de piraterie aérienne, qui n’a fait aucun mort ni blessé, un témoignage étonnant sur la violence et la féminité naît de la rencontre des deux femmes à Amman, dans la maison de Leila Khaled.
Celle-ci, qui a subi six interventions de chirurgie plastique, incarne aux yeux de la réalisatrice un rêve, car, adolescente, elle admirait le courage et la place d’exception d’une femme jeune et belle, engagée dans le combat parmi les hommes, qui deviendra plus tard une icône pour des Palestiniens de tous âges. Adulte, la réalisatrice retrace le cheminement de sa mémoire, et de l’Histoire, s’appuyant sur des images d’archives et des entretiens avec les témoins du vol Rome – Tel Aviv – le pilote israélien, le copilote, un passager américain, l’hôtesse suédoise – pour aborder l’impact de l’effroi, et ses traces, dans la mémoire des témoins.
Que subsiste-t-il de l’événement, près de quarante ans plus tard ? De quelle façon la vie des victimes du détournement de l’avion a-t-elle été marquée ? Leila Khaled ne regrette rien : à la question que lui pose Lina Makboul, sur le sens du mot « terroriste », et ses « remords » éventuels, elle répondra : « n’est-ce pas notre droit de résister ? »
Par le dialogue inquiet et impliqué qu’elle mène avec son interlocutrice – jalonné de ses réflexions intimes –, la réalisatrice s’attache, au fil des rencontres, à humaniser un événement déshumanisant, déconstruisant le masque de frayeur collé à l’icône, en la restituant au présent. Elle tente ainsi de répondre à ses propres questions sur l’usage de la terreur en situation de conflit : « Jusqu’où aller dans la défense de la liberté ? » La mise en miroir de l’histoire individuelle et collective ainsi que la confrontation entre les deux femmes de générations différentes concourent à donner un tour insolite à ce documentaire, où discussions à caractère « féminin » et scènes de la vie quotidienne côtoient la violence des images de combat.
Qui sont les femmes terroristes ? Les révolutionnaires ? Les « combattantes pour la liberté » ? L’enquête interroge le statut, la finalité et la légitimité des actes de violence. « Depuis toujours, dès qu’on connaît mes origines, on aborde la question du terrorisme, confie Lina Makboul. Cette réputation négative nous est venue de Leila Khaled : j’ai voulu la rencontrer, pour comprendre comment cette femme était devenue une des plus célèbres terroristes au monde. 


 

[1] Leila Khaled, hijacker, documentaire de Lina Makboul, Suède, 2005, 58 minutes, production Tussilago – Robert Danielsson. Le film a été présenté en avant-première lors du Festival international du documentaire d’Amsterdam, 24 novembre -14 décembre 2005. Il sera projeté au festival international de films de femmes de Créteil, du 10 au 19 mars (www.leilakhaled.com).

Article paru dans Politis n° 945 du 29/03/2007
http://www.politis.fr/Les-guerres-aggravent-le-sort-des,730.html
Par Christine Delphy, Membre du CFPE

« Les guerres aggravent le sort des femmes »

Directrice de la revue « Nouvelles Questions féministes », Christine Delphy s’interroge sur ce féminisme à éclipses qui se mobilise soudain sur le sort des femmes afghanes, irakiennes ou iraniennes. Et les oublie aussi vite.

Le 8 mars dernier à Paris, le cortège du Collectif national des droits des femmes (CNDF) criait des slogans contre l’oppression des Iraniennes. Pourquoi pas ? Mais pourquoi maintenant, et pas hier ou avant-hier ?
Une fois de plus, en six ans, l’épée de Damoclès d’une guerre israélo-anglo-américaine est suspendue au-dessus de têtes moyen-orientales. Et, à nouveau, on invoque les femmes. C’est inquiétant car, depuis 2001, les « droits des femmes » servent à justifier, entre autres choses, les guerres d’agression. Bush et Blair, en 2001, ont sorti ces droits de leur chapeau comme troisième et dernière raison de bombarder l’Afghanistan. Aussi curieux que cela paraisse en Europe, le sort des femmes a également été utilisé aux États-Unis pour justifier le renversement de Saddam Hussein. Les Américains ignoraient que le régime baasiste était laïc et que les femmes n’avaient rien à gagner mais tout à perdre d’une guerre qui mettrait forcément au pouvoir des religieux. Les Irakiennes le savaient et le disaient dès le lendemain de la prise de Bagdad, mais qui les a écoutées ?
La nouvelle Constitution irakienne s’est accompagnée d’une régression importante des droits formels des femmes, qu’aucun organe de presse occidental n’a pris la peine de signaler. Mais elle compte moins que la guerre dans la vie quotidienne. Les Irakiennes vivent dans un pays qui est en guerre depuis quatre ans, après avoir été dévasté par deux guerres suivies de dix ans d’embargo. Les droits fondamentaux sont tous violés, et violés pour tout le monde, dans un pays où règnent les hommes armés, militaires américains et irakiens, milices, bandits, chasseurs… Mais quelle différence cela fait-il du point de vue du gibier, les civil-e-s ? La règle, dans ce genre de situation, est simple et binaire : ceux qui ont des mitraillettes peuvent enlever, violer, tuer ceux qui n’en ont pas, en toute impunité. Les parents n’osent plus envoyer leurs filles à l’école ; sans sécurité, le droit à l’éducation n’est qu’un vain mot. Les femmes n’ont plus de travail, pas seulement en raison des lois conservatrices, mais surtout parce que, depuis l’invasion, il n’y a plus de travail pour personne, comme il n’y a plus d’eau potable ni d’électricité.
Qui s’en soucie ? Les ONG de droits humains, en particulier Amnesty et Human Rights Watch, essaient d’alerter l’opinion publique et les gouvernements sur la situation des femmes irakiennes, sans succès. En Afghanistan, la burqa était devenue le symbole de toutes les contraintes subies par les Afghanes ; après la prise de Kaboul, en hiver 2001, un seul thème intéresse les journalistes : burqa ou pas burqa ? Et, en décembre 2001, ils ont trouvé quelques femmes sans burqa à photographier. Mais ça n’a pas duré. Parce que la burqa n’a pas été inventée ni imposée par les seuls talibans, contrairement aux histoires que l’Occident se raconte tout seul.
C’est aussi pour remettre les femmes sous leur coupe que les chefs de guerre, les moudjahidins tant aimés en France, ont chassé les Soviétiques. Et ce sont ces chefs de guerre, que les talibans avaient chassés, que les Américains ont remis au pouvoir. Aujourd’hui, dans les rares reportages sur l’Afghanistan, il n’est plus question des femmes. Cependant, de temps en temps, on en aperçoit une qui est restée dans le cadre par erreur. Elle est dûment « burquisée », mais cela n’intéresse plus les journalistes. La vie ne s’est pas améliorée avec le retour des moudjahidins, elle a plutôt empiré. Les talibans bastonnaient les femmes sans burqa, mais interdisaient le viol et le meurtre. Aussi dure que fût leur loi, elle garantissait la paix civile, le droit des gens, y compris des femmes, à la vie, et c’est pourquoi ils furent bien accueillis en 1996. Aujourd’hui, comme avant 1996, comme en Irak, quand on sort acheter du pain, on ne sait pas si on rentrera jamais chez soi. Des bandes d’hommes armés de kalachnikovs (le seul élément du niveau de vie afghan dont la presse française donne le prix exact)[1] patrouillent dans les villages et les campagnes, rançonnent et terrorisent les civils. Mais qui ose s’en prendre au mythe selon lequel, avec le départ des talibans, les problèmes des femmes ont été réglés ? Pourtant, on trouve dans les rapports d’Amnesty et de Human Rights Watch[2] toutes les informations permettant de démonter pour ce qu’il est –­ une opération de propagande ­–­  le conte de la prétendue « libération des Afghanes ».
L’utilité de ce mensonge, c’est qu’il peut servir pour des remakes du film, en Iran par exemple. On veut nous refaire le même coup, engager la même guerre de destruction et de massacres, et à l’aide des mêmes arguments : les « droits des femmes ». Shoukria Haider, compatriote de « Massoud l’Afghan », partisane comme lui du bombardement de son propre pays[3], refait surface[4]. C’est elle qui avait inspiré les slogans criés dans la première (et dernière) manifestation organisée pour les Afghanes par la Marche des femmes et le CNDF. Fin septembre 2001, juste entre la destruction des tours de New York et le début des bombardements. Étrange timing… Surtout quand on sait qu’ensuite, ces organisations françaises, comme Haider, se sont totalement désintéressées du sort des femmes afghanes, de même qu’elles se désintéressent du sort des Irakiennes. Comment comprendre cet intérêt à éclipses ? Comment ne pas s’étonner de la coïncidence qui le fait s’éveiller en même temps que les visées impériales ? De même, comment ne pas s’étonner de la complaisance, voire du parti pris dans la « guerre des civilisations[5] », qui retient de dénoncer ces visées, et de la cécité qui empêche de voir ce qui crève les yeux : chacune de ces guerres a empiré le sort des femmes.


 

[1] Le Monde, 19 mars 2007.

[2] Voir « Personne ne nous écoute et personne ne nous traite comme des êtres humains », d’Amnesty, 2003, et « Il est très facile pour nous de vous tuer », de HRW, 2003.

[3] Interview de Shoukria Haider par Christine Delphy, 11 novembre 2001, http://cicg.free.fr/dirafgha/haidar.htm.

[4] Curieusement, c’est Amnesty qui organise le 23 mars une conférence avec elle.

[5] Voir la liste des signataires de la pétition « Soutenons les femmes iraniennes dans leur combat » : http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/03/10/1257-soutenons-les-feministes-iraniennes-dans-leur-combat-pour-la-liberte.

Article paru dans The Guardian (Royaume-Uni) le 17/04/2006
http://www.theguardian.com/world/2006/apr/17/israel.gender?INTCMP=SRCH
Par Rachel Shabi
Traduit par Emilie Combaz

Le combat pour ne pas combattre

Une féministe peut-elle servir dans une institution militaire dominée par les hommes ? Rachel Shabi rencontre la conscrite israélienne qui a affirmé qu’elle ne le pouvait pas – et qui a gagné son exemption.

Idan Halili, qui a à peine plus de 19 ans, a écrit une critique féministe qui a ébahi les voix féministes établies de par le monde. Son analyse prend la forme d’une lettre envoyée à l’armée israélienne pour demander une exemption du service obligatoire en se basant sur un rejet féministe du militarisme. En décembre dernier, après avoir passé deux semaines dans une prison militaire à cause de son refus de servir, Halili a été exemptée de la conscription ; on lui a dit que ses opinions avaient été jugées « inadéquates ».

« L’armée est une organisation dont les valeurs les plus fondamentales ne peuvent pas être mises en harmonie avec les valeurs féministes », a-t-elle écrit dans sa demande d’exemption. Halili affirme que le service militaire est incompatible avec l’idéologie féministe à plusieurs niveaux : à cause d’une structure hiérarchique de l’armée  favorable aux hommes ; parce que l’armée distord les rôles de genre ; à cause du harcèlement sexuel au sein de l’armée ; et à cause d’une équation entre la violence dans l’armée et la violence domestique. Ses arguments ont galvanisé l’attention médiatique en Israël, Halili apparaissant aux informations télévisées aux heures de grande écoute et amenant pour la première fois dans l’arène publique des arguments féministes contre le militarisme jusque là gardés à l’écart.
Refuser de servir dans l’armée israélienne est une procédure opaque et imprévisible. Les droits des femmes à l’objection de conscience avaient bien été établis, naguère, par la loi. Mais en 2003, au cours des auditions qui ont emprisonné cinq jeunes hommes pour leur refus de servir sur la base « politique » de leur opposition à l’occupation israélienne, la Cour a réinterprété la loi d’exemption pour les femmes, qui doivent maintenant passer par les mêmes canaux disponibles aux hommes. « L’exemption de service est à la discrétion du ministre de la défense », dit Yossi Wolfson, avocat pour le groupe féministe, anti-militaire New Profile [Nouveau Profil]. « Mais il n’y a rien d’obligatoire et pas de procédure spécifique dictée par la loi ». En pratique, les décisions sont prises par ce qu’on appelle « les comités de conscience » mis en place par le bureau de recrutement de l’armée, qui permet l’objection de conscience seulement sur la base de la religion ou du pacifisme. « C’est très sélectif et tend à n’accepter qu’un pacifisme très radical, universel, qui veut que tout usage de violence soit immoral », dit Wolfson.
Dans le cas de Halili, comme cela a tendance à arriver, on lui a d’abord refusé une audition devant un comité de conscience et elle a été envoyée dans une prison militaire où elle a refusé de s’enrôler. Plus tard, cette décision a été renversée. « Nous avons argué que, bien que l’opposition de Halili au service ait été 100% féministe, son idéologie du féminisme signifiait aussi qu’elle était une pacifiste qui s’oppose à tout système militaire », dit son représentant légal, Smadar Ben-Natan.
Le comité n’a pas accordé d’exemption à Halili sur la base de l’objection de conscience. Mais le résultat n’en a pas moins été une forme d’admission indirecte. « Le comité a dit que son féminisme, et non son pacifisme, apparaissait le plus dominant et que, sur la base du fait qu’elle avait de tels points-de-vue, elle ne serait pas apte à servir », explique Ben-Natan.
Le succès de Halili a renversé plusieurs présuppositions – celle qu’une femme de son âge pourrait même avoir une idéologie féministe cohérente n’étant pas la moindre. Halili, une femme posée et à l’éloquence rapide, originaire d’un kibboutz du nord d’Israël, décrit un long processus de délibération jusqu’à ce que « j’ai[e] compris que l’armée, par essence, ne colle pas avec les principes féministes ». Faire le lien entre ses expériences a amené son évolution féministe, dit-elle, ce qui a été accentué par du travail bénévole auprès d’organisations féministes. Tout cela a conduit à « un conflit difficile entre les notions avec lesquelles j’avais été élevée depuis mon jeune âge – celles selon lesquelles l’institution militaire est une institution positive et y servir est un moyen particulièrement respectable de donner sa contribution sociale – et d’autre part les valeurs féministes de dignité et d’égalité ».
Les arguments de Halili mettent en cause la notion que les femmes israéliennes jouissent d’une égalité de genre précisément parce que les deux sexes sont soumis à la conscription. Cela dépasse l’affirmation selon laquelle une culture sociale militaire révère le soldat homme « combattant » tout en dépréciant le rôle féminin et moindre dans l’armée (seules 2% des femmes servent dans les unités de combat). Orna Sasson-Levy, professeure de sociologie et d’études de genre à l’Université israélienne de Bar Ilan, dit que la supposition largement partagée selon laquelle la réussite féminine dans l’armée israélienne se traduirait par la réussite dans la société civile s’est avérée infondée. Les positions haut placées en Israël sont typiquement attribuées à ceux qui ont réussi dans l’institution militaire, ce qui favorise nécessairement les hommes, qui ont la possibilité d’atteindre un meilleur statut que les femmes au sein de l’armée. « Ce que montrent mes recherches, encore et encore, c’est que même quand l’armée essaie de créer un environnement d’égalité des chances, la culture est tellement genrée, tellement masculine, que les femmes n’arrivent pas à atteindre une place égale sans complètement coopérer avec sa structure machiste et reproduire cela dans leur comportement à l’égard d’autres femmes ».
Cette culture, entre autres choses, c’est celle du harcèlement sexuel endémique. En 2003, des recherches des Forces de Défense Israéliennes ont montré qu’un cinquième des soldats femmes ont fait l’expérience du harcèlement sexuel au sein de l’armée. Quand le sondage a posé des questions aux femmes à propos d’exemples spécifiques de harcèlement, comme des insinuations ou allusions humiliantes ou bien des propositions sexuelles non voulues, ce chiffre est monté à respectivement 81% et 69%. En d’autres termes, dit Rela Mazali, l’une des fondatrices de New Profile, « les jeunes soldates ne savent même pas que ce dont elles font l’expérience s’appelle le harcèlement sexuel et qu’elles peuvent faire quelque chose contre cela ». Les soldates ne vivent donc pas seulement l’expérience du harcèlement, mais elles sont aussi conditionnées pour ne pas le considérer comme tel.
Selon Cynthia Enloe, professeure de développement international et d’études des femmes à l’Université de Clark, qui a beaucoup écrit sur le thème du genre et de la militarisation, « les travailleurs des Nations Unies et de l’humanitaire dans les zones de guerre parlent à présent de la relation de causalité entre les violences militaires et domestiques – avoir compris cela n’est pas négligeable ». L’année dernière, des chercheuses du centre féministe de Haifa, Isha le’Isha (« De femme à femme »), a montré que, entre 2000 et 2005, 47% des femmes israéliennes assassinées par leur partenaire ou parent ont été tuées par des gardes de sécurité, des soldats ou des officiers de police qui portaient des armes avec une licence. Sarai Aharoni, l’une des chercheuses, rapporte que, durant la même période, marquée par de nombreux attentats suicides à l’intérieur d’Israël, « les femmes victimes de violence domestique ont moins appelé les lignes d’aide téléphonique – apparemment, elles avaient le sentiment que c’était moins légitime quand les attentats suicides à la bombe avaient lieu ».
Les témoignages de Briser le silence, une organisation d’anciens soldats qui décrit les injustices dont ils ont été témoins pendant leur service militaire, racontent souvent un sentiment d’apathie envers la vie humaine, une agressivité accrue et une perte de sensibilité morale comme résultat du service dans une armée d’occupation. « Tous ces habitudes et comportements sont ce que nous ramenons avec nous dans la vie civile », dit Avichay Sharon, le porte-parole de l’organisation. Enloe réaffirme ce lien : « l’institution militaire n’aime pas admettre qu’être entraîné comme soldat des forces spéciales pourrait mettre en danger des femmes quand ces mêmes hommes arrivent dans un cadre domestique ».

Halili est maintenant bénévole à la ligne téléphonique israélienne d’aide pour les travailleurs migrants, dans le domaine de la traite à des fins sexuelles. Elle est contente d’avoir simplement amené la question de l’anti-militarisme féministe dans le débat public, mais les militantes des campagnes sur ce sujet ne pensent pas que son cas provoquera nécessairement un flot de demandes féministes d’exemption pour le moment. « Je ne vois pas de femmes comme Idan très souvent », dit sa représentante légale, Ben Natan. « Elle est vraiment exceptionnelle ».