De l’affaire du voile à l’imbrication du sexisme et du racisme Natalie Benelli, Ellen Hertz, Christine Delphy, Christelle Hamel, Patricia Roux, Jules Falquet

Nouvelles Questions Féministes aborde ici une question centrale pour
la recherche et la lutte féministes : l’imbrication des divers systèmes d’oppression.
La nécessité de monter deux numéros sur cette question (le suivant
paraîtra à la fin de l’année) nous a été en quelque sorte imposée par
le débat qu’a suscité « l’affaire du foulard » en France et la mise en place
d’une loi interdisant aux élèves de porter tout signe religieux « ostentatoire
» dans les écoles publiques. Sous une pression politique et médiatique
intense, c’est dans l’urgence que les féministes françaises, les militant·e·s
antiracistes ainsi que tous les partis politiques et autres acteurs de la
société civile ont dû prendre position sur la loi. Et très vite ont émergé
deux points de vue. D’un côté, l’argument de la défense des droits des
femmes et de l’égalité des sexes a servi de justification à la loi, et fut porté
d’abord par des groupes politiques, puis des associations et des féministes.
De l’autre, la dénonciation des aspects discriminatoires de la loi et le refus
d’exclure des jeunes filles de l’école ont motivé l’opposition à la loi, par
des militant·e·s antiracistes mais aussi par des féministes.
Toutefois, dans le débat public et les médias, l’argument « droits des
femmes» a nettement dominé. Ceci nous a incitées, dans ce numéro, à ne
pas présenter toutes les positions, mais à écrire et solliciter des articles qui
permettent de comprendre quels sont les soubassements de la loi, qui évidemment
ne se présente pas ouvertement comme discriminatoire. De son
vrai nom – celui que tout le monde lui donne, en France comme ailleurs –
la loi sur le foulard cible pourtant avant tout la communauté musulmane,
composée dans sa majorité d’immigré·e·s originaires des pays du Maghreb
et d’Afrique subsaharienne, anciennement colonisés par la France, et de
leurs filles et fils né·e·s en France. On ne peut donc ignorer que la loi a
forcément des implications en termes de division et de discrimination
raciales. De notre point de vue, l’argument de la défense des droits des
femmes s’est trouvé mêlé à des processus relevant du racisme que nous
entendons analyser ici. C’est sous cet angle que notre numéro examine
l’imbrication des rapports sociaux sexistes et racistes. Mais avant de présenter
les articles qui le composent, le rappel de la genèse de la loi et des
arguments qui l’ont justifiée paraît nécessaire pour saisir le contexte dans
lequel nous avons construit notre analyse.
Lire la suite NQF De l_affaire du voile à l_imbrication du sexisme et du racisme

Féminisme en eaux troubles

Article paru dans Le Courrier (Suisse) le 08/03/2013
http://www.lecourrier.ch/feminisme_en_eaux_troubles
Par Corinne AUBLANC

Féminisme en eaux troubles

 DISCRIMINATION(S) – La mise en concurrence des luttes antisexistes et antiracistes se construit sur des mécanismes qui relèvent du racisme, selon les intellectuelles féministes de la revue NQF.
Le féminisme constitue-t-il une garantie de non-racisme? A la lumière de la polémique suscitée en France par « l’affaire du foulard », qui a débouché sur une loi interdisant aux élèves des écoles publiques le port de signes religieux ostentatoires[1], la revue Nouvelles questions féministes (NQF) consacre son dernier numéro à l’imbrication des rapports sociaux sexistes et racistes.
Au-delà des débats qui ont divisé les milieux féministes français[2], les auteures du volume s’interrogent sur la légitimité des lignes de clivages et insistent sur la nécessité de déplacer la question. Au fil des articles, elles s’attachent à montrer comment les deux types d’oppressions sexiste et raciste, relevant de processus distincts, se nourrissent et s’entretiennent mutuellement. « La mise en évidence de la domination masculine chez l’Autre – le Noir, l’Arabe, l’ouvrier – participe de manière fondamentale à la construction de stéréotypes, des préjugés et des haines qui structurent l’oppression raciste », selon les éditorialistes de NQF. Un procédé qui permet de relativiser, voire occulter, la domination masculine « chez soi ».
Dans l’affaire du foulard, réapparaît ainsi la figure de la femme islamique muette, victime et manipulée, « clé de voûte du double système d’oppression des « racisé-e-s » et des femmes renvoyées à une infériorité en raison de leur sexe ». Au bout du compte, la manipulation du genre aboutit donc aussi à « des résultats sexistes », analysent les auteures.

Voile versus pornographie
Pour élargir le cadre du débat français, l’anthropologue étasunienne Laura Mader montre comment, dans leur rivalité géopolitique, l’Occident et l’Orient utilisent le genre pour servir leurs stratégies identitaires. Chaque entité dévalorise la manière dont l’autre traite « ses » femmes (le voile versus la pornographie) pour se mettre en avant. Et aussi pour convaincre « ses propres » femmes des avantages que le système leur octroie. La « présomption de supériorité » – souvent reprise, d’ailleurs, par les féministes occidentales – que déploie l’Occident dans ce domaine étant encore renforcée par l’idéologie du développement économique et de l’industrialisation, selon laquelle la situation des femmes ne peut s’améliorer qu’avec les avancées techniques et économiques.
En France, la présomption de supériorité s’est ainsi notamment étoffée dans le processus de conquête de l’Algérie. La construction sociale de l’Algérie française, fait valoir l’historienne étasunienne Julia Clancy-Smith, est fondée sur certaines représentations de la femme musulmane. Objets de luttes idéologiques et politiques, les musulmanes fonctionnaient comme un symbole négatif, qui confirmait l’identité culturelle distincte – et l’autorité politique – des colons français

Des stéréotypes du XIXe siècle face auxquels les descendantes d’immigrés maghrébins en France ont actuellement du mal à se positionner, coincées entre le désir de s’émanciper des interdits parentaux et la crainte de légitimer le colonisateur d’hier – dominant d’aujourd’hui – au détriment de leurs propres pères. Sur la base d’une recherche empirique, la sociologue française Christelle Hamel analyse comment, dans ce contexte, certaines jeunes femmes d’origine maghrébine revalorisent ainsi le principe de virginité en réponse aux contraintes combinées du racisme et du sexisme qui pèsent sur elles.

Une troisième voie ?
Dans la deuxième partie du volume, les auteures lancent des pistes pour étayer les bases d’un féminisme qui refuse de choisir entre antisexisme et antirascime. Analysant comment le débat sur le foulard a miné le terrain, Christine Delphy, sociologue au CNRS, soutient que l’opposition sexisme-racisme repose sur la croyance que le racisme ne frappe que les hommes. Si bien que, pour la chercheuse, repenser l’articulation entre patriarcat et racisme est un préalable à la réflexion sur les liens entre féminisme et antiracisme. Liens sur lesquels s’est penchée une étude helvétique intégrée au volume (lire ci-dessous).
Constatant l’émergence des féminismes musulmans, tant dans les pays d’origine que dans les pays d’immigration, la philosophe et sociologue Aïcha Touati montre en quoi les luttes sont formatées par leur contexte socio-politique. Entre mimétisme envers l’Occident et appui sur la religion islamique, elle se demande si le féminisme ne devrait pas emprunter une troisième voie.
Des collectifs féministes tels que « Les Blédardes » ou le « Mouvement des Indigènes de la Républiques », en France, en sont peut-être un reflet. Militant dans ces deux organisations, Aïcha Touati, intimement concernée par les liens entre sexisme et racisme, part de sa double expérience des luttes en Algérie et en France pour analyser leur diversité et leurs enjeux. S’interrogeant sur l’opportunité de partir du religieux pour réfuter la domination du modèle occidental unique, elle revendique la nécessité d’inscrire le combat antisexiste au sein des luttes antiracistes. Soit un « féminisme paradoxal », selon ses propres termes, caractérisé à la fois par une critique radicale du sexisme dans tous les milieux et par une « solidarité avec les hommes dominés ».

Nouvelles questions féministes, «Sexisme et racisme, le cas français», vol. 25, n°1/2006, Antipodes. Un second volume portant sur cette thématique est prévu pour fin 2006.

***
Une étude suisse démonte le « féminisme ethnocentrique »

En France, la loi dite « sur le foulard » promulguée en mars 2004 a secoué l’échiquier politique et fortement divisé les féministes. Ces tensions ont largement traversé les frontières nationales. Afin de comprendre et dépasser cette scission, trois chercheuses en Etudes genrede l’Université de Lausanne[1]ont mené une étude exploratoire en Suisse romande sur les fondements de ces divergences.
Il en ressort que les opinions des Romand-e-s sur le port du foulard prennent plus appui sur des fondements racistes que féministes. Ce constat conduit les auteures à conclure sur la nécessité d’articuler les luttes féministes et les luttes antiracistes. Pour ce faire, le refus du principe de division et de hiérarchie des groupes, qui conforte la domination des hommes sur les femmes – ou des « nationaux » sur les étrangers –, « doit s’appliquer à tous les groupes ». A défaut, les féministes occidentales risquent de développer une « vision ethnocentrique de l’émancipation des femmes, selon laquelle l’inégalité des sexes ne serait plus que le « problème » de groupes considérés comme étrangers et non un trait structurel de l’ensemble de la société ».
En France, les féministes, rappellent les chercheuses, ont ainsi été traversées par deux grands courants. Pour les militantes opposées à la loi, ce texte est à la fois raciste et sexiste. D’une part, il renforce la stigmatisation d’une population musulmane déjà discriminée dans l’Hexagone. D’autre part, il porte en lui le principe d’exclusion des filles de l’école publique. Quant aux partisanes de la loi, qui estiment que la lutte féministe ne doit pas être subordonnée au combat antiraciste, l’interdiction du port du foulard va dans le sens du droit des femmes à ne pas être opprimées, infériorisées et exploitées. S’appuyant sur le principe de laïcité, elles arguent que toutes les religions – l’islam en particulier  –, empreintes de logiques patriarcales, légitiment l’oppression des femmes. Enfin, une majorité de féministes françaises ont refusé de prendre publiquement parti.
L’étude romande mesure séparément les deux dimensions de l’antisexisme et de l’antiracisme et les croise pour évaluer les liens entre féminisme, racisme et prises de position autour de la loi française, via un questionnaire soumis au printemps 2004 à une population « tout-venant exprimant une sensibilité féministe[2] ». Il en ressort que plus les personnes interrogées adoptent des positions racistes vis-à-vis des sans-papiers en Suisse (soutien à l’idée d’une préférence nationale, telle qu’expulsion des sans-papiers au profit des chômeurs), plus elles sont favorables à la loi interdisant le port du foulard – qu’elles justifient au nom de la laïcité – et stigmatisent les musulman-e-s.

Apparaît également une interaction entre racisme et féminisme. Les répondant-e-s qui soutiennent des positions à la fois féministes et antiracistes sont celles et ceux qui s’opposent le plus à la loi française et se distancient le plus de deux processus produisant de la discrimination : la désignation de l’autre (les musulmans) comme différent, et la présomption d’une supériorité de la culture occidentale.

Ainsi, les personnes se distinguant par des « positions racistes » estiment à 82% (contre 73% – tout de même – des répondant-e-s catégorisé-e-s « non racistes» ») que « les hommes musulmans sont souvent plus machos que les autres ». Une différence de positionnement qui « montre que la mise en évidence du « sexisme des musulmans » est sous-tendue par une logique raciste », analysent les auteures. Quant à l’affirmation « les femmes musulmanes de France sont moins émancipées que les autres », construite sur la même logique que la précédente pour mesurer la hiérarchie entre le sexisme à la mode occidentale et le sexisme musulman, elle recueille respectivement 73% d’avis favorables chez les « racistes », contre 47% chez les « non-racistes ». Ce qui, pour les chercheuses, suggère que c’est bien le racisme qui a conduit à développer une vision ethnocentrique de l’émancipation des femmes, « comme si les féministes occidentales détenaient seules la bonne définition de l’émancipation – et les moyens d’y parvenir ».

[1] Loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 : « des signes ou tenues par lesquels [les élèves] manifestent ostensiblement une appartenance religieuse ».

[2] Les anti-loi dénonçant l’instrumentalisation des droits des femmes au service d’une forme « d’islamophobie » ; les pro-loi refusant qu’une fois de plus l’oppression des femmes soit reléguée à l’arrière-plan, derrière la mobilisation contre l’oppression « ethnique » ou de « classe ». Lire également ci-dessous : « Une étude suisse démonte le « féminisme ethnocentrique » ».

[3] « Féminisme et racisme. Une recherche exploratoire sur les fondements des divergences relatives au port du foulard », Patricia Roux, professeure en Etudes genre à l’Université de Lausanne, responsable du Laboratoire interuniversitaire en Etudes genre et corédactrice de Nouvelles Questions féministes, Lavinia Gianettoni et Céline Perrin, assistantes en Etudes genre à l’Université de Lausanne, in Nouvelles Questions féministes, vol. 25, n°1, 2006.

[4] Soit 157 personnes, suisses ou originaires de pays européens, au niveau de formation plutôt élevé, et des opinions politiques situées plutôt à gauche.

 

 

 

 

Intervention contre une loi d’exclusion. C.Delphy

Article publié sur Les mots sont importants le 09/02/2004
http://lmsi.net/Intervention-contre-une-loi-d
Par Christine Delphy, Membre du CFPE

 Intervention contre une loi d’exclusion
À propos de la loi interdisant le voile à l’école

Ce texte reprend l’intervention de Christine Delphy au meeting « Une école pour toutes et tous », qui s’est tenu au Trianon, le 4 février 2004.

 Le projet de loi contre le port de signes religieux, est de l’avis  général, dirigé contre le seul « voile », qu’on appelle aussi foulard islamique. La loi rendra plus facile d’expulser les filles portant le foulard des  écoles. Ce projet de loi divise tous les groupes politiques, toutes les  associations de la société civile, il divise aussi les féministes. Les partisans de la loi, dans chaque groupe, sont les plus nombreux. Les discussions, difficiles, montrent que les arguments rationnels ne tiennent pas une grande place dans leurs convictions. La vue du foulard  leur est insupportable, ils et elles ne veulent même pas discuter avec les jeunes filles voilées. Comme l’a dit un membre de la commission Stasi, ils n’ont pas jugé utile d’auditionner les intéressées, parce qu’ils « ne sont pas sensibles à leurs arguments » ; si peu sensibles en fait qu’ils ne veulent même pas les entendre.
C’est hélas la position de la majorité de nos concitoyens, résumés par une féministe :
le voile est un symbole d’oppression. Point à la ligne. La conclusion  implicite, et qui explique le refus d’écoute, est que seules des personnes manipulées ou aliénées, ce qui est la même chose, peuvent arborer un symbole d’oppression. Et à quoi bon discuter avec des personnes manipulées et aliénées ?
Donc d’emblée, les lignes sont  tracées : nous savons ce que signifie ce que vous portez, nous savons mieux que vous ce que vous faites, et rien de ce que vous pourrez dire
n’entamera nos certitudes, adossées à la principale certitude : celle  d’avoir raison, d’avoir la vérité et la science infuses. Quand on décide qu’une partie de la population ne maîtrise ni ses conduites, ni leurs sens — ce qui est la définition de la maladie mentale — discuter est non seulement inutile, c’est même dangereux, puisque cela suppose de se laisser toucher et peut-être contaminer par un discours  pathologique.
La seule chose qu’on puisse faire pour ces personnes, c’est essayer de les protéger contre elles-mêmes, contre leurs manipulateurs, et si on n’y arrive pas, protéger les autres de la contamination en les retirant des rayons, pardon, des salles de classe.

Donc on va supprimer le droit fondamental de ces jeunes filles d’être scolarisées, sous prétexte que leur présence menacerait potentiellement  le droit des autres de ne pas porter le foulard. En plus de les considérer comme aliénées, on fait à ces jeunes filles un procès d’intention : elles auraient le dessein de rendre le port du foulard obligatoire en France. Qui pouvait imaginer que ces deux mille jeunes filles, en majorité issues, comme on dit, de « l’immigration » — ce  lieu de naissance excessivement étrange et qui n’apparaît sur aucune carte de France — qui pouvait imaginer il y a seulement 6 mois qu’elles avaient un pouvoir si considérable ?
Ce n’est qu’en adoptant cette position paranoïaque que l’on comprend pourquoi leur mise à l’écart est devenue la priorité des priorités politiques. Ce n’est qu’à partir de ce délire qu’on peut comprendre le raisonnement contourné qui justifie la suppression d’une liberté comme  la défense d’une autre liberté, bien que cette dernière ne soit pas attaquée pour l’instant, et soit, à dire vrai, inattaquable.

C’est le  raisonnement qui est derrière le déclenchement des guerres baptisées  préventives et si à la mode : on agresse au nom de la défense contre un danger imaginaire. Ici aussi le danger est imaginaire : non seulement personne n’a l’intention dans ce pays de rendre le port du foulard obligatoire, mais surtout personne ne pourrait le faire. En attendant, une fois que les guerres sont déclenchées, leur dynamique destructrice de sociétés et de vies se poursuit implacablement.
Dans celle qui est déclenchée en France au nom de la défense contre le  « danger islamiste » — dont personne ne peut prouver l’existence dans ce pays — la dynamique de conflit va se poursuivre, et s’aggraver ; comme dans les autres guerres préventives. Même si le danger se révèle, à l’examen, d’ordre fantasmatique, la guerre, elle, sera réelle, et fera des victimes ; les premières en seront les jeunes filles exclues  par un Etat reniant son obligation de scolariser tous les enfants ; la deuxième victime sera la possibilité de réconciliation entre une  communauté d’origine maghrébine, ulcérée à bon droit par des décennies de discrimination, et le reste du pays.

En effet, comment les sociologues, féministes ou non, analysent-elles et ils l’adoption de la religion musulmane et dans le cas des filles, le port du foulard ? Comme une réaction au fait d’avoir été et d’être exclus, tant symboliquement que matériellement, de la communauté nationale. Même la classe politique, gauche et droite confondues, même les partisans de la loi, même les membres de la commission Stasi le reconnaissent : tout ceci se déroule sur fond de ghettoïsation, de discrimination à tous les niveaux, et particulièrement sur le marché du travail. Mais la discrimination, on ne veut pas la voir ; non la France n’est pas raciste, ce n’est que Le Pen qui l’est : mais alors pourquoi les descendants d’immigrés maghrébins, à diplôme égal, sont-ils et elles quatre fois plus victimes du chômage que les autres ?
Certains et certaines reconnaissent ce problème, mais trouvent que la réaction des personnes visées est malvenue. « Vos griefs sont réels leur disent-ils, mais vous vous trompez de réponse ». En tant que féministe, je sais que la révolte des dominées prend rarement la forme qui plairait aux dominants. Je peux même dire : elle ne prend jamais une forme qui leur convient. Et aller plus loin : ce que les dominants attendent, c’est qu’on demande ses droits poliment, et que si on ne les obtient toujours pas, quarante ans après, on fasse comme si de rien n’était. Et c’est bien vrai que cela ne fait pas de différence, pour les hommes, si la violence masculine contre les femmes est éradiquée demain ou dans 100 ans. Et que cela ne fait pas de différence, pour les Blancs, si le racisme est éradiqué demain ou dans 100 ans.

Ce qui est grave en revanche, aux yeux des dominants, c’est que les opprimés « se trompent de réponse ». C’est cela qu’il est urgent de corriger, de réprimer, de mater. Ce que la classe politique dit avec un ensemble touchant c’est : on a identifié la cause du problème, mais on va s’attaquer d’abord à sa conséquence — votre réaction malencontreuse — en laissant la cause pour plus tard, comprendre : pour jamais. Nous féministes pour l’égalité, nous disons : s’il faut commencer par quelque chose, c’est — et je reconnais que c’est une logique qui est étrangère à notre classe politique — par le commencement.

La maladie dont souffre ce pays, ce n’est pas deux mille jeunes filles qui portent le foulard, pour des raisons diverses, qui sont les leurs et qu’elles sont libres d’avoir, tant qu’elles ne commettent pas de délit. Et où sont les délits qu’elles ont commis ? Où sont les femmes
qu’elles ont battues à mort, les enfants qu’elles ont violés ?
Les principales maladies de ce pays, ce sont : le sexisme patent, brutal, institutionnel, omniprésent ; et le racisme patent, brutal, institutionnel, systémique, omniprésent. Le même qui régit la politique des employeurs, celle des offices HLM, celle de l’ANPE, celle de Le Pen. Nos politiques ont choisi de détourner le regard de cette maladie grave, pour ne s’en prendre qu’à ses symptômes. Or l’indifférence au racisme, c’est encore du racisme. Mais réaffirmer des principes, ça ne mange pas de pain — du moins le croient-ils, aveugles aux conséquences à long terme de leur bêtise — tandis que prendre à bras le corps une culture où la discrimination, tant sexiste que raciste, est banalisée, est devenue la norme et non plus l’exception, cela demanderait du travail. Beaucoup. Soigner la fièvre est trop coûteux, cassons le thermomètre.

Les conséquences de cet aveuglement collectif et de la loi dont il va accoucher, sont préoccupantes : le ressentiment justifié des descendants d’immigrés maghrébins, soupçonnés d’appartenir à un parti de l’étranger dès qu’ils cherchent une dignité qu’ils n’ont pas trouvée dans une égalité républicaine aux abonnés absents (comme le n° 114, censé recevoir les plaintes pour discrimination raciale), ce ressentiment ne pourra que s’approfondir. Et pour cette raison la loi ouvre un boulevard aux extrémistes de tout poil, y compris les extrémistes musulmans — pourquoi n’y aurait-il pas d’extrémistes parmi eux puisqu’il y en a partout ailleurs ?

Essayons de voir le positif : le lien est désormais fait entre les féministes et les jeunes femmes voilées, dont beaucoup développent un féminisme non pas contre mais avec l’islam. Et pourquoi pas ? Il y a longtemps que nous dialoguons avec celles qui sont catholiques et féministes, protestantes et féministes, juives et féministes. Et si je termine par cette lueur rose dans un ciel plombé, c’est que j’ai vu et entendu hier soir s’exprimer, lors d’une réunion de « progressistes », l’arrogance coloniale et raciste la plus éhontée ; et que j’en ai conçu un grand découragement. Si j’essaie ce soir de vous convaincre que d’un mal peut sortir un bien, c’est que j’essaie d’abord de me convaincre moi-même ; et j’espère que vous m’y aiderez.

 

Féminisme et laïcité. Non aux amalgames. Monique Crinon

Article paru sur Les mots sont importants le 20/11/2005
http://lmsi.net/Feminisme-et-laicite-non-aux
Par Monique Crinon, Membre du CFPE

 

Féminisme et laïcité : Non aux amalgames
Quelques rappels historiques sur la réalité des relations entre féminisme et laïcité

Monique Crinon s’oppose dans ce texte à une thèse propagée depuis deux ans par les partisans de l’interdiction du voile dit islamique : l’idée selon laquelle laïcité et féminisme seraient deux concepts jumeaux, quasi-synonymes. La laïcité serait par essence féministe, et le féminisme laïque par essence. Monique Crinon montre que cette conception revient en réalité à méconnaître la spécificité et l’intérêt du combat laïque, et plus encore du combat féministe. Ce dernier se retrouve en effet totalement subordonné, sous la tutelle de la laïcité – ou plutôt d’une certaine idée de la laïcité. Monique Crinon apporte un démenti à cette reconstruction mythologique, en rappelant un certain nombre de réalités historiques : la laïcité, malgré toutes ses vertus, n’a pas joué le rôle démesuré qu’on lui prête aujourd’hui dans l’émancipation des femmes. Ce n’est ni Jules Ferry, ni la loi de 1905 et moins encore la gauche laïcarde qui ont émancipé les femmes : ce sont les femmes elles mêmes qui se sont émancipées, sans – et souvent contre – une classe dirigeante masculine, laïcarde mais très peu féministe…

Les débats suscités par la loi interdisant le port de signes religieux à l’école, (de fait le foulard porté par des élèves musulmanes), ont été centrés sur deux enjeux combinés, la laïcité et les droits des femmes, abordés le plus souvent sous l’angle des acquis du féminisme, lesquels seraient mis en danger. Au nom du respect de la laïcité, le législateur a prétendu protéger et défendre les droits des femmes.

La mise en scène du débat sur la laïcité a été montée de telle sorte qu’il est apparu évident que laïcité et féminisme étaient deux réalités intrinsèquement liées l’une à l’autre et en totale cohérence. Certaines déclarations tendent à donner à penser que le féminisme s’est construit et développé en étroite dépendance, sujétion même à la laïcité. Outre le fait que cette dépendance, présentée comme consubstantielle au féminisme, annule ou disqualifie les luttes féministes au sein des sociétés non laïques, un simple retour historique montre que cette dramaturgie du féminisme français ne correspond que très partiellement à la réalité.
Deux projets distincts
S’il est vrai que laïcité et féminisme sont deux processus historiques qui s’inscrivent l’un et l’autre dans une perspective émancipatrice, impliquant des luttes souvent âpres, leur objet n’est pas le même.
La laïcité a pour cible le rôle et la place des religions dans la société, son objectif premier fut et demeure la volonté de leur dénier toute prétention et tout droit à être l’axe structurant la vie sociale et les rapports sociaux. La loi de 1905 (je rappelle que le terme « laïcité » ne figure pas dans le texte) garantit ce projet en attribuant à l’Etat la responsabilité de garantir la liberté d’expression et de pensée dans l’espace public. Il faut se rappeler que cette loi, dont le rôle émancipateur reste essentiel, résulte de courants de pensée qui ont travaillé la société française depuis quelques siècles ; elle marque certes un point d’équilibre dans les relations entre les idéologies religieuses et la société, mais elle ne saurait clore le débat sur la question des religions. Celui-ci se manifeste d’ailleurs avec plus ou moins de passion au fil du 20ème siècle et s’exacerbe autour de la question de l’Islam.

La question de la laïcité est traversée en France par deux grands courants de pensée toujours actifs. Un premier courant, héritier du 18ème siècle, vise la dissolution des religions par le travail de la raison, débarrassée des scories de l’aliénation religieuse. Dans cette perspective, la laïcité charrie beaucoup plus que la simple mise au pas des religions, elle est le vecteur central de la mise en œuvre de ce que serait le projet des Lumières porté par la République. Derrière cette conception se profile un universalisme se posant en surplomb des singularismes de populations, notamment féminines, non encore au fait de ce qui est bon pour elles et pour le monde. Au final, cette conception de la laïcité pose que religion et émancipation sont antagoniques.
Le second courant de pensée, auquel je me rattache, est issu lui aussi des Lumières. Mais il postule que le travail de la raison est animé aussi par les religions. C’est dire que raison, émancipation et religion ne sont pas nécessairement contradictoires. C’est considérer que la laïcité n’est pas garante d’un modèle universel établi, qu’elle est simplement garante des conditions démocratiques nécessaires à la conduite d’un débat public qui participe à la construction de l’universalisme. De ce point de vue d’ailleurs, il faut tordre le coup à l’idée que la religion est un phénomène qui devrait se cantonner à l’espace privé. Outre la contradiction évidente qui consiste à renvoyer à la sphère individuelle un projet qui vise à relier les hommes et les femmes autour d’un sens partagé, ce serait faire des religions une pratique clandestine, invisible, a-sociale parce que nocive. Les théories religieuses ont leur place dans le débat public, ni plus ni moins que toute autre idéologie. Je reprendrai d’ailleurs volontiers la définition de la laïcité établie par la LDH (cf. plus bas).
Quant au féminisme, il a pour objet central la lutte contre le système de domination dont sont victimes les femmes, à savoir le patriarcat. Dès l’origine, ce constat d’une oppression spécifique aux femmes, a été investi très différemment par les féministes, tant dans leurs luttes que dans leur travail de théorisation. S’il est vrai que les luttes féministes ont donné lieu à des moments de fortes convergences (le droit de vote, à l’avortement et à la contraception par exemple), il est tout aussi vrai que des divergences récurrentes ont traversé et traversent toujours le mouvement des femmes. Ces divergences portent autant sur la définition de ce que l’on entend par condition des femmes, et donc sur la nature de leur oppression, que sur la place de leurs luttes dans le mouvement social. Certaines considèrent que l’oppression sexiste est un des effets secondaires de la domination capitaliste et qu’elle se résoudra dès lors que l’ordre du monde en sera enfin libéré. D’autres, dont je suis, estime que le sexisme est un système de domination autonome auquel il convient d’opposer des ripostes autonomes. Il est donc pour le moins réducteur de parler « du » féminisme, il serait plus juste de parler « des » féminismes.

Des relations souvent discordantes…

L’histoire récente des relations entre les mouvements féministes et la laïcité montrent qu’elles furent le plus souvent houleuses, voire opposées. Je souligne au passage que la République laïque française s’est accommodée de trop d’horreurs au fil de son histoire, et, dans le même ordre d’idées, qu’elle s’est parfaitement accommodée du statut de mineures des femmes. Rien, ou presque, dans ses prises de position n’indique que le statut des femmes constituait une atteinte majeure au projet émancipateur de la République (laïque française, insisterai-je).
Au contraire, lorsque des féministes ont réclamé le droit de vote pour les femmes, la lecture des débats qui ont agité l’assemblée nationale, est édifiante. Un concert d’opposants se fit entendre, parmi ceux-ci les plus actifs furent les députés de gauche. Leur argumentaire était simple : la pensée des femmes est façonnée par le clergé, celui-ci est à droite, donner le droit de vote aux femmes équivaut à donner des voix à la droite. Est-il utile de souligner à quel point cet argumentaire obéissait aux poncifs les plus éculés du machisme ? S’il en était besoin, ce rappel suffirait à indiquer que la prépondérance du patriarcat n’est pas l’apanage des seules idéologies religieuses, il s’éploie au sein même des forces laïques, qu’elles soient ou non athées. En réalité, dans ce débat, les femmes étaient le lieu d’une controverse qui les dépossédait de leur propre épaisseur de Sujet. Elles furent passées au compte des pertes et profits, côté pertes, au nom d’un enjeu « stratégique » supérieur. A aucun moment elles ne furent considérées comme réelle partie prenante de ce débat public, sauf lorsqu’elles s’y imposèrent.

Je considère que le débat engagé avant le vote de la loi sur les signes religieux à l’école et ensuite, a obéi à un schéma similaire : les femmes musulmanes portant foulard menacent la société française et ses acquis (y compris féministes) car elles sont le « cheval de Troie » des musulmans les plus réactionnaires. On retrouve les mécanismes qui structurèrent le débat sur le droit de vote des femmes, le continuum patriarcal est patent.
Aujourd’hui, comme ce fut le cas hier, les groupes politiques, notamment de gauche et laïcs, ont cherché à se servir des luttes de femmes comme porte-drapeaux, opération qui a permis dans le même temps de mieux assigner certaines femmes en un lieu dit émancipé et d’en diaboliser d’autres. Derrière le faux nez de la laïcité, le débat réel ne porte véritablement que sur les femmes, la place des femmes, des corps des femmes, dans la société, dans l’espace public, même si celui-ci se réduit ici à l’espace scolaire, dans un premier temps.
J’avance l’hypothèse que la figure de la laïcité mise en exergue par certains, procède du même ravalement du féminin que celui opéré par les monothéismes. En effet, une des fonctions historiques des monothéismes a été de contribuer à l’émergence de la figure paternelle en lui conférant une haute valeur symbolique. Cette fonction symbolique a pris figure d’universel, confondant ainsi universel et masculin de façon durable et toujours actuelle. C’est là une des caractéristiques du débat français dès lors qu’il est question de l’universalité.
Le plus triste et le plus dommageable est que des féministes, oublieuses de leur histoire, épousent les pseudo-arguments de nos parlementaires. Est-ce à dire que la question du foulard est anecdotique ? Certainement pas, car il est vrai que les signes religieux ne marquent pas femmes et hommes de la même manière. Il est tout aussi vrai que l‘Islam, à l’instar des religions juive et chrétienne, a apporté un soutien théologique à la domination masculine et patriarcale.
Au final, derrière cette polémique virulente, il y a la souffrance des femmes de tous bords et leur destin. Souffrance parce qu’il était et demeure question de ce qu’il y a de plus intime, la place des corps, souffrance parce qu’il est devenu impossible d’exprimer sa perplexité et ses émotions sans être happée par des débats féroces, souffrance parce que nous étions toutes sommées de nous prononcer, les femmes musulmanes plus que toutes autres.
C’est au nom de la « libération » des femmes que s’est jouée la mise en scène du débat sur le foulard à l’école et l’exclusion des élèves le portant, c’est toujours au nom de la libération des femmes que l’empire américain justifie ses guerres leur offrant un label libérateur, mais c’est aussi au nom du rejet du modèle occidental que certains régimes enferment leurs femmes.

Le corps des femmes est devenu le lieu d’affrontements où les conflits de civilisation atteignent leur forme la plus aiguë et la plus déchirante, le débat sur la laïcité en est un exemple. Faut-il rappeler que les 8 mars 2004 et 2005, c’est au nom de la laïcité que furent exclues des manifestations féministes les femmes voilées qui souhaitaient s’associer à la démarche et croyaient y avoir leur place en tant que femmes dénonçant le patriarcat ?

En réalité, on oublie trop vite qu’une des dimensions les plus radicales des luttes féministes a été d’ouvrir un espace politique qui dépasse et subvertit les cadres politiques classiques. En ce sens, le féminisme est porteur d’un projet émancipateur fondamentalement irrécupérable par les modèles idéologiques et politiques, religieux ou non.

Monique Crinon est militante féministe, membre notamment du Collectif des Féministes Pour l’Egalité. Ce texte a été exposé lors d’une rencontre sur la laïcité organisée par les Citoyennes des deux Rives et la FTCR (Fédération des Tunisiens Citoyens des deux Rives). Il vient de paraître dans Mémoires et horizons, la revue des Citoyennes des deux Rives.

 

CFPE Communiqué de presse MMF

Collectif Féministes pour l’égalité
Communiqué de presse du 31/05/2005

 

Pour les droits des femmes, contre les exclusions, pour un monde plus solidaire

Nous, femmes du Collectif des Féministes pour l’Egalité, voilées, non voilées, croyantes, athées et agnostiques, françaises et étrangères, sommes venues à la Marche Mondiale des Femmes à Marseille pour défendre les droits de toutes les femmes à la liberté, la dignité et l’égalité.

Si certaines organisations et militantes féministes nous ont mises à rude épreuve en exerçant à notre égard un véritable harcèlement moral, ces deux journées du 28 et 29 mai ont surtout été pour nous l’occasion de mesurer la solidarité de nombreuses femmes venues de France, d’Espagne, de Pologne, d’Afrique ou d’ailleurs contre l’exclusion et pour l’égalité. Nous les en remercions chaleureusement.

Malgré certaines pratiques d’ostracisme, nous avons pu faire entendre notre voix : l’une d’entre nous a défendu à la tribune du forum « pouvoir et démocratie en Europe » l’idée d’une citoyenneté qui permette l’accès de toutes les femmes à la sphère politique. Elle a aussi plaidé pour l’inscription de la laïcité dans le projet européen, seule à même de garantir le droit au divorce et à l’avortement. Lorsqu’elle s’est élevée contre une version répressive de la laïcité qui renvoie les femmes musulmanes qui portent un foulard à la sphère domestique, en limitant notamment leur accès au travail et à l’éducation, la réprobation manifestée par certaines n’a pas réussi à faire taire les nombreuses femmes qui ont manifeste leur solidarité.

Si les manifestations publiques du dissensus font partie du jeu politique du forum, comment néanmoins ne pas souligner à quel point la prise de parole est difficile et courageuse ? Ainsi lorsque d’autres membres de notre collectif, en particulier celles portant foulard, ont voulu s’exprimer à leur tour, elles ont été coupées et conspuées, bien que rien dans leurs propos ne leur vaille un tel accueil : elles n’ont cessé d’affirmer en préambule que le droit de porter un voile allait de pair avec celui de ne pas le porter ! Dans les forums comme sur la pelouse, certaines femmes ont voulu nier à d’autres femmes la parole et le droit de lutter ensemble contre la domination masculine et les effets dévastateurs du néo-libéralisme.

Toutefois les élans de sympathie ou de curiosité ont permis de dépasser les tentatives de ségrégation qu’auraient voulu imposer certaines : partout, lors de discussions informelles, nous sommes parvenues à avoir des échanges francs et sans tabou ; nous avons ainsi tissé de nouveaux liens et nous nous en réjouissons.

De même, pendant la manifestation, nous avons défilé avec des associations de femmes marseillaises et notre présence festive s’est faite entendre. A nouveau, notre volontarisme nourri par la conviction de la justesse de notre lutte a permis de surmonter bousculades et invectives visant à nous marginaliser comme si nous étions une présence honteuse dont il faudrait se défaire.

Reste que si nous assumons avec détermination les difficultés du rapport de forces politique, il existe des agressions que l’on ne peut tolérer : ainsi, sur le quai de la gare Saint Charles, puis à l’intérieur du train même, une poignée de femmes se sont appliquées à vouloir nous humilier. Sur le quai, l’une d’entre elles a même tenté d’empêcher certaines d’entre nous, au prétexte de leur foulard, de monter dans le train, en osant affirmer qu’elles ne les reconnaissaient pas comme participantes à la Marche Mondiale… Nous avions pourtant  payé nos billets, à l’aller comme au retour, comme les autres et nous étions regroupées !  « Les voilées, elles ne sont pas de la Marche »  se mit-elle à nous huer. Puis, dans le train, elles continuèrent à nous provoquer en parlant à voix haute devant les passagers, allant jusqu’à taxer les non voilées de « gardes du corps » qui n’avaient pas intérêt à venir sur leur « territoire », comme si le féminisme était leur chasse gardée…

De quel féminisme peuvent-elles se réclamer quand elles exercent une telle violence à l’égard d’autres femmes ? Défendre les droits des femmes, affirmer la « solidarité avec les femmes du monde entier » comme le disait un des slogans de la marche, ce n’est pas le nier à d’autres. Nous pouvons avoir des désaccords ; en débattre est sain. Il ne s’agit nullement d’effacer les divergences mais simplement d’exiger le respect de la dignité de chaque femme. On nous reproche souvent dans un procès d’intention de réclamer une solidarité à sens unique, mais si de telles pressions s’exercent sur nous chaque fois que nous souhaitons nous joindre au mouvement féministe, comment cela est-il possible ? Depuis la manifestation du 8 mars 2004, puis pendant celle pour la défense du droit à l’avortement jusqu’à cette rencontre mondiale à Marseille, les agressions sont récurrentes : cela suffit !

Aujourd’hui encore plus soudées que jamais, résolues à défendre un féminisme pluriel, fières de notre mixité culturelle et sociale – le meilleur antidote contre l’exclusion et les replis communautaires étroits – nous affirmons notre détermination à conquérir le droit pour toutes les femmes de vivre dans un monde sans violence ni discrimination au prétexte du genre.

 

CEPT Communique de presse Fête à l’école

Collectif Une Ecole pour toutes et tous 93 Sud
Communiqué de presse du 19/05/2005

Fête à l’école – mais pas pour tout le monde !

Un nouveau cas de discrimination contre des femmes musulmanes portant le foulard a été constaté à l’école maternelle Anatole France à Montreuil en Seine Saint Denis.

Nathalie Bouguesmia, dont le fils va à cette école, a été informée lundi qu’elle ne pourra pas participer à la fête de l’école, puisqu’elle porte un foulard.

Nathalie, déléguée des parents d’élève et impliquée dans la vie de l’école, est dévastée. «Je n’arrive pas à croire que la fête de l’école puisse être interdite à certaines d’entre nous à cause de nos croyances » a-t-elle déclarée.

John Mullen, porte-parole du collectif Une école pour toutes et tous 93 Sud a fait la déclaration suivante :
« Nous ferons tout ce que nous pouvons pour empêcher cette discrimination d’un autre âge. Le Ministre de l’Education lui-même, François Fillon, a déclaré publiquement que la loi interdisant les signes religieux ne s’appliquait aucunement aux parents d’élèves. Cette discrimination est illégale et d’une bassesse incroyable.

De plus, la directrice, Mme Potin, refuse de déclarer par écrit ce refus, de peur de se retrouver devant les tribunaux.

Nous refusons que certaines mères soient cantonnées à la maison à cause de leurs pratiques religieuses. Nous voulons que l’école soit un lieu de rencontre et d’échange pour tous – a fortiori le jour de la fête !

Nous demandons à tous de protester auprès de la directrice de l’école et auprès de l’inspection de l’Education nationale pour que de telles pratiques islamophobes ne soient pas acceptées à l’école. »