communiqué du C.F.P.E.                           
 
Nous Collectif des Féministes Pour l’Égalité,
Nous sommes en deuil.
Les morts du 13 novembre sont nos morts. Les mots sont toujours faibles pour exprimer l’horreur.
Ceux qui ont commis ces attentats l’ont fait pour qu’il y ait le maximum de victimes, quelles qu’elles soient. Parce qu’elles incarnaient leur cible, la France. Rien ne légitime à nos yeux cette inhumanité. Elle nous indigne en s’exerçant au nom de l’islam, au risque majeur de renforcer l’islamophobie et des mesures liberticides désastreuses pour l’ensemble des citoyen.nes de France, musulman.es ou pas.
Nous sommes  contre les violences de toute nature commises en France ;  contre les violences qui font quelques 150 morts par jour en Syrie depuis 4 ans et demi – produisant des centaines de milliers de réfugiés. 
Nous sommes en deuil de toutes les victimes des guerres – de la France à la Syrie,

en passant par le Liban, la Palestine, l’Afghanistan, la Libye, l’Irak le Yémen …

Nous ne sommes pas  en guerre. « Nous sommes solidaires »

 

Marche pour la Dignité et contre le racisme: 31 Octobre 2015

Marche de la Dignité

 

 

Pourquoi la Marche de la Dignité ?

32 ans après la Marche pour l’égalité et contre le racisme, et 10 ans après les révoltes des quartiers populaires, le constat est sans appel : les populations issues de l’immigration postcoloniale et des quartiers populaires sont de plus en plus exposées aux violences et aux crimes policiers, aux discriminations systémiques, aux humiliations et à une précarisation organisée. À l’origine du traitement différencié réservé à ces « Français de seconde zone » se développe et s’affirme un véritable racisme d’État qui s’exprime sous diverses formes et vise particulièrement trois catégories de personnes : : l’islamophobie est l’une des expressions les plus manifestes du racisme d’État. De l’exclusion des femmes voilées de l’Éducation nationale au matraquage médiatique qui diffuse et banalise une idéologie islamophobe, l’islamophobie traverse l’ensemble du champ politique français. : La négrophobie participe à l’échelle nationale et internationale d’une négation des droits les plus fondamentaux des populations afro-descendantes dont la mémoire liée à la traite négrière et à l’esclavage continue d’être occultée et méprisée par les instances occidentales. En France, les Noirs sont, de fait, les plus exposés aux crimes policiers, au contrôle au faciès, aux discriminations racistes à l’emploi et au logement… : La rromophobie et l’antitziganisme, nouveau visage du racisme d’État, s’est constitué historiquement par projection dans le territoire métropolitain des méthodes d’administration racistes des populations colonisées. Le démantèlement du Samaritain à la Courneuve, plus vieux bidonville de France, où vivaient des centaines de familles rroms, est une des expressions récentes de la rromophobie structurelle.
Antithèse de la « hogra » (mot populaire arabe signifiant « humiliation » ou « mépris »), la Dignité est le dénominateur commun qui lie le sort des Noirs et Arabes assassinés impunément par la police, à celui des musulmanes voilées refoulées aux portes de l’école, à celui des Rroms, des migrants, des sans-papiers traqués et matraqués par les autorités françaises.…
La MAFED est un collectif autonome composé exclusivement des femmes subissant le racisme d’État.
Elles sont issues de l’immigration postcoloniale (arabes, noires, musulmanes…), et/ou des quartiers populaires et rroms. Intellectuelles, militantes, artistes, étudiantes, voilées, non voilées,…les femmes du MAFED aux parcours professionnels et politiques divers ont pris l’initiative de se rassembler autour de la lutte contre les crimes policiers racistes et les autres formes de racisme structurel. C’est dans cette optique qu’elles initient et organisent une marche historique, la Marche de la Dignité.
Pourquoi seulement des femmes ?
Les femmes racisées sont des cibles privilégiées du racisme d’État (80% des actes islamophobes concernent des femmes), d’autant plus vulnérables qu’elles ont déjà à subir un sexisme systémique qui touche l’ensemble de la société française et les cantonne à un statut de subalterne. Par ailleurs, bien conscientes que les femmes ont trop souvent servies « d’instruments politiques » pour dénoncer le sexisme spécifique des hommes des quartiers populaires, – instrumentalisation orchestrée par les gouvernements successifs afin de justifier leur politique d’exclusion et de coercition des hommes de quartiers populaires, les femmes du MAFED se revendiquent comme « actrices politiques », et expriment leur solidarité à l’ensemble des populations victimes du racisme et particulièrement des crimes policiers.
Liste des femmes de la MAFED :
Sihame ASSBAGUE – Rania AYOUB – Rachida AZIZ – Paola BACCHETTA – BAMS – Noria BELGHERRI – Anissa BENAISSA – Leila BENDERRA – Hind BEN FARES – Feiza BEN MOHAMED – Amal BENTOUNSI – Wiam BERHOUMA – Nargesse BIBIMOUNE – Karima BOUACHE – Houria BOUTELDJA – Nora BOURAZZI – Sarah CARMONA – CASEY – Samia CHALA – Imen CHATTEUR – Ismahane CHOUDER – Gerty DAMBURY – Inès DE LUNA – Rokhaya DIALLO – Éva DOUMBIA – Soraya EL KAHLAOUI – Fanny ESSIYE – Mireille FANON MENDÈS-FRANCE – Nawel GAFSIA – Tauana Olivia GOMESSILVA – Zeineb GUEDIONNI – Nacira GUÉNIF-SOUILAMAS – Hanane KARIMI – Mebarka KASSAM – Fethia KERKAR – Fatima KHEMILAT – Agathe LARISSE – Stella MAGLIANI-BELKACEM – Rania MAJDOUB – Ouafa MAMECHE – Bahiya MANSAR – Fatou MEITE – Safyia MEZIANI – Zakia MEZIANI – Karima MONDON – Samia MOUCHARIK –Hawa N’DONG – Ketty NESTOR – Laetitia NONONE – Bahija OUEZINI – Ndella PAYE – Farida RÉMILA – Zohra REZGANI – Malika SABEG – Néferissa SEMA – Maboula SOUMAHORO – Hanifa TAGUELMINT – Nadia TAHHAR – Sabrina TAYEBI – Vanessa THOMPSON – Haifa TLILI – Joby VALENTE – Françoise VERGES – Héla YOUSFI – Louisa YOUSFI – Smina ZEKRINI

 

BON À SAVOIR !
• Angela Davis est la marraine de l’événement. Elle a récemment fait publier une tribune de soutien sur le site de Médiapart.fr : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-demediapart/ article/191015/angela-davis-de-ferguson-paris-marchons-pour-ladignite
• Le financement est participatif. Afin de régler les différents frais liés notamment aux transports des familles de victimes de violences policières, d’impression et de logistique, la MAFED a lancé une campagne participative en ligne. https://www.leetchi.com/c/projets-de-marche-de-la-dignite Le collectif a également profité d’événements (tels que des manifs ou le meeting de la Dignité) pour vendre du thé et des gâteaux. L’indépendance a un prix !
• Des artistes engagés. De nombreux artistes signataires se sont proposés de clôturer la marche de la Dignité par une animation musicale.
Prises de parole des associations et performances musicales s’alterneront ainsi pour donner de la voix à la dénonciation des violences policières et du racisme d’État. Sont notamment attendus : Kery James, Médine, Disiz, Bams, Despo Rutti, Princess Erika, Kiddam, Rohan Hussein…C’est d’ailleurs le rappeur Médine qui a généreusement mis a disposition le camion scène dans lequel il a fait ses derniers concerts.
• Des départs groupés de plusieurs villes. De nombreuses associations organisent des départs collectifs, par train, co-voiturage ou car, pour rejoindre Paris le 31 octobre. Ainsi, Strasbourg, Lille, Lyon, Toulouse, Angers, Marseille et d’autres seront avec nous pour cette marche unitaire.
Par ailleurs, plusieurs militants anglais, espagnols et belges feront également le déplacement.

Marche de la Dignité : l’appel
En octobre 2005, les jeunes vies de deux clichois étaient fauchées en Seine-Saint-Denis – une tragédie mettant en cause des fonctionnaires de police. Depuis, la stratégie de l’État français, loin de chercher à châtier les coupables, consiste uniquement à fuir ses responsabilités. Comme il l’a fait dans des dizaines de crimes policiers depuis des décennies.
Ce même mois d’octobre 2005, en réponse à leur mort, un vent de colère secoua toutes les banlieues de France pendant des semaines. Les interprétations les plus courantes de ces émeutes incriminèrent à juste titre la déshérence des quartiers, les conditions sociales lamentables, le chômage, la vie dure : une véritable guerre sociale faite aux pauvres. Mais elles ne dirent pas assez combien au coeur de cette révolte figurait, forte, l’exigence de respect : la dénonciation du mépris avec lequel avait été traitée la mort de ces deux adolescents et à travers leur cas, la dénonciation du mépris souverain dans lequel sont tenus les habitants des quartiers, leur attachement à la dignité collective.
Vingt ans plus tôt, ce sont déjà d’autres violences policières qui poussèrent des jeunes issus de l’immigration postcoloniale à mener, à travers la France, la Marche de 1983, la fameuse Marche pour l’égalité. Égalité sociale, bien sûr, mais aussi égalité de considération.
Les jeunes disaient « Nous ne sommes pas du gibier à flics, nous sommes des êtres humains ! » L’État se devait de la briser. Il mit alors tout en oeuvre pour saboter cette auto organisation en médiatisant à outrance certaines officines pseudo-antiracistes. Celles-ci s’employèrent, de tous leurs moyens financiers, à étouffer la Marche pour l’égalité sous les milliers de décibels des concerts gratuits et de leur antiracisme de pacotille.
Aujourd’hui, comme il y a 30 ans, comme il y a 10 ans, loin d’avoir renoncé à ses agissements passés, l’État français ne sait que renforcer tous ses dispositifs de surveillance et de répression. En plus des conditions sociales toujours plus déplorables, le harcèlement des populations des quartiers, leur humiliation, constituent le quotidien pour les Noirs, les Arabes, les Rroms, et les Blancs des quartiers. Dans ce paysage dévasté, le crime policier n’est jamais fortuit. Il est l’aboutissement de toute la logique d’un État qui n’a pour nous que désintérêt et mépris.
Le crime policier est l’expression achevée du racisme d’État. C’est celui-ci qui conditionne des fonctionnaires puissamment armés à passer à l’acte, c’est lui qui les dispense de réfléchir au moment tragique, qui leur donne le temps de se saisir de leur arme, d’ajuster et de tirer à mort ou d’écraser la poitrine et la gorge de leur proie sous la clef d’étranglement.
Le message implicite que délivre le crime policier est simple : « Non seulement vous n’êtes pas des êtres humains comme les autres mais, avec vous, nous pouvons aller jusqu’à la mise à mort et les meurtriers sont assurés de l’impunité ». À ce jour, rarissimes sont les procès ayant abouti en faveur des victimes. Le crime policier n’est jamais un homicide involontaire, il n’est jamais gratuit, il est là pour répandre la consternation, la désolation dans les coeurs et les
esprits des familles endeuillées, pour nous faire renoncer à être traités comme des êtres humains. Il n’épargnera personne, il est là pour nous terroriser.
C’est pourquoi comme il y a 30 ans, comme il y a 10 ans, contre l’humiliation quotidienne, contre le mépris, contre l’islamophobie, la négrophobie, la rromophobie, galopantes, contre les crimes policiers, s’impose une nouvelle marche : la Marche de la dignité. Notre réaction puissante, organisée, confiante est la seule façon d’enrayer notre écrasement collectif annoncé.
C’est à cette grande Marche de la Dignité que nous vous convions le 31 octobre prochain.
Amal Bentounsi, le 8 mai 2015, à Saint-Denis.
Liste des signataires, (datée du 21/10/15)
En collaboration avec les personnalités et organisations de l’immigration et des quartiers populaires et/ou subissant le racisme :
Abyssinie – Acide (Agir contre les inégalités et les discriminations ethnoraciales) – Aclefeu – Algériens des Deux Rives et leurs Amis (ADRA) – Al Houda, association des femmes musulmanes de Rennes – Assemblée citoyenne des originaires de Turquie – Association des Jeunes de la Roseraie (AJR) – Association des marcheurs de 1983 – Association des travailleurs maghrébins de France – Association marocaine des Droits humains, section Paris/IDF – Association des tunisiens en France (ATF) – Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes – BDS France Paris – Black is really beautiful – Brigade Anti-Négrophobie – Cases Rebelles – Collectif Afro-Fem – Collectif Ali Ziri – Collectif Citoyens – Collectif contre Exhibit B – Collectif des baras – Collectif des Féministes pour l’Égalité – Collectif Femmes des quartiers populaires 94 – Collectif des filles et fils d’Africains déportés – Collectif des Musulmans de France – Collectif Interquartiers 49 – Collectif James Baldwin – Collectif Parents du Petit-Bard – Collectif Solidarité Femmes Kobané – Collectif Stop le contrôle au faciès – Collectif de Taksim – Collectif Vies Volées – Comité 15 mars et libertés – Comité anti-impérialiste – Comité de soutien des sans-papiers 92 – Convergence Citoyenne Ivryenne – Coordination 93 de lutte pour les sanspapiers – Droit à la différence – Éducation en héritage – Espace Farabi – Espace Franco-Algérien – Espoir et Fraternité Tsigane de Franche-Comté – Falsafa – Fédération des Musulmans du Sud – Fédération tunisienne de la citoyenneté des deux rives (FTCR) – Femmes en lutte 93 – Femmes plurielles – Femmes sans frontières – Ferguson in Paris – Filles et fils de la République – Fondation Frantz Fanon – Front Uni de l’Immigration et des Quartiers Populaires – Glob’all – Idéal 92 – Intégration 21 – La Voix des Rroms – Les Chronik de Nègre(s) Inverti(s) – Les Indivisibles – Les Peaux Cibles – Groupe LOCs (Lesbians of color) – Lumières et couleurs 93 – Mamans Toutes Égales – Mémoires en marche – Mwasi collectif – Nasema l’émission – PACT Participation citoyenne – Parti des Indigènes de la République – Reprenons l’initiative – Respaix Conscience Musulmane – Réveil des consciences – Rez’O – Romano Godjako Truj – Secours Palestinien – Ubuntu France – Union
Nationale des Sans-Papiers (UNSP) – Urgence Notre Police Assassine – Zonzon 93 – Moa Abaid (comédien) – Al (artiste) – Rachid Amghar (militant associatif) – Houda Asal (sociologue) – Djamel Atallah (ancien marcheur) – Rabha Attaf (grand reporter) – Eunice Barber (Championne du monde heptathlon et saut en longueur) – Baro Syntax (artiste) – Hocine Ben (slameur) – Sabreen Bint Loula (réalisatrice, militante) – Daniel Blanchard (militant associatif) – Jean-François Boclé (artiste) – Saïd Bouamama (sociologue) – Ahmed Boubekeur (professeur à l’université de Saint-Etienne) – Nadir Bouhmouch (cinéaste et photographe) – Francis Carole (professeur d’Histoire, Martinique) – Casey (artiste) – Emir Cherdouh (journaliste) – Maryse Condé (écrivain) – Raphael Confiant (écrivain) – Disiz (artiste) – Kamel Djellal (président du Collectif Citoyens) – Daniel Dobat (professeur, Martinique) – Samia Errazouki (co-éditrice de Jadaliyya) – Esperanza Fernandez (artiste) – Joelle Jeki Esso (Dessinatrice, chanteuse) – Joao Gabriell (militant, bloggueur) – Saddok Guitoun (président du Comité de soutien aux sanspapiers 92) – Hamé (artiste) – Malika Hamidi (sociologue, directrice du European Muslim Network) – Kaoutar Harchi (écrivaine, chercheuse) – Humanist Hiphopsaved (artiste) – IAM (groupe de rap) – Amadou Ka (président des Indivisibles) – Almamy Kanouté (militant associatif et politique) – Kennedy (artiste) –Kiddam (artiste) – Jessica Koumé (dont l’époux, Amadou Koumé, a été tué par la police en mars 2015) – Aissata Kouyaté (artiste) – La Rumeur – Les Nubians (artistes) – Esse Lawson (comédienne) – Aissa Maiga (comédienne) – Oméro Marongiu-Perria (sociologue) – Elli Medeiros (artiste) – Médine (artiste) – Marwan Mohammed (sociologue) – Tarek Mouadane (fondateur de l’association Bleu Blanc Rouge) – Marie Philomène Nga (actrice, chanteuse) – Nakk (artiste) – Princess Érika (artiste) – Zahia Rahmani (écrivain) – Ali Rahni (militant associatif) – Rakkid (dessinateur) – Arbi Rezgui (ancien marcheur) – Adel Riame (chargé de communication pour l’ambassade de Palestine en France) – Claude Ribbe (historien) – Rocé (artiste) – Alexandre et Délia Romanes (Cirque Romanes) – Joss Rovélas (militant associatif) – Saadane Sadgui (fondateur des JALB, Jeunes Arabes de Lyon et sa Banlieue) – Shuck One (plasticien) – Omar Slaouti (militant associatif) – Scred Connexion (groupe de rap) – Skalpel (artiste) – Sidi Soumaré (président de l’Union nationale des sans-papiers) – Tunisiano (artiste) – Youkoff (artiste) – Youssoupha (artiste) – Z.E.P (artiste)
avec le soutien de : Action Antifasciste Paris/Banlieue (AFA) – Aquitaine Décroissance – Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA) – Centre d’Études et d’Initiatives de Solidarité Internationale (CEDETIM) – CGT Sony Dadc – Collectif contre les abus policiers (CLAP 33) –Collectif contre l’islamophobie 20e – Collectif marseillais Perspectives Plurielles – Coordination Nationale Pas Sans Nous – Europe-Écologie Les Verts (EELV) –Ensemble (Front de Gauche) – Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés (FASTI) – Femmes en Luth – Fondation Enfants de Gaza – Groupe d’intervention et de soutien des immigré-e-s (GISTI) – Interface France – Labo Décolonial – Les désobéissants – Liste des sans-voix – Mouvement des jeunes communistes de France (MJCF) – Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – Orchestre poétique d’avant-guerre (OPA) – Quartier libre – Réseau pour une gauche décoloniale – Revue Mouvements –
Riposte antifasciste – Survie – Union Juive Française pour la Paix (UJFP) – Un nouveau visage – Ali Aissaoui (médecin) – Jean Asselmeyer (Réalisateur, Directeur du Panorama du Cinéma Algérien Nîmes) – Clémentine Autain (directrice de Regards et élue à Sevran) – Nadia Ben Moussa (élue à Villeneuve Saint Georges) – Mohamed Ben Yakhlef (élu à Villeneuve Saint Georges) – Olivier Besancenot (porte-parole du NPA) – Alima Boumediene Thiery (militante associative et politique) – Henri Braun (avocat) – Makhtar Mak Camara (président de l’Interface France) – Laurent Cauwet (éditeur Al Dante) – Insaf Chebaane (élue à Villeneuve Saint Georges) – Omar Cheriguene (élu à Villeneuve Saint Georges) – Emmanuelle Cosse (Secrétaire nationale d’Europe-Écologie Les Verts) – Monique Crinon (Sociologue et philosophe) – Christian Darceaux (militant altermondialiste décolonial) – Sonia Dayan Herzbrun (Sociologue, professeure à l’Université Paris VII) – Christine Delphy (sociologue, féministe) – Judith Depaule (réalisatrice) – Virginie Despentes (écrivaine et réalisatrice) – Haikel Drine (adjoint au maire du Blanc-Mesnil) – Cédric Durand (économiste) – Éric Fassin (sociologue) – Nanou Ferrier (enseignante, militante) – Géraldine Franck (militante égalitariste) – Laurent Gabaroum (syndicaliste) – François Gèze (Directeur de collection à La Découverte) – Imen Guedda (élue à Villeneuve Saint Georges) – Anouk Guiné (Groupe de Recherche Identités et Cultures, Université du Havre) Éric Hazan (éditeur) – Imhotep (artiste, IAM) – Matthieu Kassovitz (acteur, réalisateur) – Stéphane Lavignotte (pasteur) – Raphaël Liogier (Professeur des universités, IEP d’Aix-en-Provence, Collège international de philosophie) – Nicola Lo Calzo (photographe) – Frédéric Lordon (philosophe, directeur de recherche au CNRS) – Gilles Manceron (historien) – Akli Mellouli (élu) – Morgane Merteuil (féministe) – China Miéville (écrivain) – Ilham Moustachir (conseillère municipale de Gonesse, vice-présidente de la communauté d’agglomération du Val de France) – Bernard Noël (écrivain) – Océane Rose Marie (comédienne, auteure) – Olivier Neveux (professeur d’études théâtrales) – Alexandre Piettre (sociologue) – Julien Salingue (docteur en science politique) – Catherine Samary (économiste altermondialiste) – Michèle Sibony (professeure, militante UFJP) – Patrick Simon (démographe) – Odile Schwertz-Favrat (militante associative) – Karima Souid (Constituante franco-tunisienne, directrice de projet) – Antoine Volodine (écrivain)
et à l’international : Association Genre et Migration (Belgique) – Bruxelles Panthères (Belgique) – Azira’s way (Belgique) – Fight Racism Fight Imperialism (Royaume-Uni) – Center for Constitutional Rights (USA) – Ontario Coalition Against Poverty (Canada) – Salvage (Royaume-Uni) – Planners Network (Canada) – Institute for Critical Social Analysis at Rosa Luxemburg Stiftung (Allemagne) – Jacobin (magazine, USA) – Abolitionist Law Center (USA) – Community Justice Project (USA) – Democratic Socialism (membre de United Left coalition -Slovénie) – Muslim Identities and Cultures, University of California (Berkeley – USA) – Trayvon Martin Organizing Committee (USA) – Action Against Black Genocide (USA) – Red Thread (Guyana) – Planners Network International (Canada) – No One Is Illegal Toronto (Canada) – Toronto New Socialists (Canada) – Socialist project Toronto (Canada) – Aoki Center for the Critical Study of Race and Nation (UC Davis School of Law – USA) – US Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (USA) – Faculty For Palestine (Canada),
Caribbean Philosophical Association (International) – Network for Police Monitoring (Royaume-Uni) – ATTAC/CADTM (Maroc) – Social Text (review – USA) – Human Rights Network (USA) – HDK (Halkların Demokratik Kongresi/Congrès démocratique des peuples, Turquie) – GIRA, groupe d’études féministes et politiques (Université de Bahia, Brésil) – Decoloniality Europe (Pays-Bas) – The Black Dissidents (Royaume-Uni) – International Jewish Antizionist Network (IJAN) – Secrétariat international de Podemos (Espagne) – QUIT ! Queers Undermining Israeli Terrorism (USA) – Dyketactics (USA) – Free Kashmiri Political Prisoners (Kashmir) Angela Davis (activiste américaine, professeure de philosophie) – Aminata Traoré (ancienne ministre de la Culture du Mali, écrivaine) – Tariq Ramadan (professeur d’études islamiques à Oxford) – Asma Lamrabet (directrice du centre d’études féminines en Islam, Maroc) – Marie Nassif-Debs (professeur à l’Université libanaise, présidente de l’association « Egalité-Wardah Boutros pour les Droits de la Femme ») – Omar Radi (journaliste, Maroc) – Vince Warren (executive director, Center for Constitutional rights) – Gay J McDougall (Leitner Center for International Law and Justice) – Ramon Grosfoguel (professeur à l’Université de Berkeley) Monica Adams (Freedom Inc.) – Nouria Ouali (professeur, ULB – Belgique) – Sunaina Maira (Professor, University of California Davis, USA) – Rabab Abdulhadi (Professeur, Director AMED, San Francisco State University, USA) – Zillah Eisenstein (ecrivaine, militante, professeur, USA) – Nelson Maldonaro-Torres (professeur, ancien président de Caribbean Philosophical Association -USA) – Howard Winant (Professeur, Directeur UC Center for New Racial Studies, Santa Barbara -USA) – Minoo Moallem (professeur, University of California, Berkeley – USA) – Fatima El-Tayeb (Professeur, Director Critical Gender Studies, University of California, San Diego, USA) – Jin Haritaworn (Professeur, York University, USA) – Cei Bell (écrivain et artiste, USA) – Neferti Tadiar (professeur, Barnard College,USA) – Nivedita Menon (Professeur, Jawaharlal Nehru University, Inde) – ZulemaValdez (professeur, University of Calfornia, Merced, USA) – Kehaulani Kauanui (Professeur, Wesleyan University Middletown, USA) – Jacqueline Nassy Brown (Professeur, Hunter College and The Graduate Center, USA) – Norma Cantú (professeur, Latino/a Studies, University of Missouri, Kansas City, USA) – Roshanak Kheshti (Professeur, Ethnic Studies, University of California, San Diego, USA) – Sangeeta Ray (Professeur, University of Maryland College Park, USA) – Dina Siddiqi (Professeur, Brac University, Bangladesh) – Piya Chatterjee (Professeur, Chair Dpt. Feminist, Gender and Sexuality Studies, Scripps College -USA) – Sirma Bilge (Professeur, Universite de Montreal, Canada) – Sharad Chari (professeur, University of the Witwatersrand Johannesburg, Afrique du Sud) – Sheba Chhachhi (artiste, Inde) – Hatem Bazia (National Chair, American Muslims for Palestine, Senior Lecturer, UC Berkeley -USA) – Sima Shakhsari (professeur, Wellesley College, USA) – Tanya Boza (professeur, University of California, Merced, USA) – Patricia Penn Hilden (Professeur Emerita, Native American Studies, USA) – Norma Alarcon (Professeur Emerita, Chicana Studies, University of California, USA) – Nighat Said Khan (Executive Director ASR Resource Centre and Dean of Studies Institute of Women’s Studies, Pakistan) – Nadine Nabor (professeur, University of Illinois -USA) – Pratibha Parmar (film maker, USA) – France Winddance Twine (professeur, University of California, Santa Barbara, USA) – Fouzieyha Towghi
(Militante, Lecturer University of California Berkeley, USA) – Taru Dalmia (musicien, groupe The Ska Vengers -Inde) – Samara Chopra (musicienne, groupe The Ska Vengers -Inde) – Zakia Salime (Professeur de sociologie à l’Université de Rutgers, USA) – Angela Harris (professeur, University of California Davis School of Law, USA) – Suhraiya Jivraj (Senior Lecturer, Kent Law School, and activist, Royaume- Uni) – Soraya Tlatli (professeur, University of California Berkeley, USA) – Jaribu Hill (Mississippi Workers’ Center for Human Rights, USA) – Ethel Brooks (Department of Gender Studies, Rudgers University, USA) – Jane Gordon (The Carribean Philosophical Association, USA) – Sunera Thobani (Critical Race and Postcolonial Feminist Theory Group, University of British Columbia, Canada) – Ruth Wilson Gilmore (professeur, Associate Director du Center for Place, Culture and Politics, University of New York, USA) – Maurice Moe Mitchell (membre du Black Lives Matter) – Geneviève Rail (Institut Simone-De Beauvoir, Concordia University, Canada) – Kristin Ross (essayiste, professeur de littérature comparée à la NY University) – Greg Albo (York University, Toronto) – Sue Ferguson (Wilfried Laurier University, Waterloo, Canada) – Honor Ford-Smith (York University, Toronto) – Kanishka Goonewardena (University of Toronto) – Stefan Kipfer (York University, Toronto) – David McNally (York University, Toronto) – Hilary Nicholson (Women’s Media Watch, Jamaica) – Herman Rosenfeld (Socialist Project, Toronto) – Alan Sears (Ryerson University, Toronto) – Anna Zalik (York University, Toronto)

Insurrections

Pour le 25/03/2015,

Tunis,

Insurrections

Si je devais donner un titre à notre atelier, je choisirais « insurrections ». Et si je devais lui trouver une image, ce serait celle que Rokhaya Diallo rappelle dans une nouvelle revue « Portrait » sur laquelle je suis tombée juste avant de venir à ce forum, où elle cite Angela Davis qui dit : « les murs renversés deviennent des ponts ». Je vais donc tracer quelques grandes lignes de mon expérience du sujet « Féminismes, religions, émancipation » sur le pont des deux rives où je chemine entre féminisme et islam.

En mai dernier (2014) avait lieu en l’église St Méry à Paris une rencontre organisée par « Le comité de la jupe », collectif de femmes catholiques, sur le thème : « Comment lutter contre le machisme dans les religions ? ». Trois voix de femmes, l’une juive, l’autre chrétienne et la troisième musulmane, devaient présenter en un quart d’heure, un exemple de lutte concrète menée au sein de leurs religions respectives pour faire reculer le machisme en question. Réunion passionnante qui m’a, personnellement, ramenée par la pensée aux années 90 où j’entends parler de rencontres qui ont lieu à Bendorf, en Allemagne, une fois par an et durant une semaine, dont l’objectif est de bâtir une Europe dans ses diversités culturelles et spirituelles. Cette conférence entre femmes juives et chrétiennes, musulmanes et « alternatives » existe depuis la fin des années 70 : une semaine, un thème, une organisation de moments intra et interreligieux. Une fin de semaine avec la prière de vendredi, le shabbat et le culte protestant ou catholique où toutes celles qui le désirent dont conviées. Des huit années où j’ai pu y aller, entre les années 90 et 2000, j’évoquerai ici trois aspects marquants pour moi, en lien avec noter atelier.

  • Sur « les monothéismes ».
  • Sur l’interprétation des textes (text-studies).
  • Sur la mosquée des femmes

[Suite …] Texte ML_Bousquet FSM_Tunis2015

FSM-TUNIS 2015 FSM-TUNIS 2015

 

Inch’Allah l’égalité

Mars 2015, n°10, Spécial FSM-Tunis
Religions, Féminismes et Emancipation
Dans l’atelier que nous proposons, l’accent sera mis sur les luttes féministes qui s’inscrivent dans un projet d’émancipation qui cherche non pas à s’émanciper du religieux mais à éman-ciper le religieux de toutes les formes de domination patriarcale sur les femmes. Autrement dit, il s’agit des luttes de femmes croyantes qui, à partir de leurs propres convictions et réfé-rences participent à la production de savoirs et de dynamiques cherchant à donner aux fem-mes une place égalitaire et une pleine dignité au sein de leur religion. Ces luttes féministes s’exercent dans le champ des ré-interprétations des textes et des lieux d’exercice du pouvoir religieux que sont les synagogues, les églises et les mosquées, dans le champ des luttes sociales pour l’égalité des droits entre toutes les femmes (droit à l’éducation, au travail etc.). Des exemples concrets seront donnés de ces luttes pour montrer comment elles s’inscrivent dans la dynamique mondiale du mouvement des femmes pour leur émancipation.

Jeudi 26 mars 8H30-11H Salle S11 Campus d’al Manar
Avec des intervenantes d’Algérie, France, Maroc et Tunis
[…..]
Inch’Allah+l’Egalité+spécial+FSM+Tunisie+2015

Intervention de Hanane Karimi, en tant que porte parole de « Femmes dans la mosquée », lors de l ‘atelier « Femmes, Religion et Emancipation »

Femmes, Religion et Emancipation

Le CFPE me demande d’intervenir en tant que porte-parole des « Femmes dans la mosquée ». On pourrait trouver que la question de la place des femmes dans une mosquée est une question anecdotique, que des problèmes bien plus préoccupants touchent les femmes musulmanes. Et pourtant, cette revendication qui semble, aux premiers abords, être une revendication de confort, est en fait une contestation symbolique et exemplaire (dans le sens où elle expose un autre possible) venant exprimer un malaise profond dans la communauté religieuse musulmane. Qu’une mosquée d’obédience salafiste sépare les hommes des femmes est un choix qui ne nous aurait pas choqué, mais lorsque cela touche une mosquée emblématique dans le paysage de l’islam de France telle que la Grande Mosquée de Paris, est insoutenable. Insoutenable à plusieurs niveaux. D’abord parce que cela est la marque d’une régression pour cette mosquée qui n’offrait déjà pas une place courtoise aux femmes qui étaient parquées derrière un rideau faisant office de barrière visuelle et symbolique entre l’espace esthétique et relationnel des hommes et l’espace, réduit et fermé, qui était offert aux femmes. Deuxièmement, parce que cette décision s’inscrit en porte à faux des prêches humanistes et médiatiques de son recteur Dalil Boubakeur et troisièmement parce que pour un lieu touristique comme celui-ci, offrir à la vue des touristes une affiche indiquant « salle de prières des femmes  (sous-sol) »  est tout simplement scandaleux !
Dans ma présentation, je vais vous rappeler les éléments principaux dans l’affaire les « Femmes dans la mosquée », la deuxième partie de mon intervention portera sur les enjeux de l’invisibilisation des femmes dans les mosquées et enfin je finirai par la présentation d’initiatives à l’international qui sont sœurs « des Femmes dans la mosquée ».

I° Naissance des Femmes dans la mosquée
Au début, nous pensions que cette ségrégation était due au fait d’avoir bricolé les mosquées historiquement et financièrement en France. Ce qui aurait été vrai, si nous n’avions pas constaté la même problématique soulevée dans d’autres pays qui s’exprime comme une ségrégation violente et insultante à l’égard des femmes. Alors, quand la grande mosquée de Paris a décidé, à partir de la décision d’un imam,  de reléguer les femmes dans une salle au sous-sol, c’est un sentiment d’injustice qui nous a saisies, nous, femmes musulmanes, quant au double sort que nous subissons dans une société française postcoloniale qui stigmatise notre pratique religieuse à travers le voile qui serait contraire au principe de la laïcité française et dans une communauté d’appartenance religieuse qui a glissé vers une pratique patriarcale injuste. Est-ce normal que ce soit à la mosquée que certaines femmes musulmanes se sentent le moins respectées ?

II° La femme essentialisée :
Le prêche qui a fait suite à notre action du 21 décembre 2013[1] donne un aperçu du pouvoir des discours sur les croyants. Mais il nous donne surtout une fenêtre sur la conception du statut des femmes dans le champ islamique pratiqué par l’imam de la mosquée de Paris. Ce prêche fût d’une véhémence et d’une violence à l’égard des femmes qui exprimait la colère d’avoir été dérangé dans l’ordre que les hommes avaient décidé. La femme fût donc rapportée à son manquement et à la Fitna : la turpitude, le désordre. La femme fût donc décrite comme une menace pour les croyants et pour l’ordre phallocrate. D’abord une menace sexuelle, une tentation, et ce de la bouche de musulmans qui habitent une société où ils sont sollicités en permanence dans les médias qui leur vend un parfum de grande marque, entre le journal télévisé et le film du soir, à coup de beautés fatales qui offrent leurs corps dénudés, oniriques, irréels à leurs yeux…à leur portée.  La logique de cette condamnation est que ce sont les femmes qui doivent payer la faiblesse des hommes face à la tentation, potentiellement excitables et c’est selon cette logique, pour le  confort de la gent masculine, que les femmes sont officiellement « gentiment invitées », comprenez par là « forcées » à s’exclure des mosquées, des lieux de culte devenus exclusivement masculins  mais aussi de se conformer à l’ordre masculin, et non plus à celui de Dieu. Nous, femmes, sommes prestement invitées à rester dans la sphère domestique et à ne pas outrepasser les limites qu’on nous assigne au risque d’être traitées de « faiseuses de troubles ou pire de féministes ! ».
Quels sont les enjeux d’une telle ségrégation ? Avant de voir les enjeux, j’aimerais  revenir sur les arguments, les meilleurs comme les pires, qui nous sont opposés lorsque quelqu’une ose demander le pourquoi de cette ségrégation.

Les arguments :
1)     Le premier est l’argument officieux, celui du bruit :
Les femmes sont bruyantes. Toutes les femmes sont bruyantes : c’est biologique, elles ne savent pas se tenir, elles sont indisciplinées ! « Même l’imam doit intervenir pour leur demander de la boucler ». Rien n’y fait « elles déconcentrent les fidèles en prière », entendez par-là : les hommes. Ce qui me fait penser à un article[2] paru dans La Croix sur les pleurs d’enfants pendant la messe qui devenaient un enjeu pour  l’unité de la communauté.

2)     Second argument, l’argument officiel : le manque de place :
Nous sommes allées vérifier et nous nous sommes rendu compte de l’hypocrisie de cet argument. Nous avons entendu le chargé de communication, Slimane Naddour, dire que cela entrait dans le cadre d’un réaménagement de la mosquée face à l’affluence croissante des femmes. Mais alors, nous sommes en mesure de nous poser la question :
Qui décide des mesures à prendre pour l’aménagement des lieux?
Qui décide pour le lieu de prière dédié aux femmes ?
Qui décide de quel espace est alloué et organisé pour les femmes ?

Pour avoir une réponse il suffit de jeter un œil sur la composition de la majorité des comités de direction des mosquées.
Voici quelques répliques auxquelles nous avons eu droit :
«- Nous avons l’écran plasma dernier cri !
– Ce n’est pas un débarras, c’est la salle de prière des femmes !
– Et après ça vous demanderez l’imamat des femmes !
– Les femmes sont chanceuses, elles peuvent prier chez elles !

Ce qui est en contradiction avec la parole prophétique qui dit « N’interdisez pas à vos femmes de se rendre dans les mosquées » et la seconde partie « mais leurs maisons sont meilleures »,  n’est pas authentifiée  car cette parole n’a été rapportée que par un seul narrateur. Mais c’est cet argument illégitime au niveau scientifique qui justifie auprès des croyants lambda l’exclusion des femmes et leurs assignations à la sphère domestique.

– Ce sont les femmes qui ont demandé la séparation !

Et le coup fatal :
– Prier à la mosquée n’est pas une obligation pour les femmes.

Je citerai ici Hakima Mounir qui a écrit le livre Ici et là-bas[3] et qui dit « L’intrusion des femmes dans cet espace masculin -l’espace public- perturbe l’imaginaire d’une société construite sur l’assignation des femmes à l’espace intérieur. La transgression de ces frontières est vécue par les hommes comme un danger remettant en question leur pouvoir sur l’espace extérieur et l’ordre social. »

Et donc on trouve des panneaux, « les femmes ne sont pas autorisées dans cette mosquée » ou « la salle des femmes est au sous-sol »

Il y a aussi cet argument très spirituel : « On ne vient pas à la mosquée pour admirer son architecture, on y vient pour prier ». Soit, alors pourquoi l’architecture prend une place esthétique et finançière si importante dans la construction des mosquées ?

*Les enjeux :
L’enjeu principal est la transformation des mentalités d’hommes et de femmes qui ont évolué dans une communauté sexiste et phallocrate. Alors que la base était le contraire, c’est-à-dire que la société jahilite s’est transformée d’une société injuste et inégale, sexiste et raciste en une société des possibles et de l’empowerment, de solidarité et de changement. Alors pour prendre conscience du chemin qu’il reste à faire, il est nécessaire de conscientiser les enjeux d’une telle invisibilisation des femmes, parce qu’accepter une telle ségrégation et un tel traitement encourage le « disempowerment » des femmes. :

* Pas de visibilité, pas de voix !
* Pas de visibilité, pas de défense ou de contestation du discours quel qu’il soit !
* Pas de visibilité, le meilleur moyen d’affirmer qu’il n’y a pas de demandes émanant des femmes.
* Pas de visibilité comme moyen de faire incorporer le corps des femmes comme danger. Pas besoin de longs discours, le symbolisme fait son chemin !

Et cette invisibilisation dans les lieux de culte n’est que le renversement de l’ordre établi par le prophète de l’islam qui avait nommé comme autorité religieuse, son épouse, encore jeune, mais érudite et ayant une très bonne mémoire. L’invisibilisation des croyantes dans les mosquées est donc l’aboutissement d’un processus qui a évincé graduellement les femmes des rôles décisifs, des rôles d’autorités, des cercles de savoirs, le savoir étant une légitimation du pouvoir, les femmes sont donc devenues illégitimes, ignorantes, minorisées et impuissantes au nom du sacré !
Et comme l’ignorance est le meilleur moyen de faire passer de fausses croyances, on a ainsi une diffusion incontrôlée de fausses croyances, non vérifiables (parce que ne maîtrisant pas suffisamment le côté scientifique). La séparation physique (rideau, paravent, salle séparée, balcon) imposée aux femmes musulmanes n’est qu’une partie des barrières institutionnelles qui les empêchent de participer activement aux affaires de la communauté, comme la majorité des mosquées sont dirigées par des hommes.

 

III° « Now it’s time » :
J’ai envie de faire part d’initiatives locales qui se multiplient dans des sociétés dites occidentales, aussi bien en Australie, en Angleterre, aux Etats-Unis ou en France. Une canadienne, répondant au nom de Shelina Merani, fraîchement convertie à l’islam, est l’une de ces femmes qui a vécu la désillusion de la Oumma comme unité de foi. Et elle fait un onewoman sho w[4] dans lequel elle parle de cet endroit et elle dit ceci : « Normalement lorsqu’on se rend dans un lieu de culte, on est censée se sentir comme Jésus « walking on water », transcendée, dans un état spirituel, moi quand je vais à la mosquée in the basement, (au sous-sol), ce que j’aimerais trouver, c’est un avocat, un défenseur des droits de l’homme et une rangée derrière les hommes. »

Un autre témoignage que j’ai trouvé sur le blog de Hind Makki « Side entrance »[5] qui répertorie par photos les lieux de prière des femmes dans les mosquées. Hawan Moghul dit ceci « Les mosquées sont emblématiques d’une société, elles sont le reflet de la société. Alors ce à quoi ressemble la zone des femmes dans les mosquées est important mais surtout (il faut se demander préalablement)  y a-t-il une place pour les femmes dans ces mosquées ? Où se situe-t-elle ? (au passage des toilettes ?) Est-ce que le reste de la mosquée est conforme à cette zone dédiée aux femmes ? La manière dont les musulmans (hommes) considèrent la maison de Dieu en dit long sur ce qu’ils pensent de Dieu,  et d’eux-mêmes. »

Lorsque le groupe « Les femmes dans la mosquée » fût lancé et comme je fus celle qui entretenait le groupe facebook, j’ai fait des recherches, et j’ai trouvé de ci,  de là, des informations sur d’autres initiatives qui contestaient la ségrégation sexuelle pratiquée dans les mosquées. Et la question est présente dans la majorité des mosquées. C’est-à-dire que je contextualisais le problème, mais je me suis très vite rendue compte que les mosquées en majorité implantées en occident reproduisaient cette ségrégation. Et il est important d’utiliser les bons mots même si ceux-ci choquent, ils sont justes, nous avons à faire à une ségrégation sexiste systématique au service d’un pouvoir machiste.

Le Majordome sortait au même moment que notre action et le symbole de la ségrégation y était fort. Ce film m’a rappelé comme les changements historiques, sociaux et communautaires sont d’abord l’œuvre d’insoumis à un ordre injuste. Alors à l’heure où tout musulman a une fitra…il serait opportun de faire l’effort de la reconsidérer, de la rendre audible dans nos vies propres parce que cette fitra nous titille quand quelque chose nous paraît injuste et qu’elle est une des voix du changement. Dieu enjoint aux croyants de faire le bien et d’interdire le mal ; lorsqu’il ne peut le faire avec sa main, il le fait avec sa langue, lorsqu’il ne peut le réprouver avec sa bouche, il le fait avec son cœur. Et en tant que musulmanes fermement attachées au message émancipateur de l’islam, nous avons réprouvé le mal avec nos membres, nos bouches et nos cœurs.

 Conclusion :
J’ai envie de terminer cette présentation en rappelant que ceux qui ont semé cette graine de féminisme ou de position critique vis-à-vis d’un ordre immuable et établi sont en premier lieu les imams. Ces hommes qui ne cessent de rappeler que les femmes à l’époque du prophète étaient des femmes libres, qu’elles étaient des femmes actives, qu’elles étaient des femmes critiques, elles étaient des femmes responsables et fiables, qu’elles étaient des femmes justes, qu’elles étaient des actrices du changement de la justice sociale. C’est eux qui paradoxalement ont semé cette inaptitude à nous soumettre à quiconque si ce n’est à dieu.

Un grand écrivain français disait :
« Il vient une heure où protester ne suffit plus, après la philosophie, il faut l’action. La vive force achève ce que l’idée a ébauché.» Victor Hugo

 

Hanane KARIMI

[1] http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/grande-mosquee-de-paris-les-femmes-au-bas-etage-09-01-2014-3631_118.php
[2] http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pleurs-d-enfants-un-casse-tete-pour-les-paroisses-2014-01-05-1084791
[3] Hakima MOUNIR, Entre ici et là-bas. Le pouvoir des femmes dans les familles maghrébines, PU Rennes, coll. « Essais », 2013 ;
[4] http://www.youtube.com/watch?v=sLxHu0zah_Q
[5] http://sideentrance.tumblr.com/

 

‘’2004-2014, le CFPE lutte toujours’’

Pour clôturer son cycle d’activités 2014,
le Collectif Féministes Pour l’Egalité vous invite à une rencontre publique
le samedi 18 octobre 2014 de 9h30 à 17h
à la Maison Fraternelle, 37, rue Tournefort – 75005 Paris. M° Monge.
Programme :  
Matinée :

1)  Interventions introductives des présidentes successives du CFPE sur le sens de leur
engagement.
2)   Présentation par une chercheuse de l’université Nice Sophia Antipolis de l’état de la
recherche qu’elle entreprend pour le CFPE sur les retombées de la loi de mars 2004.
3) Témoignages « La loi du 15 mars 2004, un bilan humain et social alarmant », par des
lycéennes, chefs d’établissement, CPE, enseignant-e-s, femmes de quartiers populaires…

Pause de 12h30 à 14h

Après-midi :  

1)    Regards comparatifs sur les stigmatisations/exclusions : France, Belgique, Québec.
2)    Intermède artistique : performance « Femme voilée dans la boîte » de la plasticienne
artiviste  Sonia Merazga.
3)  Débat : « Bilan des engagements et des actions, perspectives renouvelées d’actions et
pistes de mises en réseau ».

Clôture à 17h

P.A.F. souhaitée : de 2 à 5 euros

www.cfpe2004.fr/                                                                   Cfpe2004@yahoo.fr

Sur Najat Vallaud-Belkacem

Communiqué

Les propos tenus par certains courants politiques de droite et d’extrême droite à
l’encontre de Najat Vallaud-Belkacem, actuelle ministre de l’éducation nationale,
sont pour nous inqualifiables et insoutenables.
Certes, lorsqu’elle était ministre des droits des femmes, NVB n’avait donné
aucune suite à notre demande à être reçues par elle, alors que nous voulions
attirer son attention sur les agressions contre des femmes musulmanes voilées
dans la rue. Malgré les désaccords politiques que nous avons avec elle sur ces
questions, nous tenons à exprimer publiquement, en tant que Collectif des
féministes pour l’égalité (CFPE), notre indignation (non sélective) face aux
insultes à la fois sexistes et racistes dont elle est la cible, et notre solidarité avec
toutes celles et ceux qui luttent pour les droits à la justice et à l’égalité pour
toutes les femmes.

Paris, le 16 septembre 2014

Campagne de solidarité avec Khalida Jarrar

Nous, organisations et individus signataires, demandons l’annulation immédiate de l’ordre d’expulsion à l’encontre de Khalida Jarrar, membre du Conseil législatif palestinien, activiste pour les droits des prisonniers et dirigeante politique.

Le 20 août, à une heure et demie du matin, cinquante soldats israéliens d’occupation ont envahi la maison de Mme Khalida Jarrar et lui ont remis un « ordre de surveillance spéciale », écrit en hébreu et lu tout haut en arabe. Signé par un tribunal militaire israélien sur la base de preuves non spécifiées et secrètes, le document ordonnait que Mme Jarrar soit expulsée de sa maison de Ramallah, déplacée de force et confinée à Jéricho pour une période initiale de six mois ; l’ordre prenait effet dans les vingt-quatre heures.
Cet ordre constitue une injustice flagrante qui s’inscrit dans la continuité de la politique d’occupation israélienne visant à réduire au silence les dirigeants politiques palestiniens, à enfermer et à chasser les Palestiniens de chez eux. Expulsion de plus de 750 000 Palestiniens – dont des membres de la famille de Khalida Jarrar – de leur patrie en 1948 et déni de leur droit au retour depuis soixante-six ans ; tentative de déportation des maires palestiniens hors de la Palestine ; confiscation de la carte d’identité de Jérusalem des membres élus du Conseil législatif palestinien Mohammad Abu Tir, Ahmad Atoun, Mohammed Totah et Khaled Abu Arafah ; et maintenant cet ordre d’expulsion, la liste est longue des tentatives israéliennes pour menacer la vie palestinienne par les déplacements et les expulsions.
Khalida Jarrar a refusé de signer l’ordre d’expulsion. « Vous, les occupants, êtes en train de tuer notre peuple. Vous pratiquez les arrestations massives, vous détruisez les maisons, vous enlevez les gens pour les déporter. C’est vous qui devez partir », a-t-elle dit. Elle s’est s’installée dans une « tente de protestation » devant le bâtiment du conseil législatif à Ramallah. Elle a annoncé qu’elle y resterait et poursuivrait son travail jusqu’à la révocation de la décision d’expulsion.
Mme Jarrar est une dirigeantedu Front populaire pour la libération de la Palestine, un parti palestinien de gauche ;dirigeante et militante, elle organise régulièrement des manifestations et des actions populaires pour la liberté des Palestiniens. Depuis longtemps avocate des prisonniers politiques palestiniens, elle a été administratrice exécutive de l’Association Addameer de soutien aux prisonniers et pour les droits humains et est membre de son conseil d’administration. Elle est présidente du Comité pour les prisonniers du Conseil législatif palestinien.
Elle a été également active dans le mouvement des femmes palestiniennes dèsson entrée à l’université, où elle a rejoint les étudiantes qui luttaient contre l’occupation. Voix féministeéminentepour la défense etl’essor des droits des femmes, elle organise les initiatives de la Journée internationale des femmes en Palestine et maintient une coordination étroite avec l’organisation des femmes palestiniennes, soulignant que : « Les femmes palestiniennes sont des partenaires à part entière dans le combat palestinien. »
Depuis 1998, elle n’a plus le droit de quitter la Palestine occupée : quand elle a eu besoin d’un traitement médical en 2010, elle a dû mener campagne pendant des mois avant de recevoir son traitement.
Le déplacement forcé de Khalida Jarrarconstitue une violation de la loi internationale et de la quatrième Convention de Genève. Celle-ci interdit l’« assignation à résidence » excepté en cas d’« absolue nécessité » et interdit les déplacements forcés, collectifs ou individuels, de personnes protégées à l’intérieur d’un territoire occupé. Or l’ordre d’expulsion forcée de Mme Jarrar ne comporte que de vagues références à des « renseignements » et à la « protection de la sécurité de la région ».
Que Khalida Jarrar soitvisée par une mesure d’expulsion montreclairement que l’objectif est de réprimer l’organisation politique des Palestiniens – elle a été une figure éminente des manifestations de soutien aux Palestiniens de Gaza qui se sont déroulées en Cisjordanie pour dénoncer l’occupation militaire et le massacre de plus de deux mille Palestiniens.
L’invasion de la maison de Mme Jarrar et la remised’un « ordre de surveillance spéciale » enjoignant son expulsion ont eu lieu dans le périmètre de ce qu’on appelle la « Zone A », prétendument sous le seul  contrôle de l’Autorité palestinienne en vertu des accords d’Oslo. Malgré cela, les forces d’occupation israéliennes ont été autorisées à entrer dans Ramallah et à envahir la maison de Mme Jarrar ; comme le remarque Addameer, « la prétendue “coordination de sécurité” entre les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne et les forces d’occupation israéliennes a permis l’expulsion d’une représentante élue du peuple palestinien, une représentante qui n’a cessé d’appeler à la fin de cette “coordination” ».
Khalida Jarrar a été visée par un ordre d’expulsion parce que c’est une femme palestinienne, une parlementaire palestinienne et une dirigeante palestinienne. Aujourd’hui, nous défendons la justice, nous défendons la Palestine, et nous sommes aux côtés de Khalida pour exiger l’annulation immédiate de l’« ordre de surveillance spéciale » imposant son expulsion.

Pour signer cliquer sur le lien suivant : http://samidoun.ca/2014/08/sign-on-endorse-the-khalida-jarrar-solidarity-statement/

Texte traduit par Katyusha Desjardins