Pour l’abrogation de la loi du 15 mars 2004

Le CFPE, avec une douzaine d’autres associations, lance un appel à mobilisation pour l’abrogation de la loi du 15 mars 2004 dite « sur les signes religieux dans les écoles publiques » : Rejoignez-nous !

Le CFPE s’est constitué au moment de la Commission Stasi, c’est-à-dire pendant la période qui a précédé l’élaboration puis le vote de cette loi. Il s’agissait alors de s‘opposer  à une loi  dirigée, de fait, contre le seul « foulard » dit islamique, mais qui a eu quelques effets collatéraux, par exemple sur les élèves sikhs. Les prises de position divergentes  concernant cette  loi ont conduit à une rupture à l’intérieur du mouvement
féministe. Dix ans après, les oppositions n’ont fait que se renforcer.

Cette loi, qui prétendait protéger les jeunes filles des hommes de leur entourage, a, depuis,  montré son véritable visage, une loi d’exclusion, dont il est temps de faire le bilan :
1) Elle a constitué une première étape vers une multiplication de mesures discriminatoires partant d’une interprétation dévoyée de la laïcité exigeant l’invisibilité des signes religieux au-delà des fonctionnaires.
Cette interprétation relevant d’une islamophobie d’Etat va s’étendre en visant au premier chef les femmes musulmanes :
– 2008 : affaire Baby-Loup ;
– loi de 2010 interdisant le port du voile intégral dans l’ « espace public » ;
– circulaire Chatel de 2011, interdisant aux mères voilées d’accompagner les enfants dans les sorties scolaires ;
– début 2013 : proposition de loi visant à l’interdiction du voile pour les employé-e-s des établissements privés de la petite enfance, ainsi que pour les nounous travaillant à domicile ;
– et depuis, en vrac, évocation de l’éventuelle adoption de lois réglementant le port du voile en entreprise, l’interdiction du port du voile à l’université, etc.
De fait, les femmes portant foulard sont discriminées partout (au travail, dans les organisations caritatives comme le Secours Populaire ou les Restos du cœur, à l’hôpital…). Dans les établissements scolaires, le port d’un bandana ou d’un bandeau, et /ou d’une jupe jugée trop longue est prétexte à exclure, hors de toute légalité (affaire Sirine).  On doit donc constater que loin d’apaiser les conflits et de protéger les femmes, la
loi de 2004 a été le déclencheur de comportements discriminatoires et haineux, qui y trouvent légitimation et déculpabilisation.
2) Dans le même temps les agressions et les violences contre les femmes portant foulard sont allées en se multipliant. Selon le rapport 2012 du Collectif contre l’islamophobie en France CCIF), elles subissent 94 % des agressions islamophobes recensées qui vont, on le sait, en augmentant, et sont rarement sanctionnées par les pouvoirs publics. La longue série d’agressions physiques subies par des femmes portant le foulard
(Argenteuil, Reims, Orléans…) marquent un franchissement de plus dans la violence décomplexée.

Malgré la multiplication de ces agressions, discriminations, humiliations… ces femmes musulmanes, voilées ou non, continuent de manifester leur résistance et leur volonté d’être présentes comme citoyennes à part entière, de prendre part aux luttes, y compris les luttes spécifiques aux femmes, et d’être pleinement actives, à l’école et à l’université, au travail, dans les associations, les syndicats, dans les partis…

Dans ces conditions, il faut exiger l’abrogation de la loi scélérate de 2004, qui aux dires mêmes de nombreux-ses spécialistes du droit, doit être dénoncée comme anticonstitutionnelle et contraire à la Déclaration des Droits de l’Homme. Seule l’abrogation de cette loi et de toutes les lois et circulaires discriminatoires dont elle a été comme le coup d’envoi, pourra mettre un coup d’arrêt à l’expansion de l’islamophobie, à l’injustice et aux inégalités, ainsi qu’à la souffrance qui en découlent pour les femmes
musulmanes.

Contact pour signatures : Cfpe2004@yahoo.fr                          
Site : www.cfpe2004.fr/
1ers Signataires :
 
– CFPE (Collectif Féministes Pour l’Egalité)
– MTE (Mamans Toutes Egales)
– ARDLFM (Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes)
– PIR (Parti des Indigènes de la République)
– FUIQP (Forum Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires)
– AFD (Alliance for Freedom and dignity)
– PSM (Participation et spiritualité Musulmanes)
– STOP CONTROLE AU FACIES
– PACT (Participation Citoyenne)
– GP (Génération Palestine)
– UJFP (Union Juive Française pour la Paix)
– CEDETIM
– 8 MARS POUR TOUTES
– CCIPPP (Campagne Civile Internationale pour la Protection du Peuple Palestinien)
– 
AIX SOLIDARITE
– FEMMES PLURIELLES

– COLLECTIF LES MOTS SONT IMPORTANTS
– ASSOCIATION MEMORIA NORD
– FSQP (Forum Social des Quartiers Populaires)
– ACMMSE (Association Culturelle de la Mosquée de Montreynaud Saint-Étienne)
– PARTAGEUX
– STRASS (Syndicat du Travail Sexuel)
– FONDATION FRANTZ FANON
– COLLECTIF SORTIES SCOLAIIRES AVEC NOUS
– COMITE 15 MARS ET LIBERTES

– MPF (Musulmans Progressistes de France)
Les TumulTueuses
-AAW (American Against War)

 

 

 

Pdf de l’appel à télécharger :Abrogation loi 2004 (1)
 

Analyse de l ‘article suivant: http://www.policymic.com/articles/77455/femen-s-protest-in-bethlehem-shows-just-how-clueless-they-are
par Michel Warschawski

Féminisme? Non, colonialisme!
Il y a des gens qui aiment montrer au passant leurs fesses ou leurs parties génitales, on les appelle des exhibitionnistes. Dans certains pays, l’exhibitionnisme est considéré comme un crime, dans d’autres c’est une sorte de trouble mental léger et ils sont envoyés vers un traitement psychiatrique. Personnellement, je ne pense pas que l’exhibitionniste nuise à quiconque
et doit donc être laissé libre, ni en prison ni en hôpital psychiatrique .
Le groupe FEMEN, est un groupe d’exhibitionnistes qui aiment montrer leurs seins aux passants. Jusqu’ici, pas de probleme. Elles affirment pourtant que leurs provocations relèvent de la manifestation politique, et même d’une manifestation féministe. Dans les années soixante-dix, j’ai appris du mouvement féministe que le corps de la femme n’est pas un objet de publicité, y compris d’une éventuelle publicité politique .
Les Femen ne sont pas plus féministes que les filles de Playboy ou des danseuses de strip-tease, avec une différence cependant : alors que les strip-teaseuses se déshabillent en public pour de gagner leur vie, le gang Femen n’a même pas cette excuse pour ses expositions publiques.
Il y a quelques mois, les Femen avaient décidé d’aller montrer leurs seins en Tunisie, afin de donner des leçons aux Tunisiennes sur la libération des femmes. Au cours d’une contre-manifestation, des féministes Tunisiennes – certains voilées et d’autres dévoilées- ont clairement signifié aux Femen qu’elles n’étaient pas les bienvenus en Tunisie.  » Vous ne nous enseignerez pas ce qu’est la libération des femmes ici ! », A déclaré une femme Tunisienne à la bande Femen, « retournez chez vous et n’essayez pas de nous coloniser. »
 » Colonialistes  » c’est la vraie caractéristique des Femen : des femmes occidentales qui prétendent enseigner aux femmes Arabes (et a d’autre) ce qu’est l’émancipation des femmes et la façon dont elles devraient s’y prendre. Après le prêtre catholique et sa bible, la Femen et ses seins ! Rien n’a changé : l’Occident tente toujours encore d’éduquer les indigènes et leur montrer ce qu’est la vraie civilisation.
Les Femen sont allées à Bethléem à Noël pour exposer leurs corps à Basilique de la Nativité. Je suppose que les femmes de Bethléem, Chrétiennes et Musulmanes ensemble, ont du leur montrer le chemin de l’aéroport de Lod, en précisant que celles qui ont participé, voire mené la grande Intifada de 1987, et pris une part active dans la résistance à l’occupation coloniale israélienne qui dure depuis près d’un demi siècle, de telles femmes n’ont pas besoin de leçons de résistance de la part d’occidentales qui montrent leurs seins pour quelques minutes de publicité.
Michel Warschawski

 

« Sorties scolaires: le Conseil d’État n’est pas hostile au voile », Par Paule Gonzales, Le Figaro

Source : le figaro:http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/12/23/01016-20131223ARTFIG00648-sorties-scolaires-le-conseil-d-etat-n-est-pas-hostile-au-voile.php

Début décembre à Méru (Oise), cette maman était évincée de la préparation d’un goûter de Noël au pretexte qu’elle portait le voile.Crédits photo : FRED DUFOUR/AFP

Par cet avis, il fragilise la position des chefs d’établissement jusqu’à présent protégés par la circulaire Chatel de 2012.

À la rentrée, les directeurs d’école se retrouveront fort dépourvus. Jusqu’à lundi dernier, ils pouvaient se retrancher derrière la circulaire de rentrée de 2012 de Luc Chatel pour interdire aux mamans voilées d’être accompagnatrices des sorties scolaires. L’avis du Conseil d’État sollicité par le Défenseur des droits1 et qui lui a été transmis lundi rend la situation plus confuse que jamais. Sans citer la fameuse circulaire, l’une des hautes instances de la République estime, dans un avis de trente pages, que la charte de la laïcité2s’impose certes aux agents de la fonction publique mais non à ses usagers. Autrement dit, pas aux parents accompagnateurs qui en aucun cas ne peuvent être considérés comme agents ou même comme «collaborateurs occasionnels de service public» ou «participants». De fait, la neutralité religieuse ne s’impose pas.

Les mères voilées ne sont pas satisfaites pour autant: «Finalement, c’est toujours pas clair, on repart à zéro!» s’exaspère Khadidja Souiri, du collectif «Sorties scolaires, avec nous». «Vous n’imaginez pas combien les relations entre parents et enseignants ont été polluées par cette situation discriminatoire…»

Cette position du Conseil d’État bat en brèche tout à la fois la circulaire Chatel sur laquelle les directeurs d’école s’appuyaient depuis 2012 pour interdire les mamans voilées dans les sorties scolaires, ainsi que la décision du tribunal administratif de Montreuil en 2011. «Il n’y a pas eu de recours contre la décision du tribunal de Montreuil, il n’y avait donc aucune raison d’en tenir compte», souligne sobrement un conseiller d’État bon connaisseur du dossier. Dès lors, les tenants du voile à l’école auront beau jeu, dès janvier, d’opposer aux chefs d’établissement la fragilité de la circulaire Chatel pour passer outre à l’interdiction. Même si le ministère de l’Éducation nationale s’est empressé de faire savoir que cette dernière «reste valable». Éric Ciotti, ­député UMP des Alpes-Maritimes, s’est d’ailleurs empressé de réclamer une nouvelle circulaire, à défaut d’une loi.

Le Conseil d’État a bien conscience de la difficulté juridique puisqu’il a cependant tempéré sa position et laisse une petite porte entrebâillée. Il rappelle en effet, que «pour les usagers du service public et les tiers à ce service qui ne sont pas soumis à l’exigence de neutralité religieuse, des restrictions à la liberté de manifester des opinions religieuses peuvent résulter soit de textes particuliers, soit de considérations liées à l’ordre public ou au bon fonctionnement du service». Ces dernières peuvent être imposées par «l’autorité compétente», en l’occurrence les directeurs d’école. Il découle de ce «pouvoir réglementaire d’organisation» que les chefs d’établissement peuvent être conduits, «s’agissant des parents d’élèves qui participent à des déplacements ou des activités scolaires, à recommander de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses». Autrement dit, «c’est au cas par cas et jugeant en opportunité et de manière proportionnée», comme le rappelle un bon connaisseur du dossier, que les décisions devront être prises. Un mode de raisonnement qui reprend le premier arrêt du Conseil d’État sur le voile en 1989. Mais, précise un haut fonctionnaire, «une chose est sûre, le Conseil d’État renverse la base juridique. Jusqu’à présent, il y avait la circulaire et des exceptions consenties par les chefs d’établissement. Désormais, l’application stricte de la laïcité devient l’exception».

La conséquence, c’est que la zone d’ombre que voulait éclaircir le Défenseur des droits en sollicitant l’avis du Conseil d’État demeure. Si ce dernier estime clairement qu’une nouvelle loi ne se justifie pas, il lui faudra d’une manière ou d’une autre effectuer, de l’avis d’un expert, «un petit recalibrage». Sans doute à l’occasion d’un recours. Il n’est pas certain, cependant, que cela sera dans le sens que souhaite le gouvernement. Car, dans ce même avis, le Conseil d’État n’hésite pas à rappeler le cas très médiatisé de la crèche Baby-Loup. Et à prendre le parti de la Cour de cassation qui avait statué en faveur de l’employée voilée qui avait été licenciée. Il y a quinze jours, la cour d’appel de Paris s’était rebellée contre cette position et avait jugé en substance que la crèche Baby-Loup remplissant une mission de service public, le principe de neutralité religieuse s’appliquait. Une position que réfute le Conseil d’État, qui estime qu’une mission de service public se distingue par son rattachement à une ou plusieurs personnes publiques. Ce qui n’est pas le cas de Baby-Loup, structure complètement privée…

 

voiles-sorties-scolaires-ces-mamans-ne-sont-pas-faire-prosélytisme-explique-D.Bouzar

Polémique autour du voile des mamans musulmanes lors des sorties scolaires. Le Conseil d’Etat a rendu son avis mais n’a pas tranché. D. Bouzar sur RMC explique les conséquences du refus du voile sur l’intégration des enfants.:
http://rmc.bfmtv.com/info/556501/voiles-sorties-scolaires-ces-mamans-ne-sont-pas-faire-proselytisme-explique-bouzar/

Laïcité: la gauche est-elle chiraquienne ou sarkoziste? par Jean Baudérot

source : Mediapart:http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-bauberot/241213/laicite-la-gauche-est-elle-chiraquienne-ou-sarkoziste

C’est un arrêt un peu ambigü que vient de rendre le Conseil d’Etat. Les uns y voient une « ouverture », certains même affirment que le Conseil a donné raison aux mères qui veulent ne pas être empêchées d’accompagner leurs enfants dans les sorties scolaires, parce qu’elles portent un foulard ; d’autres (et le MEN semble aller dans ce sens) veulent y voir une confirmation de la circulaire Chatel. Tentons de dégager la signification de cet imbroglio.

D’abord, que dit la circulaire Chatel : « Il est recommandé de rappeler dans le règlement intérieur que les principes de laïcité de l’enseignement et de neutralité du service public sont pleinement applicables au sein des établissements scolaires publics. Ces principes permettent notamment d’empêcher que les parents d’élèves ou tout autre intervenant manifestent, par leur tenue ou leurs propos, leurs convictions religieuses, politiques ou philosophiques lorsqu’ils accompagnent les élèves lors des sorties et voyages scolaires. » Déjà, on n’est pas dans l’interdiction absolue que certains affirmaient : il est recommandé, mais pas obligatoire, de mettre dans le RI des principes qui permettent d’empêcher.

Maintenant que dit le Conseil d’Etat : essentiellement deux choses :

D’abord, et ce n’est pas négligeable, il va à l’encontre de la notion de « collaborateurs occasionnels du service public » qui seraient soumis en tant que tels à la « neutralité religieuse ». C’est uniquement au niveau des dommages corporels qui pourraient être subis dans l’exercice des services rendus que cette notion « purement fonctionnelle » est applicable. Or, on a voulu effectivement élargir la notion au-delà de cet aspect fonctionnel pour établir une catégorie de personnes qui, sans être des « personnes publiques », seraient néanmoins soumises à l’obligation de neutralité. Là, il y a clairement un refus et à lire ce passage on pourrait croire que les mères de familles ont vraiment obtenu gain de cause.

L’affaire est, cependant, plus complexe car, ensuite, le Conseil d’Etat nuance sa position : «les exigences liées au bon fonctionnement du service public de l’éducation peuvent conduire l’autorité compétente, s’agissant des parents qui participent à des déplacements ou des activités scolaires, à recommander de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses». Les juristes vont nous proposer des exégèses de ce passage qui seront peut-être plurielles.

En effet, la nuance n’abolit pas l’ouverture mais la relativise. Le Ministère, à mon sens a tort s’il prétend que l’on est toujours dans la logique de la circulaire Chatel : en effet de « recommander…d’empêcher » on est passé à « les exigences…peuvent conduire… à recommander ». D’une part l’aspect facultatif est plus clairement affirmé, d’autre part, en français courant en tout cas,« recommander de s’abstenir » ne signifie pas « empêcher ». Cela signifie plutôt : il vaudrait mieux que, il serait opportun… Ce n’est pas, à proprement parler, une interdiction. Et puis, il faut prouver quelles sont les « exigences » qui induisent la recommandation faite.

Cela me conduit à deux commentaires.

Le premier est le suivant : Selon le site de Libération, le ministère de l’Education nationale réaffirme que «le milieu scolaire est un cadre qui doit être particulièrement préservé» et estime, dans un communiqué, que cette circulaire datant de mars 2012 «est mise en oeuvre sur le terrain avec intelligence, en privilégiant toujours la voie du dialogue». Une fois de plus, un quidam du ministère raconte n’importe quoi. C’est faux : aux mères portant un foulard, certains chefs d’établissement opposent une pseudo obligation qu’imposerait la circulaire Chatel, voire la Charte de la laïcité qui, pourtant, ne dit pas un mot sur la question. On sait depuis Courteline le courage et l’intelligence de l’administration, avec cette déclaration dite du ministère, on en a un nouvel exemple.

Le second est que la balle se trouve effectivement dans le camp du ministère, et plus largement du gouvernement. Où il cautionne et renforce cette relative ouverture en affirmant que la circulaire Chatel n’est plus valable (d’ailleurs elle concernait la « rentrée 2012 » et rien n’est dit à ce sujet dans la circulaire de la rentrée 2013). On en revient alors à la situation qui existait sous Chirac. Les mères de familles portant un foulard pouvaient accompagner les sorties scolaires. Et si un homme portant une kippa avait demandé à le faire, il aurait eu, bien sûr, ce même droit. D’ailleurs quand la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations (HALDE) avait été consultée, elle avait déclaré qu’une telle interdiction était discriminatoire.

On sait que Sarkozy a normalisé la HALDE, pour lui faire prendre un avis contraire, puis l’a tout simplement supprimée, la mettant dans le grand ensemble fumeux, et peu actif, qu’est le « Défenseur des droits ». Le recul au niveau de la lutte contre les discriminations est net depuis l’époque Sarkozy, Guéant et Cie. Et c’est depuis ce temps-là que les mères de familles rencontrent des problèmes dans certains établissements, pas dans tous.

Alors, il s’agit de savoir si la gauche au pouvoir est ou n’est pas plus à droite que Chirac. Est-elle chiraquienne ou carrément sarkoziste ? On aimerait que la réponse soit peu douteuse. Mais le parti socialiste a eu, quand j’étais adolescent, un grand homme de gauche (c’est de l’ironie) à sa tête. Il s’appelait Guy Mollet. A 15 ans, 16 ans, j’étais déjà dégouté. Mollet est devenu un cadavre dans le placard, dont il est de bon ton de ne plus parler. Mais jamais le PS n’a vraiment effectué la critique du mollétisme, de ce qu’il a impliqué comme grave dérive et je crains qu’un inconscient colonial pèse toujours sur un bon nombre de dirigeants de ce parti. Mollet invoquait de pseudo valeurs, on les invoque derechef !

En tout cas, que la gauche assume ce qu’elle fait et qu’elle ne s’abrite pas devant le pseudo intérêt des enfants. L’argument ressemble trop à celui des adversaires du mariage pour tous, prétextant également l’intérêt des enfants. L’Etat finance à 80% des établissements où officient des bonnes sœurs en habits, et depuis longtemps la gauche ne prétend plus que cela menace la République ! Laïcité double-jeu !

La gauche est donc devant ses responsabilités. Va-t-elle désocialiser des femmes qui ne demandent qu’à donner du temps et de l’énergie à concourir à une œuvre d’intérêt général ? Va-t-elle les obliger à se replier sur leur communauté, quitte à les accuser ensuite de « communautarisme » ? Si cela s’avère le cas, soyons nombreux à faire savoir que nous ne sommes pas de cette (pseudo) gauche là.

Le CFPE à l’Assemblée nationale

Discours introductif d’Ismahane Chouder, présidente du Collectif Féministes Pour L’Egalité, lors de la rencontre-débat organisée à l’Assemblée nationale le mercredi 20 novembre 2013, sur invitation de Noël Mamère, député de Gironde.

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Mesdames, Messieurs,

Le rapport d’Amnesty international publié en avril 2012 sur « La discrimination à l’égard des musulmans en Europe » est accablant.
Le rapport 2012 de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) ne l’est pas moins. Il confirme l’inquiétante montée des sentiments et des actes antimusulmans en France. Rendu public le 21 mars 2013, il révèle que les  actes islamophobes ont augmenté de 30 % entre 2011 et 2012, alors même qu’ils avaient déjà augmenté de 34 % en 2011.
Les femmes en sont les principales victimes. Et ce constat résonne d’autant plus à quelques jours de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.
Selon le rapport 2012 du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), elles subissent 94 % des agressions islamophobes recensées.
Ces agressions se multiplient ; le silence qui les entoure est effrayant, accablant. Les violences contre les femmes se développent, aujourd’hui comme hier, sur le terreau d’un silence qui banalise et tue.
La fabrication au cours des 20 dernières années de la « menace islamique » a servi de fondement pour légitimer lois, circulaires etc. Et sert aujourd’hui a cautionné les passages à l’acte envers les femmes qui portent un foulard.
C’est bien parce que ces femmes sont perçues à travers un filtre d’altérité tel que toute empathie, toute identification est impossible que la violence, symbolique, verbale ou physique, à leur égard peut s’exprimer impunément.
Notamment quand elles sont légitimées par des déclarations qui font du combat contre le foulard le combat essentiel de la République.
Particulièrement quand les raisons invoquées sont « respectables » et « honorables ».
C’est au nom de la « libération » des femmes et au nom de la laïcité que s’est jouée la mise en scène du débat sur le foulard à l’école et l’exclusion des élèves le portant, c’est toujours au nom de la libération des femmes et de la laïcité que toutes les récentes propositions de loi ont été faites.
Loi 2004, 2010, circulaire Chatel, proposition de loi visant les assistantes maternelles à leur domicile, crèches privées, dans l’entreprise, à l’université… Charte de la laïcité.
Bandeaux, jupes et robes trop longues… La surenchère « laïque » et « féministe » égrène son lot de discriminations, stigmatisations, humiliations… et dénis de droits.

Le temps n’est-il pas venu de questionner le bilan des lois de 2004 et 2010 ?
Ces lois ont-elles réellement, peu ou pas du tout, participé à l’émancipation des femmes qu’elles prétendaient libérer ? N’ont-elles pas plutôt légitimé un racisme désormais quantifiable et identifiable ?
Les erreurs de jugements et amalgames ou glissements de pensée qui favorisent des visions binaires piégées sont regrettables et contestables et invalident de façon dommageable la recherche et la défense commune d’un cheminement vers une dynamique universaliste qui soit effective et se construise à partir de toutes les luttes d’émancipation aux multiples composantes.
En tant que présidente d’un collectif réunissant des femmes, musulmanes et non, croyantes ou pas, voilées ou pas…  femmes et féministes convaincues, je suis en colère contre les féministes qui oublient la solidarité de base envers les femmes victimes de toutes les discriminations et qui enferment certaines catégories de femmes – musulmanes – dans un monde à part où des critères communs à tous les combats émancipateurs (l’autonomie de choix particulièrement) ne s’appliqueraient pas…
Quelle que soit l’opinion des un-e-s et des autres sur le foulard, rien ne justifie d’essentialiser et de déshumaniser des femmes qu’on réduit à un signe abstrait et que l’on exclut de toute vie publique. Notamment quand cette posture émanent de ceux qui se découvrent soudainement « féministes » quand il s’agit de l’islam.
La rhétorique du « eux » et « nous » remplit deux fonctions : donner un visage acceptable et une justification morale à l’islamophobie.
Les musulman-e-s de ce pays sont des citoyens de plein droit et demandent à l’institution de tenir sa promesse la plus essentielle : veiller à l’intégrité de ses citoyens et à la protection de leurs libertés les plus fondamentales.

Je veux ici ce soir, avec vous tou-te-s, interpeler, interroger ceux qui participent à la parole et à l’action publique quant aux moyens mis en œuvre pour lutter contre ce racisme spécifique qu’est l’islamophobie  afin de placer la discussion sur le terrain de l’action à venir. Du rôle que l’Etat, les médias, les ONGs et les élus doivent jouer pour apporter une contribution identifiable et efficace dans la lutte contre l’islamophobie, en incluant dans le phénomène un préjudice qui dépasse la seule communauté musulmane, dans sa capacité à construire des clivages dangereux et à détruire ce qui fait société : le lien entre citoyens.
Je vous remercie pour votre attention

.AN_Ichouder