Intervention de Hanane Karimi, en tant que porte parole de « Femmes dans la mosquée », lors de l ‘atelier « Femmes, Religion et Emancipation »

Femmes, Religion et Emancipation

Le CFPE me demande d’intervenir en tant que porte-parole des « Femmes dans la mosquée ». On pourrait trouver que la question de la place des femmes dans une mosquée est une question anecdotique, que des problèmes bien plus préoccupants touchent les femmes musulmanes. Et pourtant, cette revendication qui semble, aux premiers abords, être une revendication de confort, est en fait une contestation symbolique et exemplaire (dans le sens où elle expose un autre possible) venant exprimer un malaise profond dans la communauté religieuse musulmane. Qu’une mosquée d’obédience salafiste sépare les hommes des femmes est un choix qui ne nous aurait pas choqué, mais lorsque cela touche une mosquée emblématique dans le paysage de l’islam de France telle que la Grande Mosquée de Paris, est insoutenable. Insoutenable à plusieurs niveaux. D’abord parce que cela est la marque d’une régression pour cette mosquée qui n’offrait déjà pas une place courtoise aux femmes qui étaient parquées derrière un rideau faisant office de barrière visuelle et symbolique entre l’espace esthétique et relationnel des hommes et l’espace, réduit et fermé, qui était offert aux femmes. Deuxièmement, parce que cette décision s’inscrit en porte à faux des prêches humanistes et médiatiques de son recteur Dalil Boubakeur et troisièmement parce que pour un lieu touristique comme celui-ci, offrir à la vue des touristes une affiche indiquant « salle de prières des femmes  (sous-sol) »  est tout simplement scandaleux !
Dans ma présentation, je vais vous rappeler les éléments principaux dans l’affaire les « Femmes dans la mosquée », la deuxième partie de mon intervention portera sur les enjeux de l’invisibilisation des femmes dans les mosquées et enfin je finirai par la présentation d’initiatives à l’international qui sont sœurs « des Femmes dans la mosquée ».

I° Naissance des Femmes dans la mosquée
Au début, nous pensions que cette ségrégation était due au fait d’avoir bricolé les mosquées historiquement et financièrement en France. Ce qui aurait été vrai, si nous n’avions pas constaté la même problématique soulevée dans d’autres pays qui s’exprime comme une ségrégation violente et insultante à l’égard des femmes. Alors, quand la grande mosquée de Paris a décidé, à partir de la décision d’un imam,  de reléguer les femmes dans une salle au sous-sol, c’est un sentiment d’injustice qui nous a saisies, nous, femmes musulmanes, quant au double sort que nous subissons dans une société française postcoloniale qui stigmatise notre pratique religieuse à travers le voile qui serait contraire au principe de la laïcité française et dans une communauté d’appartenance religieuse qui a glissé vers une pratique patriarcale injuste. Est-ce normal que ce soit à la mosquée que certaines femmes musulmanes se sentent le moins respectées ?

II° La femme essentialisée :
Le prêche qui a fait suite à notre action du 21 décembre 2013[1] donne un aperçu du pouvoir des discours sur les croyants. Mais il nous donne surtout une fenêtre sur la conception du statut des femmes dans le champ islamique pratiqué par l’imam de la mosquée de Paris. Ce prêche fût d’une véhémence et d’une violence à l’égard des femmes qui exprimait la colère d’avoir été dérangé dans l’ordre que les hommes avaient décidé. La femme fût donc rapportée à son manquement et à la Fitna : la turpitude, le désordre. La femme fût donc décrite comme une menace pour les croyants et pour l’ordre phallocrate. D’abord une menace sexuelle, une tentation, et ce de la bouche de musulmans qui habitent une société où ils sont sollicités en permanence dans les médias qui leur vend un parfum de grande marque, entre le journal télévisé et le film du soir, à coup de beautés fatales qui offrent leurs corps dénudés, oniriques, irréels à leurs yeux…à leur portée.  La logique de cette condamnation est que ce sont les femmes qui doivent payer la faiblesse des hommes face à la tentation, potentiellement excitables et c’est selon cette logique, pour le  confort de la gent masculine, que les femmes sont officiellement « gentiment invitées », comprenez par là « forcées » à s’exclure des mosquées, des lieux de culte devenus exclusivement masculins  mais aussi de se conformer à l’ordre masculin, et non plus à celui de Dieu. Nous, femmes, sommes prestement invitées à rester dans la sphère domestique et à ne pas outrepasser les limites qu’on nous assigne au risque d’être traitées de « faiseuses de troubles ou pire de féministes ! ».
Quels sont les enjeux d’une telle ségrégation ? Avant de voir les enjeux, j’aimerais  revenir sur les arguments, les meilleurs comme les pires, qui nous sont opposés lorsque quelqu’une ose demander le pourquoi de cette ségrégation.

Les arguments :
1)     Le premier est l’argument officieux, celui du bruit :
Les femmes sont bruyantes. Toutes les femmes sont bruyantes : c’est biologique, elles ne savent pas se tenir, elles sont indisciplinées ! « Même l’imam doit intervenir pour leur demander de la boucler ». Rien n’y fait « elles déconcentrent les fidèles en prière », entendez par-là : les hommes. Ce qui me fait penser à un article[2] paru dans La Croix sur les pleurs d’enfants pendant la messe qui devenaient un enjeu pour  l’unité de la communauté.

2)     Second argument, l’argument officiel : le manque de place :
Nous sommes allées vérifier et nous nous sommes rendu compte de l’hypocrisie de cet argument. Nous avons entendu le chargé de communication, Slimane Naddour, dire que cela entrait dans le cadre d’un réaménagement de la mosquée face à l’affluence croissante des femmes. Mais alors, nous sommes en mesure de nous poser la question :
Qui décide des mesures à prendre pour l’aménagement des lieux?
Qui décide pour le lieu de prière dédié aux femmes ?
Qui décide de quel espace est alloué et organisé pour les femmes ?

Pour avoir une réponse il suffit de jeter un œil sur la composition de la majorité des comités de direction des mosquées.
Voici quelques répliques auxquelles nous avons eu droit :
«- Nous avons l’écran plasma dernier cri !
– Ce n’est pas un débarras, c’est la salle de prière des femmes !
– Et après ça vous demanderez l’imamat des femmes !
– Les femmes sont chanceuses, elles peuvent prier chez elles !

Ce qui est en contradiction avec la parole prophétique qui dit « N’interdisez pas à vos femmes de se rendre dans les mosquées » et la seconde partie « mais leurs maisons sont meilleures »,  n’est pas authentifiée  car cette parole n’a été rapportée que par un seul narrateur. Mais c’est cet argument illégitime au niveau scientifique qui justifie auprès des croyants lambda l’exclusion des femmes et leurs assignations à la sphère domestique.

– Ce sont les femmes qui ont demandé la séparation !

Et le coup fatal :
– Prier à la mosquée n’est pas une obligation pour les femmes.

Je citerai ici Hakima Mounir qui a écrit le livre Ici et là-bas[3] et qui dit « L’intrusion des femmes dans cet espace masculin -l’espace public- perturbe l’imaginaire d’une société construite sur l’assignation des femmes à l’espace intérieur. La transgression de ces frontières est vécue par les hommes comme un danger remettant en question leur pouvoir sur l’espace extérieur et l’ordre social. »

Et donc on trouve des panneaux, « les femmes ne sont pas autorisées dans cette mosquée » ou « la salle des femmes est au sous-sol »

Il y a aussi cet argument très spirituel : « On ne vient pas à la mosquée pour admirer son architecture, on y vient pour prier ». Soit, alors pourquoi l’architecture prend une place esthétique et finançière si importante dans la construction des mosquées ?

*Les enjeux :
L’enjeu principal est la transformation des mentalités d’hommes et de femmes qui ont évolué dans une communauté sexiste et phallocrate. Alors que la base était le contraire, c’est-à-dire que la société jahilite s’est transformée d’une société injuste et inégale, sexiste et raciste en une société des possibles et de l’empowerment, de solidarité et de changement. Alors pour prendre conscience du chemin qu’il reste à faire, il est nécessaire de conscientiser les enjeux d’une telle invisibilisation des femmes, parce qu’accepter une telle ségrégation et un tel traitement encourage le « disempowerment » des femmes. :

* Pas de visibilité, pas de voix !
* Pas de visibilité, pas de défense ou de contestation du discours quel qu’il soit !
* Pas de visibilité, le meilleur moyen d’affirmer qu’il n’y a pas de demandes émanant des femmes.
* Pas de visibilité comme moyen de faire incorporer le corps des femmes comme danger. Pas besoin de longs discours, le symbolisme fait son chemin !

Et cette invisibilisation dans les lieux de culte n’est que le renversement de l’ordre établi par le prophète de l’islam qui avait nommé comme autorité religieuse, son épouse, encore jeune, mais érudite et ayant une très bonne mémoire. L’invisibilisation des croyantes dans les mosquées est donc l’aboutissement d’un processus qui a évincé graduellement les femmes des rôles décisifs, des rôles d’autorités, des cercles de savoirs, le savoir étant une légitimation du pouvoir, les femmes sont donc devenues illégitimes, ignorantes, minorisées et impuissantes au nom du sacré !
Et comme l’ignorance est le meilleur moyen de faire passer de fausses croyances, on a ainsi une diffusion incontrôlée de fausses croyances, non vérifiables (parce que ne maîtrisant pas suffisamment le côté scientifique). La séparation physique (rideau, paravent, salle séparée, balcon) imposée aux femmes musulmanes n’est qu’une partie des barrières institutionnelles qui les empêchent de participer activement aux affaires de la communauté, comme la majorité des mosquées sont dirigées par des hommes.

 

III° « Now it’s time » :
J’ai envie de faire part d’initiatives locales qui se multiplient dans des sociétés dites occidentales, aussi bien en Australie, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France. Une canadienne, répondant au nom de Shelina Merani, fraîchement convertie à l’islam, est l’une de ces femmes qui a vécu la désillusion de la Oumma comme unité de foi. Et elle fait un onewoman sho w[4] dans lequel elle parle de cet endroit et elle dit ceci : « Normalement lorsqu’on se rend dans un lieu de culte, on est censée se sentir comme Jésus « walking on water », transcendée, dans un état spirituel, moi quand je vais à la mosquée in the basement, (au sous-sol), ce que j’aimerais trouver, c’est un avocat, un défenseur des droits de l’homme et une rangée derrière les hommes. »

Un autre témoignage que j’ai trouvé sur le blog de Hind Makki « Side entrance »[5] qui répertorie par photos les lieux de prière des femmes dans les mosquées. Hawan Moghul dit ceci « Les mosquées sont emblématiques d’une société, elles sont le reflet de la société. Alors ce à quoi ressemble la zone des femmes dans les mosquées est important mais surtout (il faut se demander préalablement)  y a-t-il une place pour les femmes dans ces mosquées ? Où se situe-t-elle ? (au passage des toilettes ?) Est-ce que le reste de la mosquée est conforme à cette zone dédiée aux femmes ? La manière dont les musulmans (hommes) considèrent la maison de Dieu en dit long sur ce qu’ils pensent de Dieu,  et d’eux-mêmes. »

Lorsque le groupe « Les femmes dans la mosquée » fût lancé et comme je fus celle qui entretenait le groupe facebook, j’ai fait des recherches, et j’ai trouvé de ci,  de là, des informations sur d’autres initiatives qui contestaient la ségrégation sexuelle pratiquée dans les mosquées. Et la question est présente dans la majorité des mosquées. C’est-à-dire que je contextualisais le problème, mais je me suis très vite rendue compte que les mosquées en majorité implantées en occident reproduisaient cette ségrégation. Et il est important d’utiliser les bons mots même si ceux-ci choquent, ils sont justes, nous avons à faire à une ségrégation sexiste systématique au service d’un pouvoir machiste.

Le Majordome sortait au même moment que notre action et le symbole de la ségrégation y était fort. Ce film m’a rappelé comme les changements historiques, sociaux et communautaires sont d’abord l’œuvre d’insoumis à un ordre injuste. Alors à l’heure où tout musulman a une fitra…il serait opportun de faire l’effort de la reconsidérer, de la rendre audible dans nos vies propres parce que cette fitra nous titille quand quelque chose nous paraît injuste et qu’elle est une des voix du changement. Dieu enjoint aux croyants de faire le bien et d’interdire le mal ; lorsqu’il ne peut le faire avec sa main, il le fait avec sa langue, lorsqu’il ne peut le réprouver avec sa bouche, il le fait avec son cœur. Et en tant que musulmanes fermement attachées au message émancipateur de l’islam, nous avons réprouvé le mal avec nos membres, nos bouches et nos cœurs.

 Conclusion :
J’ai envie de terminer cette présentation en rappelant que ceux qui ont semé cette graine de féminisme ou de position critique vis-à-vis d’un ordre immuable et établi sont en premier lieu les imams. Ces hommes qui ne cessent de rappeler que les femmes à l’époque du prophète étaient des femmes libres, qu’elles étaient des femmes actives, qu’elles étaient des femmes critiques, elles étaient des femmes responsables et fiables, qu’elles étaient des femmes justes, qu’elles étaient des actrices du changement de la justice sociale. C’est eux qui paradoxalement ont semé cette inaptitude à nous soumettre à quiconque si ce n’est à dieu.

Un grand écrivain français disait :
« Il vient une heure où protester ne suffit plus, après la philosophie, il faut l’action. La vive force achève ce que l’idée a ébauché.» Victor Hugo

 

Hanane KARIMI

[1] http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/grande-mosquee-de-paris-les-femmes-au-bas-etage-09-01-2014-3631_118.php
[2] http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pleurs-d-enfants-un-casse-tete-pour-les-paroisses-2014-01-05-1084791
[3] Hakima MOUNIR, Entre ici et là-bas. Le pouvoir des femmes dans les familles maghrébines, PU Rennes, coll. « Essais », 2013 ;
[4] http://www.youtube.com/watch?v=sLxHu0zah_Q
[5] http://sideentrance.tumblr.com/

 

Campagne de solidarité avec Khalida Jarrar

Nous, organisations et individus signataires, demandons l’annulation immédiate de l’ordre d’expulsion à l’encontre de Khalida Jarrar, membre du Conseil législatif palestinien, activiste pour les droits des prisonniers et dirigeante politique.

Le 20 août, à une heure et demie du matin, cinquante soldats israéliens d’occupation ont envahi la maison de Mme Khalida Jarrar et lui ont remis un « ordre de surveillance spéciale », écrit en hébreu et lu tout haut en arabe. Signé par un tribunal militaire israélien sur la base de preuves non spécifiées et secrètes, le document ordonnait que Mme Jarrar soit expulsée de sa maison de Ramallah, déplacée de force et confinée à Jéricho pour une période initiale de six mois ; l’ordre prenait effet dans les vingt-quatre heures.
Cet ordre constitue une injustice flagrante qui s’inscrit dans la continuité de la politique d’occupation israélienne visant à réduire au silence les dirigeants politiques palestiniens, à enfermer et à chasser les Palestiniens de chez eux. Expulsion de plus de 750 000 Palestiniens – dont des membres de la famille de Khalida Jarrar – de leur patrie en 1948 et déni de leur droit au retour depuis soixante-six ans ; tentative de déportation des maires palestiniens hors de la Palestine ; confiscation de la carte d’identité de Jérusalem des membres élus du Conseil législatif palestinien Mohammad Abu Tir, Ahmad Atoun, Mohammed Totah et Khaled Abu Arafah ; et maintenant cet ordre d’expulsion, la liste est longue des tentatives israéliennes pour menacer la vie palestinienne par les déplacements et les expulsions.
Khalida Jarrar a refusé de signer l’ordre d’expulsion. « Vous, les occupants, êtes en train de tuer notre peuple. Vous pratiquez les arrestations massives, vous détruisez les maisons, vous enlevez les gens pour les déporter. C’est vous qui devez partir », a-t-elle dit. Elle s’est s’installée dans une « tente de protestation » devant le bâtiment du conseil législatif à Ramallah. Elle a annoncé qu’elle y resterait et poursuivrait son travail jusqu’à la révocation de la décision d’expulsion.
Mme Jarrar est une dirigeantedu Front populaire pour la libération de la Palestine, un parti palestinien de gauche ;dirigeante et militante, elle organise régulièrement des manifestations et des actions populaires pour la liberté des Palestiniens. Depuis longtemps avocate des prisonniers politiques palestiniens, elle a été administratrice exécutive de l’Association Addameer de soutien aux prisonniers et pour les droits humains et est membre de son conseil d’administration. Elle est présidente du Comité pour les prisonniers du Conseil législatif palestinien.
Elle a été également active dans le mouvement des femmes palestiniennes dèsson entrée à l’université, où elle a rejoint les étudiantes qui luttaient contre l’occupation. Voix féministeéminentepour la défense etl’essor des droits des femmes, elle organise les initiatives de la Journée internationale des femmes en Palestine et maintient une coordination étroite avec l’organisation des femmes palestiniennes, soulignant que : « Les femmes palestiniennes sont des partenaires à part entière dans le combat palestinien. »
Depuis 1998, elle n’a plus le droit de quitter la Palestine occupée : quand elle a eu besoin d’un traitement médical en 2010, elle a dû mener campagne pendant des mois avant de recevoir son traitement.
Le déplacement forcé de Khalida Jarrarconstitue une violation de la loi internationale et de la quatrième Convention de Genève. Celle-ci interdit l’« assignation à résidence » excepté en cas d’« absolue nécessité » et interdit les déplacements forcés, collectifs ou individuels, de personnes protégées à l’intérieur d’un territoire occupé. Or l’ordre d’expulsion forcée de Mme Jarrar ne comporte que de vagues références à des « renseignements » et à la « protection de la sécurité de la région ».
Que Khalida Jarrar soitvisée par une mesure d’expulsion montreclairement que l’objectif est de réprimer l’organisation politique des Palestiniens – elle a été une figure éminente des manifestations de soutien aux Palestiniens de Gaza qui se sont déroulées en Cisjordanie pour dénoncer l’occupation militaire et le massacre de plus de deux mille Palestiniens.
L’invasion de la maison de Mme Jarrar et la remised’un « ordre de surveillance spéciale » enjoignant son expulsion ont eu lieu dans le périmètre de ce qu’on appelle la « Zone A », prétendument sous le seul  contrôle de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo. Malgré cela, les forces d’occupation israéliennes ont été autorisées à entrer dans Ramallah et à envahir la maison de Mme Jarrar ; comme le remarque Addameer, « la prétendue “coordination de sécurité” entre les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et les forces d’occupation israéliennes a permis l’expulsion d’une représentante élue du peuple palestinien, une représentante qui n’a cessé d’appeler à la fin de cette “coordination” ».
Khalida Jarrar a été visée par un ordre d’expulsion parce que c’est une femme palestinienne, une parlementaire palestinienne et une dirigeante palestinienne. Aujourd’hui, nous défendons la justice, nous défendons la Palestine, et nous sommes aux côtés de Khalida pour exiger l’annulation immédiate de l’« ordre de surveillance spéciale » imposant son expulsion.

Pour signer cliquer sur le lien suivant : http://samidoun.ca/2014/08/sign-on-endorse-the-khalida-jarrar-solidarity-statement/

Texte traduit par Katyusha Desjardins

 

 

Femmes dans l’église catholique

Intervention Atelier 2 CFPE
Monique CRINON, sociologue

L’interpellation de l’Islam sur la place accordée aux femmes est récurrente, le texte qui suit interroge l’Eglise catholique sur la même question : qu’en est-il des femmes dans l’Eglise ?
Il est évidemment impensable de balayer 20 siècles d’histoire en quelques pages, c’est pourquoi seuls sont abordés quelques périodes particulièrement intéressantes : la période dite du christianisme primitif, relativement émancipatrice pour les femmes, suivie de la construction de l’appareil de l’Eglise qui définit dogmes et règles reprenant à son compte une conception du monde hiérarchisée, fondée notamment sur l’inégalité des sexes.
Pourtant les femmes furent et sont présentes dans l’Eglise, elles y ont joué un rôle important et furent systématiquement occultées, disqualifiées voire persécutées. Abbesses, béguines, laïques se sont organisées et s’organisent toujours.
Les formes d’existence/résistance des femmes dans l’Eglise catholiques sont multiples. La réflexion ici amorcée doit être poursuivie.

Suite à télécharger: Femmes_dans_l’église_catho_final

Notes de lecture sur le livre de Tova Hartman : « Feminism Encounters Traditional Judaism », Brandeis University Press, 2007.

Notes de lecture sur le livre de Tova Hartman : «  Feminism Encounters Traditional Judaism », Brandeis University Press, 2007.

Par M.Laure Bouusquet du CFPE

L’auteure, professeure à l’université Bar Ilan, est philosophe, docteure en psychologie freudienne et études féministes. Elle a fait son doctorat sous la direction Carol Gilligan qui a inventé et pensé le concept d’éthique du care. Dans cet ouvrage, elle décrit le processus qui l’a conduite à poser l’acte courageux de créer avec d’autres croyant(e)s la synagogue Shira Hadasha : « un chant nouveau ». Cet acte témoigne de son engagement profond à la fois dans le féminisme et le judaïsme orthodoxe moderne. Dans les six chapitres de son livre, elle analyse les points de contact vitaux entre féminisme et tradition religieuse, deux courants de pensée apparemment irréconciliables mais qui peuvent conduire à des perspectives porteuses parfois de compromis douloureux mais aussi  de connections créatrices inattendues.

Suite à télécharger:Notes_de_lecture_sur_le_livre_de_Tova_Hartman_

COMMUNIQUÉ DE PRESSE 10ème anniversaire de la Loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école,quel bilan?

COMMUNIQUÉ DE PRESSE de ARDLFM (Association pour la Reconnaissance des Droits et Libertés aux Femmes Musulmanes)

10ème anniversaire de la Loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux à l’école,quel bilan?

Aujourd’hui 15 mars 2014, c’est le 10ème anniversaire de la Loi encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Un bilan s’impose.

Cette Loi a été votée dans une ferveur politique et médiatique quasi unanime. Elle avait pour but de rappeler le principe de laïcité et de promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons.
Au total pour l’année 2004-2005 : 47 exclusions ont été prononcées, 44 pour port de voile islamique et 3 pour port de turban sikh (Rapport Hanifa CHERIFI). Ce même rapport élude complètement le nombre de déscolarisations silencieuses, celles d’élèves qui ne se sont pas présentées à la rentrée dans leur établissement scolaire. Le Collectif Une école pour toutes et tous évalue ces déscolarisations à quelques centaines. Qu’en est-il depuis, chaque année ?
Nous aurions pensé, que cette Loi d’exclusion votée, l’Institution scolaire s’en serait contentée puisqu’elle la réclamait depuis 1989. Il n’en fut rien. Deux dérives majeures de cette loi au sein du milieu scolaire sont constatées de manière quotidienne.
Depuis 2004, les élèves « présumées » musulmanes, car cette Loi ne vise qu’elles, sont soumises à une pression constante, de chasse au couvre-chef, elles-seules ne peuvent porter aucun accessoire sur la tête (alors que la circulaire d’application l’autorise). Pire, au fil des ans nous assistons à un déplacement du signe « religieux », désormais on interroge ces élèves sur l’intention de l’ensemble de leur tenue vestimentaire. Jupes longues et manches longues sont suspectes et tomberaient sous le coup de la Loi. Les exemples sont nombreux.
Depuis cette Loi aussi, alors même que sa circulaire d’application (Fillon) stipule que « les parents ne sont pas concernés », nombreuses sont les mères voilées interdites d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants par une direction d’école ou une inspection académique trop zélée. Souvent mêmes, ces évictions sont formulées en présence de l’enfant, complètement désemparé par la scène humiliante que vient de subir sa mère.
Mais cette Loi aura eu pour conséquences aussi, des discriminations avérées en dehors du milieu scolaire. Cette Loi est fantasmée à tel point qu’elle est utilisée pour justifier de manière consciente ou inconsciente, des refus d’embauches, ou de formations, des refus d’accès à certains lieux comme une administration, un cabinet médical, un restaurant, une banque, un centre sportif, un bus même, des refus d’accès à certains milieux, politiques (Affaire Ilham Moussaid) ou caritatifs (Restos du coeur) aussi.
Cette Loi a ouvert tous les champs du possible contre la pratique du port du foulard au sein de notre société. De nombreuses propositions de lois ont été déposées au Parlement pour interdire le port du voile, au sein de l’entreprise, des associations, à certaines catégories de professions et même dans l’espace public.
Cette banalisation de la discrimination a enfin eu pour conséquence ultime, le passage à l’acte de la violence.

Cette semaine encore, une femme voilée enceinte a été violemment agressée, elle a accouché prématurément, une autre dame l’année dernière a fait une fausse couche. Depuis, un an ces agressions violentes se sont multipliées sans alerter ni les pouvoirs publics, ni les médias, ni la société dans son ensemble.
Les conséquences de cette Loi sont terribles pour ces jeunes femmes et ces femmes.
Des violences sociales, nous sommes passés aux violences physiques. Ces crimes sont commis au nom de cette Loi ou du moins en son esprit.
Au final,
– La laïcité a été dévoyée de son principe initial. Nous sommes passés en un siècle de 1905 à 2004, de la neutralité absolue de l’Etat à la neutralisation des femmes musulmanes « visibles » ;
– Dans sa quasi majorité cette Loi a exclu, marginalisé, stigmatisé, des femmes et seulement des femmes ;
– Des femmes présumées ou avérées de confession musulmane.
La Loi du 15 mars 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école, est une loi anti-laïque, sexiste et raciste.
Pour ces raisons, nous appelons à l’abrogation de cette loi.
A Tourcoing,
Le 15 mars 2014
Contact :
Mme Zakia MEZIANI
Tél. : 06 26 14 97 67
ardlfm@hotmail.com

Sources :
Rapport du Ministère de l’éducation nationale sur l’Application de LA LOI DU 15 MARS 2004 SUR LE PORT DES SIGNES RELIGIEUX OSTENSIBLES DANS LES ÉTABLISSEMENTS D’ENSEIGNEMENT PUBLICS rapporté par Mme Hanifa CHERIFI
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/064000177/0000.pdf
Comité 15 mars et libertés, Rentrée 2004 une vérité dévoilée, Edition Bayane, 2005
Bilan du Collectif contre l’islamophobie en France CCIF et du Comité 15 mars Libertés
http://islamophobie.net/rapports/CCIF-bilan-loi15mars2004.pdf
http://www.islamophobie.net/sites/default/files/file_attach/RAPPORT-ANNUEL-CCIF-2013.pdf
Bilan du Collectif Une École pour Toutes et Tous
http://lmsi.net/Elements-d-un-futur-Livre-noir
Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian, Les filles voilées parlent, La Fabrique, 2008
Amnesty International, « Choix et préjugés, La discrimination à l’égard des musulmans enEurope »
https://www.amnesty.org/fr/library/asset/EUR01/002/2012/fr/7e03b713-89d0-4134-818a-0cb003d42422/eur010022012fr.pdf
Témoignages et suivis de cas par nous-mêmes Ardlfm

Le CFPE à l’Assemblée nationale

Discours introductif d’Ismahane Chouder, présidente du Collectif Féministes Pour L’Egalité, lors de la rencontre-débat organisée à l’Assemblée nationale le mercredi 20 novembre 2013, sur invitation de Noël Mamère, député de Gironde.

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Mesdames, Messieurs,

Le rapport d’Amnesty international publié en avril 2012 sur « La discrimination à l’égard des musulmans en Europe » est accablant.
Le rapport 2012 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) ne l’est pas moins. Il confirme l’inquiétante montée des sentiments et des actes antimusulmans en France. Rendu public le 21 mars 2013, il révèle que les  actes islamophobes ont augmenté de 30 % entre 2011 et 2012, alors même qu’ils avaient déjà augmenté de 34 % en 2011.
Les femmes en sont les principales victimes. Et ce constat résonne d’autant plus à quelques jours de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.
Selon le rapport 2012 du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), elles subissent 94 % des agressions islamophobes recensées.
Ces agressions se multiplient ; le silence qui les entoure est effrayant, accablant. Les violences contre les femmes se développent, aujourd’hui comme hier, sur le terreau d’un silence qui banalise et tue.
La fabrication au cours des 20 dernières années de la « menace islamique » a servi de fondement pour légitimer lois, circulaires etc. Et sert aujourd’hui a cautionné les passages à l’acte envers les femmes qui portent un foulard.
C’est bien parce que ces femmes sont perçues à travers un filtre d’altérité tel que toute empathie, toute identification est impossible que la violence, symbolique, verbale ou physique, à leur égard peut s’exprimer impunément.
Notamment quand elles sont légitimées par des déclarations qui font du combat contre le foulard le combat essentiel de la République.
Particulièrement quand les raisons invoquées sont « respectables » et « honorables ».
C’est au nom de la « libération » des femmes et au nom de la laïcité que s’est jouée la mise en scène du débat sur le foulard à l’école et l’exclusion des élèves le portant, c’est toujours au nom de la libération des femmes et de la laïcité que toutes les récentes propositions de loi ont été faites.
Loi 2004, 2010, circulaire Chatel, proposition de loi visant les assistantes maternelles à leur domicile, crèches privées, dans l’entreprise, à l’université… Charte de la laïcité.
Bandeaux, jupes et robes trop longues… La surenchère « laïque » et « féministe » égrène son lot de discriminations, stigmatisations, humiliations… et dénis de droits.

Le temps n’est-il pas venu de questionner le bilan des lois de 2004 et 2010 ?
Ces lois ont-elles réellement, peu ou pas du tout, participé à l’émancipation des femmes qu’elles prétendaient libérer ? N’ont-elles pas plutôt légitimé un racisme désormais quantifiable et identifiable ?
Les erreurs de jugements et amalgames ou glissements de pensée qui favorisent des visions binaires piégées sont regrettables et contestables et invalident de façon dommageable la recherche et la défense commune d’un cheminement vers une dynamique universaliste qui soit effective et se construise à partir de toutes les luttes d’émancipation aux multiples composantes.
En tant que présidente d’un collectif réunissant des femmes, musulmanes et non, croyantes ou pas, voilées ou pas…  femmes et féministes convaincues, je suis en colère contre les féministes qui oublient la solidarité de base envers les femmes victimes de toutes les discriminations et qui enferment certaines catégories de femmes – musulmanes – dans un monde à part où des critères communs à tous les combats émancipateurs (l’autonomie de choix particulièrement) ne s’appliqueraient pas…
Quelle que soit l’opinion des un-e-s et des autres sur le foulard, rien ne justifie d’essentialiser et de déshumaniser des femmes qu’on réduit à un signe abstrait et que l’on exclut de toute vie publique. Notamment quand cette posture émanent de ceux qui se découvrent soudainement « féministes » quand il s’agit de l’islam.
La rhétorique du « eux » et « nous » remplit deux fonctions : donner un visage acceptable et une justification morale à l’islamophobie.
Les musulman-e-s de ce pays sont des citoyens de plein droit et demandent à l’institution de tenir sa promesse la plus essentielle : veiller à l’intégrité de ses citoyens et à la protection de leurs libertés les plus fondamentales.

Je veux ici ce soir, avec vous tou-te-s, interpeler, interroger ceux qui participent à la parole et à l’action publique quant aux moyens mis en œuvre pour lutter contre ce racisme spécifique qu’est l’islamophobie  afin de placer la discussion sur le terrain de l’action à venir. Du rôle que l’Etat, les médias, les ONGs et les élus doivent jouer pour apporter une contribution identifiable et efficace dans la lutte contre l’islamophobie, en incluant dans le phénomène un préjudice qui dépasse la seule communauté musulmane, dans sa capacité à construire des clivages dangereux et à détruire ce qui fait société : le lien entre citoyens.
Je vous remercie pour votre attention

.AN_Ichouder

Interdire les signes religieux au travail, c’est faire un pas vers l’islamophobie d’État

LE PLUS. Depuis l’histoire de la crèche Baby Loup, une partie de la classe politique réfléchit à un moyen d’étendre la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école à d’autres espaces publics. Pour les militantes féministes Louiza Belhamici, professeure de Lettres et Sonia Dayan-Herzbrun, sociologue, c’est une ineptie.

Édité et parrainé par Hélène Decommer

Depuis deux mois nos élus s’affolent à nouveau devant le danger que présenteraient à leurs yeux, jupes, foulards ou bandeaux trop longs, trop larges, trop voyants

Un esprit contraire à la loi de 1905
Après l’arrêt en date du 19 mars 2013 rendu par la Cour de Cassation à propos de l’affaire de la crèche Baby Loup, François Hollande a déclaré prévoir une refonte législative en vue du vote d’une loi étendant le champ de l’interdiction des signes religieux dans certains lieux de travail « dès lors qu’il y a contact avec les enfants », notamment « les crèches associatives avec financements publics ». C’est dans cette perspective qu’il a inauguré, peu de temps après, l’Observatoire de la laïcité dont la première mission est de réfléchir à une loi sur le port de signes religieux en entreprise.

La droite parlementaire s’est immédiatement engouffrée dans cette brèche en rédigeant une proposition de loi « visant à réglementer le port de signes et les pratiques manifestant une appartenance religieuse ». Par une surenchère sur ce qu’elle considère à tort comme une atteinte au pacte républicain, elle cherche à griller la politesse à la gauche sur le dos de femmes qui n’en demandent pas tant.
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FEMINISMES POSTCOLONIAUX par Marie-Laure Bousquet

Féminismes postcoloniaux
Institut d’études politiques de Lyon
Une conférence proposée par le Collectif Critique de Réflexion et d’Actions Sociales et Solidaires (CCRASS), Mercredi 29 février 2012
Introduction : D’où je parle
J’interviens aujourd’hui en tant que co-présidente du Collectif Féministes pour l’égalité (CFPE), qui a vu le jour en 2004, dans la suite du Collectif Une école pour tou-te-s (CEPT). Cette année-là fut votée la loi d’exclusion de l’école de la République des jeunes filles voilées musulmanes, au nom d’une certaine interprétation de la laïcité. Cette neutralité d’exclusion a, dans le même temps, vu surgir une campagne idéologique assez violente de collusion étonnante entre féminisme et laïcité d’une part, versus islam d’autre part.
Le collectif existe donc depuis huit ans maintenant, et je dois vous en lire la charte fondatrice, qui le et me situe en même temps. Cette charte est reprise en première page de chacune des « feuilles de chou » que nous sortons une fois par an, Inch’Allah l’égalité ! Nous y rendons compte de nos actions, de nos luttes, ainsi que d’articles de réflexion sur les échanges que nous tenons au sein de notre Commission islam et féminisme…..Télécharger le document_20120229